Mon Everest à moi

Martin Jernberg

Récemment, j’ai revu une ancienne connaissance, ce genre de personne qu’on a grandement appréciée mais qui a quitté notre route, la vie étant ce qu’elle est. Pas de chicane, pas de souci, simplement des chemins qui se sont séparés, graduellement. Mais dès le premier regard, le même respect et le même plaisir de se côtoyer est revenu. Chassez le naturel et il revient au galop…

On s’est raconté nos vies, on a ri de nos frasques de l’époque, on a rigolé à propos de nos allures, la mode étant si différente à ce moment-là. Puis une phrase glissée tout doucement de sa part : je suis heureuse pour toi, tu t’es trouvée. Et puis le silence… Ces mots si simples mais si vrais, si doux et si justes. Elle m’avait connu à une époque où l’anxiété me rongeait de l’intérieur et avait senti comme personne ma détresse, que je tassais au fond de mes organes.

Je lui ai parlé de mon parcours, de la chance que j’ai eue de rencontrer ma thérapeute sans avoir à chercher, du moment où tout a changé, de chaque petit pas qui me paraissait une montagne. Et cette fameuse montagne que je ne parvenais pas à surmonter, cet immense roc qui se présentait devant moi et qui m’effrayait au plus haut point.

Car, voyez-vous, l’anxiété est une bête immonde qui vous empêche d’avancer, qui prend le contrôle de vos pensées, de votre vie. Le simple fait de répondre au téléphone peut devenir une source d’angoisse et peut vous paralyser. Pour quiconque ne l’a jamais ressenti, ça peut sembler complément absurde mais si vous avez, ne serait-ce qu’une seule fois éprouvé ce vertige, vous savez de quoi je parle.

Malgré ces difficultés, j’avais tout de même la certitude que, bien accompagnée comme je l’étais, ce n’était pas une mission impossible. Je semais, au fil des mois de travail, des ancrages sur mon passage, qui me serviraient à affronter mes démons, à creuser jusqu’aux racines pour rendre plus solide ma fondation. Cette montagne qui me faisait peur, celle de mes angoisses et mes peurs, je l’ai abordé sans réellement en avoir conscience.

Ce n’est que rendu au sommet que j’ai réalisé l’ampleur du travail, les années de dur labeur et la vue imprenable que j’avais sur ma vie, sur mon chemin sinueux. J’avais gravi l’Everest de mes inquiétudes, j’y étais parvenu.

Mon amie, les yeux humides, m’a avoué avoir elle aussi vécu des épisodes difficiles et être particulièrement touchée et encouragée de voir que c’est possible de faire la paix avec nos blessures pour aller de l’avant, sans souffrance et sans crainte. Et on dirait que, jusque-là, jusqu’à cette rencontre, je n’avais pas mesuré précisément l’ampleur de la tâche.

Il n’y a rien qui arrive pour rien dans la vie et cette retrouvaille inopinée nous a fait, à toutes les deux, le plus grand bien. Ce retour dans le passé, cette vision « avant-après » imprévue, c’est ce qu’il y a de plus fort pour comprendre tout ce qui a changé, tout ce qui s’est amélioré.

Certains auront eu un parcours plus facile, ou moins ardu, mais je crois qu’on a tous en nous des accomplissements personnels dont on peut être fiers. Mais, en cette ère où l’image de la perfection subsiste, on en parle peu. L’échec, la douleur, le malaise, ça ne se vend pas bien sur Instagram…

Et pourtant, ça fait partie de la vie, de ce que nous sommes, c’est la réalité de plein de gens. Et je crois qu’on doit le partager pour que d’autres puissent s’en inspirer pour surmonter eux aussi leurs obstacles. On n’a pas à avoir honte de le dire et je crois sincèrement que ça prend du courage pour en parler tout comme ça en prend pour décider de se prendre en main. Je ne me suis jamais sentie jugée pour ce travail personnel et je crois que quiconque l’aurait fait aurait été éjecté de ma vie. Soyez fiers de qui vous êtes et de votre parcours et osez vous ouvrir. Affrontez votre Everest à vous, c’est si libérateur…

 

Photo : Unsplash | Martin Jernberg

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