Vivre et laisser vivre

Erik Dungan

J’ai fréquemment abordé le sujet de la normalité sur ce blogue et surtout de mon aversion pour les modèles imposés. Hier, j’avais une discussion à ce sujet avec une amie qui, comme moi, ne correspond pas aux standards de la société. On échangeait sur le fait qu’aujourd’hui, en 2017, il semble aberrant de tenter de mettre les gens dans un moule tant les possibilités sont nombreuses. Qu’est-ce qu’une vie normale aujourd’hui? Un couple ou une famille normale, ça ressemble à quoi? Une situation professionnelle classique devrait suivre quel parcours?

Ça me plait de penser qu’on est rendu au-delà des clichés et des normes et qu’on peut se permettre de créer son propre modèle, unique et personnel. Je suis aussi contente de voir qu’on se permet d’évoluer et de briser les barrières qui, avant, nous empêchaient d’oser et de tenter de nouvelles avenues. Mais, cette indépendance et cette unicité fait parfois réagir encore aujourd’hui, particulièrement quand on est une femme.

Qu’on décide d’acheter sa maison seule, d’élever un enfant seule, de ne pas avoir d’enfant, d’exercer un métier « traditionnellement masculin » (je déteste cette formule) ou de pratiquer un sport de combat, il y a toujours des gens pour juger et pour tenter de nous ramener dans le rang de la normalité. On détonne, on fait tâche pour certain, on sort du lot et je crois que ça confronte les gens sur leurs propres choix. Ça déstabilise et on sait que la nature humaine a bien souvent horreur du changement. C’est si facile de rester dans la même bulle en permanence…

Je connais des familles qui ont décidé aujourd’hui d’avoir de nombreux enfants et qui se font juger à chaque sortie, des femmes qui ont eu un enfant seule et qui constamment se font demander où est le père, des couples homosexuels qui élèvent des bambins et se font demander comment ils ont fait, des femmes sans enfant (dont je suis) qui se font demander si c’est parce qu’elles ne peuvent pas en avoir biologiquement, des hommes qui choisissent de fréquenter une femme plus âgée qu’eux et qui sentent les regards désobligeants sur eux…

Pourquoi, en 2017, se permet-on encore d’étiqueter et de cataloguer absolument tout? Pourquoi a-t-on encore autant de barrières mentales et se laisse-t-on déranger par ces nouveaux modèles? Ce n’est pourtant pas des obstacles à notre propre bonheur, ça ne nous dérange pas dans nos vies? Le vivre et laisser vivre est encore et toujours difficile à obtenir…

Bien entendu, il y a eu de l’avancement, surtout dans les positions que les femmes ont choisies mais ça s’est fait moyennant bien des sacrifices et impliquant plusieurs contraintes. Je rêve sincèrement du jour où un humain pourra vivre sa vie comme bon lui semble, sans devoir justifier ou expliquer ses choix. Être qui on est librement et sans pression, ça me semble être le contexte parfait pour offrir au monde son plein potentiel.

Je parlais de savoir s’entourer de bonnes personnes cette semaine et pour moi, ça fait partie de la solution. Savoir trouver les gens qui nous élèvent vers le haut au lieu de nous niveler vers le bas, qui nous stimulent et nous inspirent plutôt que de nous rabaisser et nous miner le moral. Trouver des gens qui voient les choses comme nous ou qui, du moins, respectent nos choix, nos croyances, notre mode de vie.

C’est crucial de pouvoir vivre parmi un cercle qui n’entrave pas notre bonheur. Ce n’est pas toujours facile car, comme on évolue, ce réseau doit parfois être réajusté et cela nécessite des choix pénibles. Mais la santé mentale, le bien-être et la paix intérieure devraient toujours primer sur tout car c’est dans ses conditions qu’on peut réellement être bien et faire rayonner notre belle énergie. On parle beaucoup d’être plus inclusif envers les communautés mais si on commençait d’abord par l’être entre nous, ça serait déjà, selon moi, un excellent début!

 

Photo : Unsplash | Erik Dungan

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