Sans artifice

Yoann Boyer

6 juin, Journée sans maquillage. Oui, je sais, messieurs, ça ne vous concerne pas vraiment. Et pourtant… Ce masque que nous portons pour se sentir belle, pour mettre en valeur nos beaux yeux, pour se donner de la confiance, dorer notre image et masquer les imperfections, c’est bien souvent pour tenter de bonifier cette impression que vous aurez de nous. Le plus drôle dans tout cela? La majorité des hommes ne remarque pas ses efforts.

Quand j’étais adolescente, j’étais beaucoup plus préoccupée de mon image, angoissée à l’idée de ce que les gens pensaient de moi. Je m’appliquais religieusement du fond de teint à tous les matins, ce qui me rendait encore plus stressée car la pluie pouvait faire fondre mon masque en quelques secondes. Je tachais le col de mes vêtements et je devais constamment vérifier si tout était encore en place…

J’ai délaissé cette pratique il y a bien longtemps déjà, réalisant à quel point je ne faisais qu’ajouter du stress inutile à ma vie. Mais j’ai toujours été une abonnée fidèle de mon eyeliner et mon mascara. Mes petits yeux s’illuminent grâce à ces deux éléments simples et efficaces. Ça prend deux minutes et c’est réglé. Pas de longue séance de torture, petit coup de crayon, petite couche de mascara et hop, prête pour l’aventure!

Mais récemment, m’étant remise à la course, j’ai changé un peu mes habitudes. Moi qui me maquillais même pour aller au dépanneur, j’ai osé sortir au naturel pour aller courir. Je trouvais cela ridicule de me maquiller avant d’aller courir pour me doucher au retour. Mais je ne vous cacherai pas que ce fut un pas difficile à franchir. Toutefois, ça m’a fait réaliser à quel point je ne me questionnais même plus à ce niveau. Ça faisait partie de moi, sans que je réalise que ce n’était pas tout à fait moi. C’est un moi+, un moi avec artifice.

Cette journée sans maquillage peut sembler être un coup de marketing pour plusieurs, et oui, certaines marques, certaines entreprises sautent sur l’occasion pour tenter de nous vendre encore des cossins. Mais on doit s’arrêter sur la philosophie derrière cet événement et non sur l’appropriation que certains en font. On parle beaucoup des stéréotypes et des modèles que la société nous impose mais le maquillage, c’est plus subtil, c’est discret (pas toujours) et c’est dans notre quotidien.

Je ne dis pas que c’est mal de le faire, et croyez-moi, je vais me maquiller ce soir pour mon 5@7 avec une amie, je le confesse, mais il y a peut-être moyen de se libérer de cela tranquillement. Comme je le fais quand je vais courir ou quand je décide que je repousse le moment de me maquiller dans la journée, parce que je travaille de la maison, parce que je vais jardiner le samedi matin et que les insectes se foutent éperdument de mon look, tout comme mes voisins retraités.

Cette fascination que nous avons pour l’image est perturbante puisqu’elle est si implantée qu’on ne la voit plus, ne la sent plus. Elle est là, comme diffuse dans nos vies, sans qu’on en prenne réellement conscience, sans mesurer son importance.

Je vois des jeunes filles se maquiller dès l’âge de dix ans et j’avoue que ça m’attriste. Quel message leur envoie-t-on? Qu’elles ne sont pas assez belles pour sortir au naturel? Que l’image est plus importante que l’être? Qu’être soi-même n’est pas suffisant? C’est raide comme message pour une jeune de dix ans, non? Alors pourquoi ne pas faire un effort pour montrer l’exemple et se dévoiler, sans artifice, sans masque… Chose certaine, notre peau, elle, nous en remerciera…

Selfie – sans maquillage

Photo principale : Unsplash | Yoann Boyer

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