Voir sa vie à travers un filtre Instagram

Harry Sandhu

Dans notre société aujourd’hui, un brin narcissique, plus axée sur le dernier gadget en liste que sur le sort du monde, focalisée sur l’image comme jamais et accordant plus d’importance à ton nombre d’amis Facebook que ton bilan de santé, il devient difficile de savoir ce qu’on veut réellement, concrètement.

L’influence quasi permanente des réseaux sociaux est rendue telle qu’on ne s’en rend même plus compte. On lit beaucoup mais on réfléchit peu, on se fait absorber par l’algorithme qui gère ce qu’on doit voir. On commente plus mais on discute moins. On like beaucoup mais on embrasse peu.

Est-ce encore possible de vivre en marge de tout ce tourbillon, sans disparaître nécessairement de la sphère numérique? Outre les quelques audacieux qui osent laisser de côté toute vie sociale virtuelle, y a-t-il un quelconque juste milieu? Ou est-on simplement condamné à vivre cette vie parallèle qui devient de plus en plus prépondérante sur notre existence réelle?

Je sais pertinemment qu’on peut se détacher, se défaire de ces chaînes mais j’aimerais trouver une façon de vivre sainement cette relation avec le monde virtuel. Sans me sentir constamment coupable de ne pas adhérer aux derniers 10 trucs pour ceci ou les astuces pour cela, sans avoir envie d’essayer tous les projets DIY que je vois défiler devant mes yeux…

Le fait d’avoir tellement d’informations sur la vie des autres nous donne-t-il l’impression que notre vie à nous est moins belle? Le succès beurré d’étoiles qui est constamment exposé au grand jour ne masque-t-il pas les petits moments de bonheur plus anodins mais oh combien savoureux?

Je n’en ai pas de solution, en passant. Je ne suis pas là pour faire la morale, et encore moins pour se faire sentir coupable. J’ai l’impression que la culpabilité est le mal du siècle, après le burnout ou la dépression. Comme si à force de trop en savoir sur la vie des autres on trouvait la nôtre moche.

Avant, c’est avec les personnages de la télévision et du cinéma qu’on se comparait et on pouvait toujours se dire que c’était de la fiction, ça avait été inventé par un auteur et qu’il avait embellit le tout pour magnifier la situation. Mais aujourd’hui, on idéalise la vie des autres sans avoir le portait complet. On en voit 5 minutes et on éprouve une petite gêne, ou même une envie, une jalousie. À voir les messages haineux que reçoivent les vedettes qui osent dévoiler leur vie, je ne peux que me dire qu’il y a vraiment quelque chose de malsain dans tout cela…

Est-on encore capable d’être fière de soi, d’aimer tout simplement ce qu’on a sans avoir tendance à regarder défiler la vie des autres pour se mesurer?

Les sketches de Like-moi sont hilarants mais troublants de vérité parfois. Oui, bien sûr, on les exagère, on les amplifie mais derrière ces caricatures se cache une triste réalité. Celle du besoin d’amour, de reconnaissance, de like, de réactions à chaque post.

Bref, je ne veux en rien assombrir votre journée mais j’ai comme envie qu’on se questionne sur notre relation avec ces médias dits « sociaux ». Oui c’est super le fun de pouvoir avoir des nouvelles de nos amis d’enfance qu’on n’aurait jamais retrouvés autrement. Mais si c’est pour se sentir mal de ne pas avoir une vie aussi merveilleuse sur Facebook, ça apporte quoi?

La vie, la vraie, elle n’a pas de filtre, pas de fonction « éditer » en cas d’erreur, pas de like, pas de fil de commentaires… Elle se vit, tout simplement, seconde après seconde… Et elle est belle dans son imperfection, dans son chaos, dans son mystère. Car elle est vraie et sans artifices, et parce que c’est notre vie.

 

Photo : Unsplash | Harry Sandhu

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