Quand le jugement fait mal

Igor Ovsyannykov

Depuis dimanche soir, je me suis retenue d’écrire sur le traitement réservé à la chanteuse Safia Nolin sur les réseaux sociaux. Je tournais ma langue comme on dit, de peur d’exploser inutilement et férocement. Mais si on n’en parle pas et qu’on ne fait pas contrepoids aux vacheries qui déferlent sur Facebook et Twitter, les mauvaises langues auront plus de pouvoir. Le pouvoir sale des mots crus qui s’écrivent sans trop réfléchir derrière un écran et un surnom virtuel…

Mettons une chose au clair en partant : je ne suis pas la plus grande fan finie de Safia Nolin, j’aime sa musique quoique je la trouve un peu déprimante. Mais la qualité de ses textes est indéniable et ce n’est pas parce que ce n’est pas exactement le style de musique que j’écoute dans ma voiture actuellement que je vais dénigrer son travail.

Mais quand je lis Lise Ravary, qui a quand même été rédactrice en chef d’un magazine dit féministe, Châtelaine pour ne pas le nommer, écrit sur Facebook « Si Safia Nolin est une icône féministe, je rends ma carte de membre », désolée mais là, je ne peux plus me retenir. Pas que je considère Mme Ravary comme un référence mais elle a une certaine influence et je trouve son jugement faible et déplacé.

Cette jeune femme au parcours atypique en a bavé pendant longtemps et de tout son cœur nous offre son talent d’auteure et de chanteuse pour nous livrer du vrai, du vécu et de la pureté. Et parce qu’elle a refusé de se déguiser pour aller au Gala qui met en valeur le TALENT, on la juge? On peut peut-être se dire qu’un petit effort aurait été apprécié mais de là à écrire sur Twitter « Faque la découverte de l’année 2016 à l’ADISQ est un gros truc de vidange? », il y a des maudites limites.

Le respect est passé où, bordel? Désolée mes chers amis, mais si on est rendu à juger un artiste sur son linge, on s’en va nulle part! Et c’est drôle car combien d’hommes ont porté des jeans pour aller chercher leur prix depuis des années sans qu’on en fasse un cas? On n’a pas vu les yeux de Jean Leloup alors que les bonnes manières auraient indiqué de retirer son couvre-chef mais ça, ce n’est pas pareil, ein?

Non je n’ai pas trouvé particulièrement chic l’habillement de Safia mais je m’en contre-fiche de ce qu’elle décide de porter, le matin, le midi ou dans un gala! Et à voir les robes parfois outrageuses portées par des artistes, j’aime mieux le t-shirt de Gerry Boulet, grande vedette de notre culture, pour représenter l’industrie musicale en déclin.

Cette jeune artiste débute dans ce métier difficile et je ne suis pas certaine qu’elle ait les moyens de se payer une robe qu’elle ne reportera jamais et qui ne la représente pas du tout. Alors pourquoi aurait-elle fait ce sacrifice? Pour plaire? Ce n’est tout simplement pas dans son style et je la respecte énormément d’avoir eu le courage de s’affirmer, d’être elle-même et de faire fi des conventions guindées et superficielles de cette industrie.

Demandons-nous plutôt comment on peut agir pour sauvegarder notre belle chanson québécoise qui se meurt dans l’océan de streaming pervers au lieu de juger les gens sur un bout de tissu… C’était ma montée de lait de novembre. Je ne suis pas toujours aussi acerbe mais là, y faut ce qu’il faut. Chapeau Safia!

 

Photo : Unsplash | Igor Ovsyannykov

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