La richesse du coeur

Evan Kirby

En cette matinée aux airs de printemps, je lisais La Presse+ dans le confort de ma résidence de la rive-nord. Et j’ai été interpellée par le dossier sur l’endettement des Québécois. Je dis interpellée mais je devrais plutôt dire troublée. Comment en est-on arrivé là? Est-on à ce point naïf ou inconscient? Vivons-nous dans un monde de licorne, dans le déni le plus total de la réalité qui nous frappe?

Nous n’avons jamais été aussi endettés même si une bonne partie de ce fardeau est constituée par une hypothèque. Le marché immobilier stagne et si une hausse des taux hypothécaires survenait, je ne suis pas certaine que tous arriveraient à y faire face. On a aussi cette fâcheuse habitude de vouloir tout acheter, ici et maintenant. On est si peu dans le moment présent, mais quand il est question de sortir sa carte de crédit, on ne peut pas l’être plus. On ne pense pas à l’impact ni au futur, on pense à notre petit plaisir égoïste, right now!

C’est très paradoxal tout ça car on est assez brillant pour comprendre la situation, pour voir que quelque chose ne va pas. Et en lisant les récits de situations financières étouffantes qu’on nous présente dans le quotidien ce matin, il devient crucial de se sortir la tête du sable et de faire face à la musique. On ne connaît rien, ou si peu, en finances personnelles, pour la majorité des gens en tout cas.

J’ai dernièrement fait l’exercice de scruter à la loupe mes relevés de cartes de crédit. Et oui, j’ai des vacances de Noël vraiment divertissantes 😉 Mais c’est à cette période de l’année que j’aime procéder à ce type de revue de ma consommation, bien au chaud dans ma demeure. Et malheureusement, je n’ai pu que constater que je n’ai pas été sage. Le père Noël n’aurait pas dû me donner de cadeaux… puisque je me les suis payés moi-même tout au long de l’année!

La tendance du voisin gonflable ou du « c’est en spécial donc je peux l’acheter » nous incite à dépenser plus que nécessaire. On surcharge nos maisons comme nos cartes de plastique aveuglément mais si un incident survient et nous prive de revenus pendant une certaine période, on n’est pas outillé pour assumer. Mais pourquoi vit-on si dangereusement? C’est comme marcher sur un fil de fer au-dessus d’un précipice sans protection… Et je parle au « on » car je crois qu’on a tous une part de responsabilité dans ce constat collectif.

Quand je pense à Mme David qui, on le sait maintenant, quitte la vie politique pour des raisons de santé, je crois qu’on devrait tous prendre une leçon de la sagesse dont elle fait preuve. Savoir faire face, écouter son cœur, accepter la situation… Quand j’écoutais son discours de départ, je me disais qu’elle manifeste une maturité trop rare chez nos politiciens. Et en la voyant relater le climat d’agressivité et d’urgence constante qui plane à l’Assemblée nationale, je la comprends d’avoir choisi de partir.

Mais cette ambiance qu’elle décrit, elle est présente partout autour de nous. On n’a plus besoin d’allumer la télévision ou la radio pour être exposé, entre autres, à de la publicité. On a sous les yeux, rivés sur nos appareils mobiles, un flux permanent de sollicitation en tout genre, du plus subtil au plus frappant. Une promotion par-ci, un nouveau produit par-là, une nouvelle étude, un nouveau discours… Et en quelques clics, on peut commander ce nouveau gadget, cette nouvelle crème, ce nouveau livre… C’est virtuel mais pourtant si réel.

Je nous souhaite d’avoir la lucidité de Mme David, celle de se déconnecter de la frénésie pour retrouver la vraie vie, celle qui est palpable, celle qui nous touche au cœur, celle qui nous réconforte. Dans ces moments chaleureux, on a moins envie de consommer. On vit le moment présent, le vrai. On se sent plus libre. Et on se sent plus riche, intérieurement.

 

Références :

Endettement des québécois – Une bombe à retardement

Endettement des québécois – Des dettes comme mode de vie

 

Photo : Unsplash | Evan Kirby

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