Persévérer ou en faire trop?

Louis Smit

Dernièrement, j’ai failli tout abandonner. Pas tout, mais disons mon entraînement. Même si je savais pertinemment que l’arrivée de la chaleur allait me ralentir et me faire souffrir, ça m’a frappé de plein fouet, de façon surprenante et déroutante. Pourtant, l’an dernier, même phénomène, même déception, même remise en question. Il faut croire que je suis difficile à convaincre ou trop optimiste. Ou les deux.

C’est que, voyez-vous, ça allait si bien avant que le thermomètre se mette à grimper. Je progressais, j’avais même l’impression d’avoir (un peu) moins mal aux jambes tout le temps, d’être sur la bonne voie quoi. Puis, la première journée à vingt degrés est arrivée, puis une longue sortie au soleil et à la grosse chaleur m’ont assommée. Et ça m’a complètement découragée…

En en parlant avec certaines personnes de mon entourage, plusieurs m’ont simplement demandé pourquoi je continuais si c’était si désagréable. Et je leur répondais que j’avais pris un engagement, que je ne pouvais pas lâcher. C’est mon égo, mon orgueil qui répondait en fait, pas mon cœur. Car si j’avais laissé mon cœur répondre, ça aurait plutôt été ceci : j’ai pris un engagement envers moi-même, j’ai décidé d’investir du temps dans ma santé et cette course officielle du 3 juin où je parcourrai 21.1 km est le point culminant d’un changement de vie.

Oui, c’est très difficile et comme dirait mon entraîneure, ce n’est pas pour rien qu’on parle d’un sport d’endurance. C’est parce qu’il faut endurer longtemps avant de devenir bon et que ça soit plus facile! Mais, trêve de plaisanterie, j’ai compris plus que jamais à quel point on est habitué aujourd’hui à tout obtenir facilement et rapidement, sans trop d’effort, sans trop s’investir, ni chambouler notre quotidien.

La société du jetable, autant pour les relations que les activités, nous a forgé à changer dès qu’un petit défi se pointe. Comme si « avoir de la difficulté » n’est plus à la mode puisqu’il y a tant d’autres possibilités. On le voit avec Tinder, on le voit avec les éternels chercheurs d’emploi qui pensent toujours que l’herbe est plus verte dans l’entreprise voisine, et on le voit avec les abonnements annuels aux gym qui se vendent comme des petits pains chauds en janvier mais dont les centres sont déserts en mars.

Travailler fort, trimer dur, c’est de moins en moins populaire et on se fait presque juger quand on le fait. Mais, pour l’avoir expérimenté, c’est la plus belle façon d’apprendre sur soi, la meilleure manière de connaître ses limites momentanées et ça demande d’être humble, d’accepter de ne pas être parfait, ni stable, ni en constante progression. Parfois, il faut savoir reculer pour mieux avancer.

Entre persévérer et en faire trop, la ligne est surement très mince. Certains iront dans les excès alors que beaucoup déserteront. Mais la fine zone de persévérance, elle est gratifiante et euphorisante malgré les courbatures, malgré les heures à investir, malgré les sacrifices que cela exige. Il suffit de trouver son équilibre, de garder la foi et, par moment, de ne pas trop réfléchir et de se lancer. Comme on dit, le corps nous le dira si on en fait trop.

Alors, le 3 juin, je serai sur la ligne de départ, fébrile et incertaine, me demandant ce que je fais là, pourquoi je m’inflige tout ça. Mais je sais qu’au fil d’arrivée (si je ne m’effondre pas en cours de route), je serai gorgée de bonheur à l’idée qu’une fois dans ma vie, j’ai atteint un objectif que je croyais inaccessible. J’aurai surement mal pour plusieurs jours et je me jurerai sans doute de ne plus jamais courir… Mais quelques jours plus tard, je sais que mes souliers m’appelleront dehors et que c’est avec plaisir que je reprendrai l’entraînement, à mon rythme. C’est ça, persévérer.

 

Photo : Unsplash | Louis Smit

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