Une semaine spéciale

Glenn Carstens-Peters

Cette semaine, j’ai de la visite, j’accueille un ado à la maison. En effet, le fils du mari de ma sœur vient passer quelques jours puisqu’il participe à un camp d’été intensif en jeu vidéo, une idée de sa tante techno il y a quelques mois (c’est moi ça). En le voyant arriver hier, ayant emprunté pour la première fois l’autoroute et devant se fier à un GPS pour se retrouver dans un milieu pour lui totalement inconnu, je me suis remémorée mes premières balades seules en voiture, dans des coins que je ne connaissais pas.

Mon dieu que j’ai été stressée! Quand tu arrives de Mont-Laurier en plus et que tu n’as pas renouvelé ton permis pendant quelques années, la conduite à Montréal peut paraître une étape infranchissable. Il y a bien longtemps que je n’avais pas pensé à cette partie de ma vie et j’espère que mon grand ado adoptif ne sera pas aussi angoissé que je ne l’étais à l’époque.

Avoir quelqu’un chez moi, ça bouleverse ma routine, bien entendu. Moi qui est habituée de vivre seule, de n’entendre comme bruit que les pas de mon chat (à son âge et avec sa maladie, croyez-moi il n’a plus du tout la discrétion du minet qui chasse l’oiseau), je dois m’ajuster. Mais, ça fait partie des choses que j’aime de la vie : sortir de ma zone de confort. Ça brasse les acquis, ça demande une ouverture d’esprit et une capacité d’adaptation et c’est souvent dans ce type de situation qu’on grandit, qu’on évolue et qu’on apprend sur soi-même.

Avoir à prendre soin de quelqu’un d’autre quand on est accoutumée à ne s’occuper que de soi, ça fait réfléchir. Je n’ai jamais eu d’enfant et je n’en aurai pas alors les parents qui me lisent ne comprendront peut-être pas cette réflexion, eux qui, depuis des années, passent en deuxième. Mais, étrangement ce matin, en me réveillant, après une nuit perturbée par les miaulements intempestifs de mon vieux matou sénile, ma première pensée était pour ce grand jeune homme qui allait partir ce matin dans un monde entièrement nouveau pour lui.

J’ai beau ne pas avoir d’enfant, je fais preuve d’une grande empathie car je sais que ça peut être très intimidant, surtout à cet âge, d’entrer dans un groupe, dans un lieu, dans un contexte qu’on ne connaît pas. Je crois que je stressais pour lui, que je m’inquiète à sa place de savoir si les autres seront gentils avec lui, s’il trouvera une place de stationnement, s’il arrivera à l’heure, s’il pensera à boire de l’eau…

Je suis une tante gâteau, depuis toujours… Pas la maman d’un enfant mais celle qui prend soin de ceux des autres, qui gâte, qui porte un regard différent, qui a une distance que les parents n’ont plus parfois par rapport à leur progéniture. Et ce matin, je me trouve bien drôle à regarder l’heure en me demandant si finalement, à 8 h, il sera bien rendu, sur son banc d’école, pour en apprendre plus sur sa passion.

Je me surprends à l’imaginer chez Ubisoft ou une autre grande firme, à espérer qu’il ait assez la piqûre pour être motivé à finir son secondaire. Il est différent mais mérite autant que les autres d’être heureux et la petite étincelle dans son regard quand il me montre ses accomplissements d’autodidacte me laisse croire qu’il a trouvé sa voie.

Être la tante gâteau, c’est aussi ça. C’est accueillir quand une opportunité se présente de tracer un chemin, c’est offrir le support et l’encouragement nécessaire en sachant que ça peut faire une différence. Dans quelques jours, ma vie reprendra son cours normal mais dans mon cœur, j’espérerai profondément que quelque chose germera dans le sien. La graine de la passion, de la détermination et de la fierté de savoir qu’un jour, il pourra lui aussi, œuvrer dans ce milieu qui l’enthousiasme. Et je saurai à ce moment-là que c’est à ça que ça sert, avoir une tante gâteau.

 

Photo : Unsplash | Glenn Carstens-Peters

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