Sauter dans le vide

Toa Heftiba

Vous est-il déjà arrivé de sentir que quelque chose était en train de changer, de bouger, de manière substantielle dans votre vie? De sentir que vous étiez en train de passer une étape cruciale, que vous étiez en voie d’aligner vos propres planètes? C’est assez particulier comme sentiment et c’est ce que je ressens en ce moment. Je ne peux pas l’expliquer clairement, je n’ai pas d’idée concrète de ce qui se passe mais au fond de moi je sais que c’est un point de non-retour, un choix à la croisée des chemins qui m’amènera là où je dois être.

Quand on travaille sur soi, qu’on apprend à mieux se connaître et qu’on découvre notre potentiel, j’ai l’impression qu’on ne peut pas faire autrement que d’en faire quelque chose de beau, de grand et de connecté à soi. Pendant des années, je me suis sentie imposteur dans mon domaine, moi qui n’avait pas fait de grandes études universitaires, qui n’avait pas été formée pendant des années sur les bancs des universités. Et petit à petit, avec les années, j’ai compris que ce n’est pas le seul passage dans la vie, ce n’est pas le seul chemin possible pour se rendre quelque part.

J’ai fait un peu le deuil de ce diplôme que je ne suis jamais allée chercher car avec les années d’expérience, j’ai appris tellement de choses qui à mes yeux équivalent n’importe quel diplôme. Surtout que je sais maintenant que l’université n’est pas le saint Graal. Combien d’amis et de collègues m’ont dit avoir perdu du temps et n’avoir pas tant appris pendant leurs années d’études? Beaucoup! Alors je me suis dit que ce n’était pas si grave et que j’avais mon parcours à moi, différent certes mais au moins il me ressemble et il m’a permis de très bien vivre.

J’ai aussi réalisé que ça fait plus de 15 ans que je suis dans mon domaine et que, immanquablement, après autant d’années, je finis par me questionner sur le désir ou non de poursuivre dans cette voie. Et pour cela, comme dans toute remise en question, je dois peser le pour et le contre, je dois voir ce qui me plaît et ce qui ne me convient plus, évaluer les possibilités, ouvrir mes antennes et trouver mon X.

Étrangement, ce processus pourrait être anxiogène et me faire sentir déboussolée ou me procurer un certain vertige mais il n’en est rien. Je me sens calme comme jamais, comme si je savais que j’arriverais là, comme si c’était prévu en quelque sorte. Je suis devant l’inconnu, dans le désert, ne sachant aucunement vers où aller, où j’abouterai mais quand je regarde en arrière, avec tout ce que j’ai accompli, je me dis que j’ai les outils pour continuer, peu importe le chemin que j’emprunterai.

Ça doit être ce qu’on appelle la maturité et un certain avantage de vieillir, de s’assagir et de pouvoir compter sur le passé pour assurer une certaine stabilité émotive. Je me sens dans le moment présent, je me sens bien, confiante et dotée du potentiel et des outils pour y arriver. Et une des plus belles découvertes que j’ai faite est mon plaisir à justement être déstabilisée, plongée dans le vide métaphoriquement, à me retrouver dans le nouveau, à devoir refaire mes repères dans cet univers de possibilités. Car c’est dans ce type de situation que j’apprends le plus, que je grandis et que je me propulse. Et découvrir cela a été très salvateur. Vive la vie, vive la nouveauté!

 

Photo : Unsplash | Toa Heftiba

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