Derrière tous ces mots

Moritz Schmidt

On me demande parfois pourquoi j’écris et sur quoi. Et honnêtement, c’est souvent à ce moment-là que je manque de mots justement. C’est difficile pour moi d’imaginer ma vie autrement puisque depuis le jour où j’ai appris à écrire que mon cerveau me pousse à déverser sur une page ce qui me préoccupe. À mes yeux, les mots sont si beaux, si bouleversants qu’ils doivent sortir, se faire entendre ou lire. J’écris de manière automatique, sans réellement réfléchir.

Je suis, à la base, une personne au tempérament passionné, qui peut tomber en amour avec un auteur, une pièce musicale ou un lieu. Et lorsque mon cœur bat pour une nouvelle flamme, les mots me viennent, instantanément. Dans ma tête, un récit s’entame. Je me surprends par moment à écrire dans ma tête une description ou une mise en contexte, comme si j’avais à décrire à une autre personne ce que j’ai ressenti. Étrange réflexe peut-être mais comme j’ai toujours été comme cela, je ne m’en fais plus trop.

Je ne me parle pas toute seule à voix haute, tout se passe dans ma tête. On peut surement lire dans mes yeux que quelque chose se construit dans mon esprit mais pour moi, c’est un exercice commun, un éternel flot de mots, de pensées. C’est pourquoi le yoga m’apporte autant de bien-être, me permettant de prendre une pause de ce bruit mental constant.

Rassurez-vous, je ne souffre pas de maladie mentale, ou du moins, ma maladie à moi, elle ne fait de mal à personne. Elle ne fait que me nourrir mentalement, happant une conversation au passage pour s’en faire un scénario. Ayant longtemps été déconnectée de mes émotions, j’avais plutôt des réflexions pragmatiques et je me maintenais dans un état de vigilance et de haute sensibilité à tout ce qui m’entourait.

Pendant des années, je me suis sentie à part des autres, comme si je ne vivais pas à la même vitesse que le reste de monde. C’est que réfléchir autant pendant que les autres ne faisaient que vivre m’apparaissait absurde. Puis, à force de travailler sur moi, j’ai pu créer un canal entre mon cerveau et mes émotions, véritable autoroute d’échanges entre des sentiments et des connaissances.

Parfois, en lisant un livre, je tombe sous le charme de l’écrivain. Une phrase qu’il a écrite m’émeut et je reste figée dans le temps, savourant le pouvoir que ces mots peuvent avoir. Je rêve secrètement d’avoir ce talent, posséder ce pouvoir d’atteindre les cœurs et de charmer, de transposer dans la tête des lecteurs une image, une émotion, une sensation précise.

Pour certains, écrire est une simple nécessité, utilisée banalement pour remplir un formulaire ou informer par courriel d’une rencontre à tenir. Pour moi, chaque écrit représente un engagement, d’être comprise, d’être claire. Et lorsque je partage sur mon blogue, c’est mon âme qui se met au service de mes doigts, qui déploie ses ailes et expose sa vulnérabilité.

Les mots influencent, touchent, transforment, vibrent… Ce ne sont pas les mots en eux-mêmes qui ont de l’impact, mais plutôt la réaction émotionnelle derrière les mots. Ce qu’ils font résonner en nous, ce qui les relie à notre expérience personnelle, à nos souvenirs.

On se demande parfois ce qu’on peut faire pour changer le monde… Pour moi, écrire, c’est déjà un premier pas, c’est une tentative, un essai, un partage, un coup de dé… Je ne sais pas pourquoi j’écris mais je sais que je ne peux faire autrement. Ça me soulage, ça me stimule, ça me propulse. Tous ces mots pour revenir à l’essentiel : parce que ça me fait du bien.

 

Photo : Unsplash | Moritz Schmidt

Related Posts

Sarah Dorweiler Chercher le bonheur 28 décembre 2017
Jacalyn Beales Une année de résilience 7 janvier 2019