Voir le temps qui file…

Wil Stewart

Nous sommes en 2016, l’ère de la modernité, de la technologie, de l’instantané… Tout devrait être plus facile, plus simple, plus accessible. On a bien sûr accès plus aisément à l’information via Internet, on peut communiquer de multiples façons, on peut rencontrer virtuellement en quelques secondes des gens de partout dans le monde. Mais j’ai l’étrange impression qu’on a jamais été aussi seul, aussi isolé et aussi perdu.

Beaucoup de gens de mon entourage se questionne sérieusement sur leur vie, sur ce qu’ils en font, comment ils utilisent leur temps. Entre le trafic, le boulot, la garderie, les repas, les activités familiales, les devoirs, les voyages, les fêtes… Il reste finalement que très peu de temps pour ne rien faire, pour laisser divaguer son esprit, pour se connaître et prendre le temps de se déposer. Avoir le temps d’écouter les battements de son cœur en admirant les rayons du soleil qui filtrent à travers la fenêtre, vous vous souvenez la dernière fois que ça vous est arrivé? Je parie que vous aviez moins de 15 ans…

J’écris souvent sur le sujet de la performance, que je juge malsaine dans notre société d’aujourd’hui, sur le tourbillon de la vie, sur le temps qui passe sans qu’on s’en rendu compte. Mais je réalise de plus en plus que tout le monde est dans le même bateau, mène le même combat, insatisfait et un peu amer de ce manque de contrôle sur sa propre vie. Mais on s’en va où comme ça? Si tout le monde avance de manière automatique, sans remettre en question le pourquoi de ce parcours, que deviendra-t-on?

Je me suis souvenue ce matin de mes débuts avec l’informatique, de cette passion que j’avais des ordinateurs, de la technologie. J’ai eu en mémoire les premiers essais sur MIRC, quand la connexion flanchait aux 5 minutes et qu’on discutait sur un écran très archaïque avec des inconnus. Le premier chat a été une révélation pour moi et m’a donné la piqûre. À cette époque où les profils n’existaient pas, seul votre pseudonyme vous représentait. Et souvent la première question qui venait, ce n’était pas : que fais-tu dans la vie? Mais plutôt ASV (âge, sexe, ville pour les néophytes ;-). Et si la réponse plaisait, la discussion démarrait sur les intérêts, la dernière découverte musicale et tout le tralala… On était loin de Snapchat et des photos explicites! D’ailleurs, la simple idée d’envoyer des photos, numériques de surcroît, était totalement insensée à cette époque…

Ensuite sont venus les ICQ, MSN et autres outils de communication qui se sont relayés avant l’arrivée de Facebook et des textos… Et avec le recul, je réalise que tout ça a fait en sorte d’éloigner de plus en plus les gens, de leur donner l’illusion d’être plus entouré. Mais au fond, quand vous y pensez, s’il vous arrivait quelque chose de grave demain matin, qui d’entre tous ces gens seraient réellement là pour vous? Lequel de vos 565 amis Facebook cognerait à votre porte parce que ça fait 3 jours que vous ne vous êtes pas connectés?

En écrivant cela, je pense à ma voisine, qui s’inquiète un peu à chaque matin où mon véhicule demeure dans l’entrée, signe que je ne suis pas partie travailler. On a beau avoir tous les outils numériques du monde, il reste que le regard, le vrai contact, la vraie vie, ça demeure ce qui est le plus enrichissant et le plus réconfortant. Alors, ces matins où je travaille de la maison ou que je suis malade et reste au lit, je prends la peine d’envoyer un petit message à ma voisine pour ne pas qu’elle s’inquiète. Comme quoi la technologie fait partie intégrante de nos vies… Mais je sais au moins que si je ne donne pas de nouvelles pendant quelques temps, elle viendra cogner à ma porte pour voir comment je vais. Et ça, il n’y a aucune technologie au monde qui remplacera cela.

Le temps file, les relations passent, la vie se bouscule sous nos yeux sur-stimulés… Et si on mettait tout ça sur pause, qu’on retirait les batteries de nos multiples appareils, qu’on balançait nos téléphones et autres gadgets pour ressentir la vie qui nous entoure? J’ai parfois ce rêve qui me hante et peut-être qu’un jour, je vous raconterai un périple dans la réalité, sans artifice ni connexion Internet…

 

Photo : Unsplash | Wil Stewart

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