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Comment vas-tu?

Daniel Schaffer

Cette question si simple qu’on pose allègrement, à tout vent, sans toujours attendre une réponse. C’est devenu si commun qu’on s’en rend à peine compte. Comment vas-tu? Ah, ça va bien, et toi? Formule classique, sans prétention mais sans non plus d’implication. Ose-t-on y répondre sincèrement ou si on le fait machinalement comme on lance des bonjours sans intensité?

On se préoccupe peu les uns des autres. On avance, trop vite, dans nos vies, trop chargées, trop rangées. Aller mal, ça détonne. Filer un mauvais coton, ça dérange, ça freine l’élan des autres. Pourtant, tout le monde va mal à un moment donné. Tout le monde ressent un petit blues, un petit down. Sans raison profonde ou sur un fondement solide, le mal-être, le malaise, il est normal.

On parle beaucoup de santé mentale mais très peu du simple « bof ». Comme si, encore une fois, ça devait être grandiose ou majeur pour qu’on s’en préoccupe. Mais la petite souffrance anodine, le mauvais jour, la peine lancinante, c’est aussi important d’en prendre conscience. Car c’est ce qui peut mener éventuellement à plus grave. Et il ne faut pas attendre, justement, que ça s’aggrave.

Alors… Comment allez-vous? Vous posez vous, même, la question de temps en temps ou avancez-vous à vitesse grand V sans vous préoccuper de votre propre état? C’est peut-être d’ailleurs pourquoi celui des autres nous importe si peu : parce qu’on n’arrive plus à se connecter à soi-même pour se ressentir. Alors le mal-être des autres nous perturbe et nous ramène au nôtre qu’on tait depuis trop longtemps.

Hyper connectés, hyper cultivés et hyper accessibles, on n’en est pas moins si peu enracinés. On se projette beaucoup, dans le futur ou ailleurs. Mais pourtant on est ici, maintenant. Et c’est bien la seule chose sur laquelle on a un certain pouvoir. Comment désire-t-on profiter de ce moment unique et singulier? Comment se sent-on dans cet instant présent?

On nous enseigne beaucoup de choses dans la vie, à l’école comme au boulot. Mais rarement on nous montre l’importance du ressenti. Et entre vous et moi, sauf exception, ça nous serait plus utile que l’algèbre mettons… Certaines expériences ont d’ailleurs été faites sur des cours de méditation donnés à des enfants et les résultats sont plus que probants sur leur concentration et leur capacité à intégrer la matière et à interagir en groupe.

Je vous invite donc à prendre quelques minutes par jour pour vous détacher de l’extérieur et pour sentir, au fond de vous, ce qui se trame. Pas de distraction, de musique, de film ou de réflexion. Le silence et vous-même. Et si ça vous effraie, c’est juste que ça fait trop longtemps que vous ne vous y êtes pas attardé. Mais ne craignez rien, ça ne fait pas mal 😉

Et quand quelqu’un vous demandera comment ça va, répondez honnêtement (tout en restant adéquat : les grands épanchements n’ont pas leur place au travail). Mais au lieu de balayer la question du revers de la main sans y réfléchir, profitez-en pour prendre quelques secondes d’introspection. Vais-je vraiment bien? Si personne ne prend le temps de s’enquérir de votre réponse, vous pourrez au moins rebondir sur cette interaction pour en faire quelque chose de positif, pour vous.

Photo : Unsplash | Daniel Schaffer

Les trouvailles de mai

the Bialons

Qui dit retour de voyage dit décalage horaire ou, en langage commun, jetlag. Et je peux vous dire que j’ai le jetlag assez intense depuis mon retour d’Italie. Mon système a très bien enregistré le rythme vénitien, il l’a même adopté allègrement (trop). Alors peu importe à quelle heure je vais au lit le soir, à 4 h, c’est immanquable, je tourne dans mon lit, complètement éveillée et dans l’impossibilité de retrouver le sommeil. La joie…

Le seul avantage que j’ai trouvé dans ce désagrément (parce que oui, j’aime trouver du positif dans tout), c’est que ça me donne beaucoup de temps pour rattraper les émissions que j’ai manquées en mon absence et en découvrir de nouvelles. Et je suis tombée sur une merveilleuse perle disponible sur tou.tv : fourchette. Cette courte web-série propose une trame dramatico-romantique constituée en fait d’une adaptation du blogue littéraire de Sarah-Maude Beauchesne, Les Fourchettes. Et c’est particulièrement bon. Je vous invite à visionner ce petit bijou lors de la prochaine journée pluvieuse (qui arrivera assurément).

