L’humain au cœur de nos vies

Adrian Sava

Tout va vite aujourd’hui, que ce soit au niveau des technologies ou des relations. La société exige de nous une performance suprême, comme si la vie allait cesser demain, comme s’il y avait urgence d’exceller, de passer à la prochaine étape, au prochain projet. Mais, on a tendance à oublier que derrière tous ces succès, toutes ces expériences, toutes ces possibilités, il y a l’humain, l’être à part entière avec ses émotions, ses tourments et surtout, ses besoins.

C’est très facile de se laisser emporter par le tourbillon incessant qui nous entoure, ce mouvement continu qui perdure et défile devant nos yeux, sur nos écrans. Trop d’événements, de messages, de rencontres possibles pour rester chez-soi à rien faire, pensez-vous? Et pourtant, on a tous besoin de calme, de paix, de repos et de silence pour se ressourcer et donner à notre corps et notre esprit ce dont il a besoin pour recharger ses batteries.

Je ne parle pas ici de faire la patate de sofa devant Netflix pendant des heures. Mais, trop souvent, j’entends des gens me parler de leur horaire surchargé avec des week-ends qui ressemblent à des agendas de premier ministre. Et je ne peux m’empêcher de me dire que leur source d’énergie va finir par s’épuiser. Je comprends qu’avec les semaines bien chargées, entre les boulots des parents et les cours des enfants, on veuille profiter de chaque minute de pause pour faire ce qui nous plaît. Mais à force d’étirer l’élastique, on finit par s’épuiser complètement.

C’est comme pour les nouvelles rencontres faites par Internet (je dis Internet mais ça inclut bien entendu les fameuses applications qui permettent de « swiper » gauche-droite). Par expérience, et à entendre beaucoup de gens de mon entourage, il y a quelque chose d’inhumain dans le processus de sélection. On magasine quelqu’un sur un écran comme on le fait pour un objet, sans avoir de ressenti, sans savoir ce que dégage réellement la personne. Et si, après quelques phrases échangées, un candidat plus intéressant se présente dans la liste, on fait le switch et on abandonne, oubliant que derrière l’écran, c’est bel et bien un humain qui se cache.

C’est sans compter aussi le fameux phénomène des photos non désirées que je ne décrirai pas ici (on est quand même le matin : bon déjeuner!) Je n’ai jamais compris comment quelqu’un pouvait envisager que sa meilleure stratégie était de partager une image de son anatomie intime en guise d’introduction. Encore là, l’écran atténue la perception de qui est derrière le profil. Et il y a une pression de choisir rapidement, de répondre immédiatement, sous peine d’être remplacé en un clic.

Je ne tomberai pas dans la nostalgie mielleuse, à dire que c’était tellement mieux avant. Je crois qu’il y a du bon dans tout ça mais qu’il y a aussi beaucoup de mauvais. La dépendance aux appareils porte maintenant un nom : la nomophobie, que l’on décrit comme une phobie liée à la peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile. Et on en est témoin chaque jour, je dirais même chaque heure. Alors, non, ce n’est pas tout rose.

Mais si on se rappelait qu’avant tout cela, on se promenait librement dans les rues sans être liés à cette laisse virtuelle qu’est notre appareil, on regardait les gens dans les yeux, on souriait aux plus attirants, on prenait le temps de connaître les personnes, on n’avait pas à Googler quelqu’un pour tout savoir en 4 secondes. On devait prendre le temps d’apprendre à découvrir l’humain derrière l’enveloppe corporelle, on était attentif à ce qu’on ressentait au contact de l’autre.

Je crois que les deux pratiques peuvent cohabiter, qu’on peut garder nos appareils dits intelligents et s’intéresser concrètement aux humains que l’on côtoie. Mais pour cela, il faut prendre conscience de ce qui nous entoure, fermer l’appareil quelques temps et s’ouvrir aux autres. Réapprendre à se concentrer sur le réel pour laisser le virtuel n’être qu’un divertissement. Voilà comment on peut revenir à l’essentiel : l’humain, dans sa plus belle expression.

 

Photo : Unsplash | Adrian Sava

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