Le spectre des besoins

Annie Spratt

Depuis le début de l’année, j’ai entamé un exercice d’analyse de ma consommation en général. Outre mon mois de sevrage d’alcool, j’ai aussi scruté à la loupe mes achats de 2016, mes dépenses et mes avoirs matériels. J’ai eu certaines périodes dans les derniers mois où le stress m’a fait surconsommer et j’en suis pleinement consciente. Je crois que l’important n’est pas de se taper sur la tête, chose qui ne règle jamais rien d’ailleurs, soyons-en conscients. Mais c’est plutôt de regarder les choses en face et d’en identifier la source, de comprendre ce qu’on tente de combler par ces achats, souvent impulsifs.

Je ne ferai pas une auto-psychanalyse sur mon blogue ce matin et je ne vous résumerai pas le livre de Pierre-Yves McSween (En as-tu vraiment besoin). J’ai plutôt envie de vous partager mes impressions, ainsi qu’un billet que j’ai lu hier soir et qui résume bien ma nouvelle philosophie.

Tout d’abord, j’ai aimé l’approche de l’auteure puisqu’elle me rejoint : parler de déconsommation ne sous-entend pas arrêter complètement de consommer. On ne parle pas de vivre misérablement comme plusieurs en ont l’image. Il s’agit plutôt de consommer intelligemment et en fonction de nos réels besoins au lieu des tendances de la société. Car on va se le dire, un gadget nait toutes les 30 secondes pour un besoin qui lui-même est né il y a 45 secondes. On n’a qu’à regarder toutes les babioles qui ont été inventées en cuisine et regarder ce qu’il y avait de disponible il y a 20 ans pour comprendre qu’elles ne sont pas nécessaires. C’est du marketing, tout simplement. Pas besoin d’un couteau spécifique pour couper un avocat, ceux que vous avez feront très bien l’affaire.

Dans son récit, Jeanne Pouget raconte sa fascination dans sa jeunesse pour la publicité et le fait que cette dernière lui a inculqué une véritable passion pour l’achat de produits, aussi banal qu’un gel douche. Et je me suis reconnue dans son parcours car moi aussi, j’ai testé des milliers de savons, shampoings, gels douche, crèmes et autres produits de beauté pour finalement, aujourd’hui, utiliser un pain de savon bio à l’huile d’émeu que je peux utiliser de la tête au pied.

On nous vend du rêve à grands coups de campagne publicitaire et on est si habitué d’y être exposés qu’on ne réalise même plus que nous sommes sous influence. Et je crois que c’est le premier pas dans une prise de conscience de sa consommation nocive. Reconnaître le fait, tout simplement. C’est déjà un grand pas, comme dans tous les cheminements.

Il faut aussi se discipliner un peu… Pour ma part, j’ai eu la fâcheuse habitude de m’abonner à toutes les infolettres qui me promettaient un rabais de 15% sur mon prochain achat. J’en recevais donc une quantité phénoménale et je n’ai jamais profité dudit rabais. J’ai donc décidé de faire un grand ménage dans mes abonnements et, au fur et à mesure que je recevais les offres, je me désabonnais graduellement. Vive la loi anti-pourriel, les compagnies sont obligées de mettre un lien de désabonnement au bas des envois massifs.

Ensuite, dès que l’envie me prenait de magasiner sur Internet, innocemment, sur ma tablette, je me demandais si j’étais réellement prête à dépenser x heures de travail pour cela, si je n’avais pas déjà quelque chose pour combler ce besoin (d’ailleurs, était-il réel?) et où se situait cet achat dans le spectre de mes besoins. Bref, dans la majorité des cas, je déposais ma tablette sur la table pour faire autre chose, tout simplement, sans trop me juger.

Je pourrais en parler longtemps car cette réflexion m’a fait réaliser à quel point j’ai beaucoup trop dépensé dans les dernières années pour des futilités qui n’ont en rien amplifié mon bonheur à moyen et long terme. Je n’ai fait qu’accumulé des boni-dollars sur ma carte de crédit et amoncelé des choses dans ma maison. Suis-je plus heureuse avec tous ces avoirs? Non. Par contre, suis-je fière de moi ces jours-ci de changer ma façon de consommer, de voir les achats et de réfléchir avant d’acheter compulsivement? Beaucoup!

Ça prend souvent un simple premier pas pour enclencher un grand changement. Une question élémentaire, un coup d’œil à son budget, un désir de voyage ou autre projet qui nécessite un montant considérable et tout à coup, on prend conscience de notre comportement. La bonne nouvelle, c’est qu’une fois qu’on sait, on peut tout simplement voir cela comme une belle opportunité pour s’améliorer!

 

Photo : Unsplash | Annie Spratt

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