Autre découverte qui occupe mes insomnies : le bouquin Avec pas une cenne proposé par un collectif d’auteurs et qui rassemble les récits de voyage de quatorze personnes, sous la direction littéraire de Mélissa Verreault. « Défier la routine, confronter ses peurs, rencontrer l’âme sœur, donner un sens à sa vie, célébrer la fin d’une époque ou le début d’une autre, dépenser l’argent qu’on n’a pas, oublier ses ratages et fuir ses déceptions : voilà autant de raisons d’enfiler son sac à dos et de partir à l’autre bout de la planète pour voir si on y est. »

Et bien sûr, pour ma part, qui dit voyage dit lecture chick lit. Petit plaisir coupable que j’assume pleinement, ces lectures légères et souvent un peu quétaines me permettent de m’évader, de ne pas réfléchir et de me divertir à souhait. Et j’ai lu trois livres qui ont très bien comblé ce besoin d’évasion.

Première lecture : Cupidon a des ailes en carton, de l’auteure Raphaëlle Giordano, qui nous avait offert « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une ». Du pur bonbon, des rebondissements à souhait, une histoire rocambolesque à peine crédible mais si savoureuse qu’on se prend au jeu avec grand plaisir. Histoire d’amour teintée de folie et de scénarios absurdes : amenez-en!

Valérie Chevalier nous revient avec son nouveau bouquin : Tu peux toujours courir. Le récit de deux amies qui collectionnent les fréquentations mais s’investissent rarement en profondeur jusqu’à ce que, bien entendu, le bonheur surgisse là où il n’était pas attendu. Humour et autodérision sont au rendez-vous dans ce roman drôle et rafraîchissant.

Et finalement : L’allégorie des truites arc-en-ciel, premier roman de l’ancienne athlète de tennis Marie-Christine Chartier. Une belle finesse dans son écriture et une histoire qu’on a tous l’impression de connaître : la fine ligne entre l’amitié et l’amour entre un homme et une femme. Ici illustré entre deux jeunes personnages, ce scénario met en lumière l’importance de la communication mais aussi de s’analyser soi-même dans ses sentiments et de faire preuve d’honnêteté.

Bref, avec tout cela, vous devriez trouver de quoi vous satisfaire pour les prochaines semaines. Avec l’été qui s’installera éventuellement, j’aurai assurément d’autres suggestions littéraires pour vous. Restez à l’écoute, et d’ici là, profitez du beau temps pour ajouter quelques plantes qui attirent les oiseaux, les abeilles et les papillons dans votre jardin. Parce que c’est si beau et si nécessaire, et que la nature est la seule à ne rien nous demander en retour de ce qu’elle nous offre. Ou peut-être juste qu’on la respecte.

Photo : Unsplash | the Bialons

Revenir à son rythme

De retour depuis samedi sur notre territoire, je vogue encore entre deux eaux. Mitigée entre le plaisir de retrouver le confort de mon petit cocon à moi et la nostalgie des beautés italiennes, je reviens tranquillement, à mon rythme. Ce tempo qui a été le mien, d’ailleurs, dans ce beau périple. Partir seule, c’est aussi cela. Se permettre d’y aller à sa façon, sans compromis, en se laissant bercer par son instinct (et la météo).

Il y avait longtemps que je n’avais pas eu ce plaisir d’apprécier la lenteur, le calme, la douceur des matins sans pression ni contraintes. Un horaire vide, aucun plan, aucune obligation. Le bonheur! Certains me diraient que ça fait peur, tant d’inconnu, mais dans ma vie structurée au quart de tour, j’ai besoin de ce saut dans le vide pour apprécier le reste de l’année. C’est mon équilibre, le poids dans la balance qui me permet d’affronter les défis constants de nos vies débordantes d’engagements.

J’ai vu tant de belles choses que mon esprit peine à faire le tri, à rassembler, à mémoriser. Mais l’important, c’est ce que mon cœur a ressenti, ce que mon âme a perçu et tout ce qui s’est imprégné en moi. Me « perdre » dans les rues de Venise a sans aucun doute été un élément important de la qualité de mon voyage. Une fois les repères enregistrés, on peut se laisser aller comme rarement ailleurs. Car, en réalité, il est impossible de s’y perdre et jamais je ne considérerais comme une perte de temps un détour impromptu dans cette merveille unique.

Tristement, j’ai vu beaucoup de gens passer un temps fou avec leur téléphone intelligent à la main. Comme si le fait de ne pas savoir exactement où ils étaient les angoissait. J’ai personnellement préféré m’habituer à ce manque de structure plutôt que de m’accrocher aux outils technologiques. Paradoxal pour une travailleuse du numérique comme moi. Mais quand je décroche, je décroche.

J’ai lu beaucoup, sur les terrasses, dans des parcs et un peu partout. Parce que la lecture permet ce lâcher-prise complet et amène l’esprit à s’ouvrir pour accueillir. J’ai visité des lieux indescriptibles tant ils sont majestueux. L’histoire, le passé si présent, l’impression d’être si petite dans toute cette immensité, ça permet de relativiser.

