Le silence est d’or

Char Beck

J’ai parfois l’impression qu’on est constamment sollicité, que nos sens nous envoient une quantité phénoménale de messages et d’informations et que les stimuli ne cessent de nous appeler à réagir. Et si vous êtes comme moi, par moment, vous avez besoin de calme et de silence, de quiétude, autant autour qu’à l’intérieur. Une overdose, ça peut aussi arriver sans drogue…

J’ai quitté Montréal car j’en avais assez du bruit constant et incessant qui parvenait à mes oreilles. Les klaxons, les sirènes, les fêtards qui parlent forts tard le soir, les bourdonnements, les cris… Pour certains, ce bouillon sonore les motive, pour moi, ça devenait agressant. Étant née en campagne, disons que mon échelle de tolérance n’est pas la même qu’un urbain de nature. J’aime la ville mais à petite dose.

Mais j’ai aussi réalisé à quel point beaucoup de gens ont peur du silence. Toujours ce bruit de fond sonore via la télévision, la radio, la musique pour combler le vide auditif. Le silence agit comme un miroir, nous permet de voir réellement comment on se sent, comment on va, ce qui nous préoccupe, nous dérange ou nous réjouit. Et si on ne veut pas savoir, il faut enterrer ces sensations par un stimulus externe.

J’aime le silence autant que la solitude, même si parfois j’ai envie d’une ambiance de fond. J’aime pratiquer mon yoga sur une trame appropriée, sans voix, sans éclat mais plutôt une atmosphère favorisant la détente, un petit air doux et envoutant qui aide à faire fuir les pensées persistantes. Mais je sais qu’un jour, après des années de pratique, je pourrai opter pour le silence, qu’il me sera suffisant pour m’apaiser.

Je suis de celles qui adorent aller dans le bois, pour savourer cette pureté visuelle autant que sonore. Le moindre craquement d’une branche résonne sur ce fond vide de son. Chaque élément de la nature prend sa place et n’est pas dérangé ou enterré par le vrombissement d’un moteur. La nature prend ses aises et s’installe, confortable et immuable. Et c’est d’un réconfort enrichissant. Immanquablement, ça me calme, ça m’enracine, ça chasse tous mes soucis et mes préoccupations. Je me sens dans mon élément, entouré de cet univers pur, de ce silence, de cette source de vie.

On dit souvent que la parole est d’argent, le silence est d’or. Ça signifie en fait que parfois, il vaut mieux se taire, que notre silence a plus de valeur que notre parole. Ma professeure de yoga nous disait hier que si le mot qu’on s’apprête à prononcer n’est pas plus beau que le silence, on devrait s’abstenir. Et j’ai l’impression que cette philosophie mériterait d’être mise en pratique par nos politiciens et beaucoup de gens, influents ou non.

J’ai le sentiment qu’on parle beaucoup pour rien dire dans notre société, comme si on voulait absolument faire sortir de notre tête toutes les pensées qui y passent. Pourtant, nos mots n’ont pas le même poids que nos actes. Le silence est souvent bien plus éloquent que la parole, se taire requiert fréquemment plus d’efforts que de parler. Dire tout haut n’est pas toujours la solution et quand on considère tous les conflits et les mésententes qui règnent, j’ai l’impression que beaucoup de mots n’auraient jamais dus atteindre la bouche de leur orateur.

Il y a des moments pour se taire, et des mots que l’on doit dire. C’est un art de savoir quand ça vaut la peine, de savoir quelle posture adopter. Mais choisir est un droit et personne ne peut nous imposer d’écouter, de tolérer ou d’endurer. On peut toujours se retirer, comme je le fais dans la nature, pour s’apaiser et se ressourcer. Le silence est une richesse qui j’espère ne sera jamais en voie de disparition.

 

Photo : Unsplash | Char Beck

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