Comprendre la colère

Morgan Basham

Êtes-vous trop souvent en colère? Ça peut sembler une drôle de question mais ça m’est traversé l’esprit dernièrement. On parle beaucoup, ces temps-ci, de dénonciation, de droit de parole, de décrier l’inacceptable ou de se tenir debout devant la menace. Et tout cela est, je crois, très sain et devrait nous mener à une société plus juste et égalitaire. Mais, au-delà de ce phénomène, je me questionne parfois sur notre relation avec la colère.

Certaines personnes parlent fort naturellement, ont un timbre de voix qui peut sembler plus agressif, ont tendance à s’emporter plus facilement, ayant une fougue et une passion qui envahissent chaque discussion. D’autres sont beaucoup plus réservés et, même fâchés, ne sont pas nécessairement entendus ou peinent à être pris au sérieux. On a la personnalité qu’on a, me direz-vous…

Mais j’ai aussi réfléchi à mon propre rapport à la colère, à la mienne et à celle des autres. J’ai eu des patrons très expressifs qui pouvaient hurler quand la tournure d’une rencontre ne leur plaisait pas. J’ai aussi fréquenté un homme qui avait une passion pour le débat ce qui pouvait faire aboutir un échange tout à fait banal en joute verbale interminable. Et j’ai compris, en étant en contact avec ces gens, que je n’appréciais pas la colère, l’intensité orale et les discussions trop animées. Mon niveau de tolérance est assez bas en fait, à ce sujet.

Étrangement, j’ai aussi pris conscience qu’il m’arrivait de m’emporter facilement, sur certains sujets, quand j’avais l’impression d’être brimée dans mes droits ou qu’on empiétait sur ma bulle. Disons que je peux avoir le réflexe de m’exprimer rapidement, sans filtre ni gants blancs. En creusant toutefois, je crois que je reste toujours dans le respect et que je n’exprime que mon inconfort ou mon sentiment de malaise.

Bref, je réfléchissais à cette relation amour-haine que nous entretenons avec cette émotion mal-aimée qui est la colère. Je parle d’amour et de haine car je crois qu’on est ambivalent devant ce sentiment. On aime pouvoir expulser notre colère quand on ressent une injustice, qu’on se sent blessé ou quand quelqu’un nous manque de respect. Ça fait du bien de s’exprimer, de dire tout haut ce qui bouille en nous. Et, bien honnêtement, si on garde en nous toute cette colère, on risque d’exploser de manière inadéquate à un moment donné, ou de devenir malade à force de se faire gruger l’intérieur par ce feu colérique.

Mais, combien de fois entend-on quelqu’un dire qu’une femme est hystérique car elle formule sa pensée haut et fort? Le message véhiculé dans la société, c’est que la colère c’est mal, c’est destructeur et ça blesse. Je crois que le problème, c’est qu’à force de se faire dire cela, on accumule et on gère donc mal notre colère. Car celle-ci, soyons-en conscient, a sa raison d’être et est là pour rester. C’est un signal d’alarme pour nous dire que quelque chose ne nous convient pas…

Si on prend la peine de l’accueillir, la ressentir, l’écouter et tirer profit de son enseignement, on peut cohabiter très sainement et même sereinement. Bien entendu, il faut saisir la différence entre l’émotion brute et la réaction qu’elle engendre… Crier ou frapper, ce n’est pas la colère, c’est la manière de l’exprimer. Et c’est souvent avec cela que nous avons le plus grand malaise.

Je n’ai aucune idée pourquoi ceci m’a traversé l’esprit et je n’ai pas de formule magique à vous soumettre pour mieux gérer votre colère. Mais je crois que, déjà, d’y penser, d’en parler, de se conscientiser, c’est un pas dans la bonne direction. Il faut toujours débuter par une analyse personnelle avant de pouvoir se positionner. Et se regarder aller, examiner ses réactions, ça fait partie du processus normal et adéquat quand on vise un changement ou un ajustement. Car, au bout du compte, l’objectif, c’est toujours de s’améliorer pour vivre plus paisiblement et cohabiter de manière constructive avec nos émotions.

 

Photo : Unsplash | Morgan Basham

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