Les italiens ont cette faculté d’être dans le moment présent. Surtout à Venise où la vie est particulière : aucune voiture, seuls les vaporettos servant de transport en commun circulent dans les canaux. Mais j’ai préféré marcher pour découvrir les trésors cachés et pouvoir m’arrêter quand l’envie me prenait de déguster gelato, pizza, pasta et vino… Sortir du circuit officiel pour découvrir par soi-même les petites perles de Venise : bonheur assuré!

Mon coup de cœur entre tous est sans aucun doute la fabuleuse île de Burano. Ses maisons colorées, ses petites rues coquettes et sinueuses, ses fleurs et ses vélos à profusion… L’endroit rêvé pour s’arrêter, mettre sa vie sur pause et s’enraciner, se connecter. Cette petite visite d’un jour m’aura donné de l’énergie pour les mois à venir. C’est lorsqu’on explore de tels endroits qu’on réalise à quel point la vie ici peut être stressante et imposante. Mais on peut toujours se rappeler ces moments où le temps semble s’être arrêté pour nous donner l’opportunité de vivre pleinement, sans compromis.

Un simple au revoir

Slava Bowman

Il n’y a pas si longtemps, quelques années à peine, je ne partais pas de chez-moi sans avoir vérifié les chemins à emprunter pour me rendre à ma destination ainsi que les possibilités de stationnement une fois sur place. Mon anxiété m’étouffait et me contrôlait au point que l’inconnu d’un lieu me donnait mal au ventre. Et c’est grâce à la thérapie que j’ai pu, avec le temps, calmer ce monstre intérieur pour apprendre à me faire confiance et, surtout, réaliser que personne ne sait toujours tout sur tout et que, dans le fond, c’est normal parfois d’être perdue.

Dans les prochains jours, je m’envolerai, seule, pour l’Italie. Sans plan précis, sans itinéraire ultra organisé. Je sais où je vais, je sais où je loge. Le reste, ce sera à l’instinct. Et, étrangement, ça ne m’effraie pas, ça ne me procure pas d’angoisses profondes ni d’urticaire. En fait, ça me libère, ça m’inspire et ça me permet de partir l’esprit ouvert et libre de contraintes.

J’avais ressenti, déjà, ce besoin lors de mon périple en Espagne sur le chemin de Compostelle. Cette envie irrésistible de décrocher de ma vie, temporairement. Un détachement nécessaire, salvateur. Aller voir ailleurs de quoi j’ai l’air, aller me tremper dans une mer de possibilités différentes. Tenter de me plonger dans un autre contexte pour voir comment je me sens.

Cette fois-ci, j’ai choisi une destination que plusieurs considèrent romantique et je me suis fait demandé souvent pourquoi j’allais visiter Venise, cette ville si charmante, sans compagnon de voyage. Probablement que, dans les raisons qui me poussent à faire ce choix, c’est qu’il y a une part de moi qui aime aller à contre-courant, je ne le cacherai pas. Mais aussi, parce que je sais qu’en y allant seule, je pourrai faire et voir tout ce que j’ai envie, sans influence, sans compromis.

Et parce que la lecture du roman Petite mort à Venise m’a bouleversée et imprégnée d’un désir profond d’aller me perdre dans ces canaux mythiques, calmes et historiques. Cette lenteur, ce passé chargé et cette vie aux antipodes de notre empressement quotidien m’appellent sans que je puisse concrètement expliquer pourquoi.

Mais ça aussi, je l’ai appris. Il n’y a pas toujours une raison logique, pragmatique. Un élan du cœur ne s’explique pas toujours en mots. Le ressenti vaut autant sinon plus qu’une explication raisonnée. Alors, je ne réfléchis pas, je m’écoute, tout simplement.

Je reviendrai sans doute chamboulée de mes découvertes comme à chacun de mes voyages. Je suis une grande sensible malgré mon métier d’analyste et ma fougue bien présente. Les monuments, les palais, les mosaïques viendront illuminer mon esprit et les bons vins, les plats savoureux et la chaleur du peuple italien sauront assurément me ravir.

Je pars confiante d’y trouver mon bonheur, de m’y sentir bien et d’être en mesure de savourer chaque minute de ces vacances bien méritées. Vous vous douterez que je prendrai une petite pause d’écriture « publique » pour me concentrer sur mes notes plus personnelles, mais c’est avec un immense plaisir que je vous retrouverai, plus inspirée que jamais à mon retour.

Soyez sages, mais pas trop, soyez vous-mêmes, dans vos couleurs, vos émotions et vos envies. Écoutez-vous, respectez-vous. C’est ce qui fait que le monde est bon et beau. Sur ce, je vous dis, arrivederci e ci vediamo presto.

Photo : Unsplash | Slava Bowman