Un peu de bienveillance

Sandrachile

Il n’y a pas que des bonnes journées dans la vie, pas que des moments joyeux ou apaisants. Parfois, ça nous prend direct au cœur, ça nous chamboule, nous stresse ou nous bouleverse. Mais dans ce temps-là, on doit se souvenir qu’on est vivant, qu’on a une vie heureuse et que chaque épreuve est là pour nous aider à grandir, à évoluer. Comme on dit, quand ça va bien, il faut faire le plein de bonheur et de beaux souvenirs pour pouvoir s’y référer quand ça va moins bien…

Hier, la fête des pères m’a rappelé à quel point mon papa me manque, à quel point j’aurais aimé voyager avec lui encore et encore, à quel point j’ai aimé le côtoyer et apprendre de lui. Je regardais mon jardin et je me rappelais qu’il adorait prendre soin du sien. J’ai aussi eu en mémoire plusieurs messages ou courriels, envoyés au printemps, où il m’annonçait son départ imminent pour une nouvelle destination, question de faire fuir l’hiver et revenir en même temps que les bourgeons apparaissent.

Je ne crois pas, qu’un jour, je m’habituerai à son absence. Je suis moins à fleur de peau qu’avant mais malgré cela, il ne se passe pas une semaine sans que quelque chose ou quelqu’un me le rappelle, inconsciemment. Parfois, c’est une chanson, une odeur, une saveur. Parfois, c’est une voix, un rire. Parfois, c’est une conversation qui me fait penser à lui. Parfois, c’est en regardant le ciel que je ressens sa présence. Étrange sensation…

Je ne suis pas vraiment une nostalgique dans la vie et je laisse mon passé derrière, tentant de ne pas le laisser empiéter sur mon présent et mon futur. Quand quelque chose est terminé, je le laisse partir, je ne m’accroche pas. J’ai toujours été comme cela et ça me convient. Mais depuis le décès de mon père, j’ai ce sentiment de flottement, comme si ma vie avait été marquée à jamais par cet événement, par cet épisode douloureux.

Ce billet ne se veut ni triste ni larmoyant, mais j’ai l’impression qu’on a de la difficulté à accepter la peine, à parler de la mort, à tolérer la souffrance des autres. Dans ce monde où on préfère glorifier la beauté que de voir la réalité, où on est moins en contact avec les gens, il me semble qu’on doit trouver une façon de vivre nos émotions, d’accepter ce qui est, ce qui fait partie de la vie, incluant la mort. Car, comme on le dit, s’il y a une seule certitude, c’est qu’on va tous mourir.

Je ne sais pas si vous avez entendu parler du Salon de la mort, qui se tiendra bien entendu, en novembre, le mois des morts. Beaucoup seront réfractaires à ce type d’événement mais j’ai la nette impression que c’est crucial, nécessaire et que ça apportera surement des réponses et du réconfort à ceux qui peinent à discuter avec leurs proches de leurs dernières volontés. La mort, c’est une étape tout simplement.

Ce n’est peut-être pas guillerette et le cœur léger qu’on se rendra à ce Salon mais mon petit doigt me dit que tout sera fait dans le respect et la douceur. Tout comme chaque épreuve doit être vécue à sa façon, ce salon devrait être abordé personnellement, sans pression. Je ne doute pas de sa pertinence et je félicite ceux qui ont osé le réaliser.

Les émotions, qu’elles soient positives ou négatives, elles sont là, elles nous habitent et on doit accepter de les ressentir, de les laisser émerger. Si on refoule, ça ne fait que nous pourrir la vie, nous gruger de l’intérieur. Soyons accueillants et aimants envers nous, on ne pourra que bénéficier de cette bienveillance. La vie, elle est comme elle est. Cessons de lui coller une fausse image, arrêtons de l’embellir artificiellement. La peine et l’ennui, c’est beau, aussi. Car ça nous prouve notre humanité.

 

Photo : Unsplash | Sandrachile