Avoir le temps

Slava Bowman

Je ne sais pas pour vous, mais moi, le changement d’heure, ça me débalance un brin. Il faut dire que je me lève relativement tôt (lire ici 5 h 30) ce qui fait que ce matin, j’ai eu l’impression de me réveiller en pleine nuit. Un peu déphasée, j’ai respecté ma petite routine matinale avec un réel sentiment de décalage, de perturbation. Mais, au fond de moi, mon petit cœur savait que, derrière ce chamboulement d’horaire se cache l’arrivée imminente du printemps, période adorée de l’année dans mon cas.

J’aime cette phase de renouveau, ce moment où on sort de notre coquille hivernale, où le vêtement se fait plus léger, où le bourgeon se pointe et où, oh grâce, les oiseaux chantent et virevoltent, tous heureux de ce sentiment de légèreté ambiant qu’offre l’ensoleillement et le retour de la chaleur. Comme vous pouvez le constater, ça ne me prend pas grand-chose pour être heureuse et c’est garanti à chaque année!

D’un côté, je trouve que le temps a filé à vive allure depuis les fêtes, j’ai l’impression de ne pas l’avoir vu passé, que je n’ai pas fait tout ce que je m’étais promis d’accomplir mais de l’autre, je trépigne à l’idée que bientôt, je pourrai partir de la maison le matin sans manteau ni foulard.

On a un drôle de rapport au temps et j’ai l’impression que plus on vieillit, plus on en prend la mesure. J’aurai 38 ans ce printemps mais j’ai encore l’impression que ma vingtaine, c’était hier. Parfois, en jasant avec quelqu’un, je fais référence à un moment de ma vie et je réalise mentalement que ça fait plus de dix ans alors que c’est si frais à ma mémoire, comme si c’était récent.

Mais, malgré cela, il y a des journées que l’on prend le temps de savourer, on regarde les heures défiler et cette lenteur s’apprécie follement. Prendre le temps de prendre son temps, n’est-ce pas merveilleux? Quand on réussit à goûter à cela, je crois qu’on réalise toute la qualité de ce temps, de la vie qui s’agite autour et de notre place dans ce monde.

Car on en a tous une place dans ce monde, une raison d’être, la fondation même de notre passage sur Terre. Certains appelleront cela leur mission, d’autre leur vocation ou leur mandat mais peu importe l’appellation, il y a un fondement à tout cela. On n’est pas ici seulement pour errer, pour perdre notre temps.

On est maître de notre vie et donc, on décide consciemment ce à quoi on occupe notre temps, ce sur quoi on met nos énergies, à qui on accorde notre attention. Et c’est important car ces choix révèlent qui on est vraiment et ce à quoi on attribue de la valeur. Si on passe notre temps à flâner, à chialer ou à se plaindre, c’est comme de dire que c’est ça qui est considérable à nos yeux. Est-ce vraiment ce type de vie que l’on veut mener?

Quand on se penche sur cette question, on comprend que le temps qui nous est donné devrait servir à nos passions, à rendre les autres heureux, à s’élever et à se construire de manière à pouvoir redonner, à pouvoir bâtir un monde meilleur, à notre façon, à notre hauteur. Nul besoin de partir en mission humanitaire pour faire une différence, parfois un simple geste apportera de l’apaisement et soulagera des souffrances. Mais humainement, je crois que l’on se doit d’agir pour le bien-être commun.

Le temps peut être notre pire ennemi comme notre meilleur allié. Il peut jouer contre nous ou nous propulser. Il suffit de trouver sa juste mesure, son propre rythme et ses valeurs pour savoir comment on désire l’utiliser. En ayant confiance en la vie, le temps se chargera de mettre sur notre route les bonnes personnes, au bon moment, dans les bonnes circonstances. Et le temps, dans ces moments, nous paraît toujours d’une qualité infinie.

 

Photo : Unsplash | Slava Bowman