Rester fidèle à soi-même

Matthew Fassnacht

De nos jours, on nous demande beaucoup de s’adapter. Au boulot, dans nos habitudes ou dans notre façon de voyager, il faut constamment ajuster notre façon de faire, d’être, de parler. Pour ne pas froisser, pour être plus efficace, pour se fondre dans la masse, on doit mettre de côté partiellement des parties de soi, taire notre petite voix, tourner sa langue sept fois. Mais à force de se morceler ainsi, il arrive qu’on ne sache plus qui on est vraiment, qu’on n’arrive plus à retrouver son essence.

Et, malheureusement, à force de s’adapter, on peut devenir le caméléon en chef, capable de se mouler aux désirs de tous mais déconnecté de soi. On devient un miroir. Tout le monde nous croit si heureux et si nomade qu’on en vient à croire que c’est ce qui nous définit. Mais pourtant, seul chez-soi, on ressent un grand vide, un manque, une noirceur.

C’est un passage que j’ai connu, après des années d’angoisse qui m’amenaient à vouloir plaire à tous, à tenter de combler tous les vides des autres, de sauver les gens, de rendre heureux. Mais je m’oubliais car il était plus facile d’aimer les autres que de m’aimer moi-même. Et ça me semblait nourrissant, enrichissant. Sauf quand j’étais seule dans mon lit le soir à me demander à quoi ça rimait tout cela.

Heureusement, j’avais avec moi, dans ce périple de vie, ma fidèle psy qui me guidait, m’écoutait et surtout, me voyait aller plus que j’en étais capable moi-même. Avec ses questions précises qui m’atteignaient droit au cœur, elle me ramenait sur la route vers moi-même. Dans toutes mes dérives et mes tergiversations, elle était mon phare, celle qui m’empêchait de couler.

Toutes ces expérimentations ont finalement fait de moi qui je suis aujourd’hui. Comme des essais pour me définir, comme si je devais toucher les extrêmes pour découvrir mon centre, mes racines. J’aurais peut-être pu prendre un chemin plus facile mais je n’aurais sûrement pas gagné chaque millimètre de confiance aussi profondément. Car aujourd’hui, ces acquis, je les ai pour la vie et ça, je ne changerais ça pour rien au monde.

Je ne vis pas dans les regrets, je n’aime pas les « j’aurais dû ». Je préfère les « j’ai essayé et ce n’est pas pour moi », car ça me permet de tourner la page définitivement au lieu de laisser une petite parcelle de mon cerveau se demander si… Parfois, ça fait mal, parfois, ça demande du temps pour s’en remettre mais au moins, j’avance sans boulet ni contrainte.

Rester fidèle à soi-même, ça demande avant tout de se connaître et de s’apprécier. Car il faut parfois batailler un peu pour demeurer soi, faire valoir son point et trouver un ancrage à l’intérieur, dans la tempête. On rencontre des gens de forte influence, ceux qui aiment rallier, ceux qui veulent toujours avoir raison, ceux qui ne regardent que leur nombril et si on n’est pas solide en dedans, on peut se laisser attirer.

Rester fidèle à soi-même, c’est parfois aussi renoncer. Renoncer à un amour malsain, à une relation toxique mais oh combien divertissante, à un entourage gentil mais inadéquat, à un travail payant mais épuisant. Souvent, les gens autour de nous ne comprennent pas pourquoi on décide de s’éloigner mais ce qui importe, c’est ce qu’on ressent en-dedans. Notre petite voix, elle, le sait pourquoi on fait tout cela.

Rester fidèle à soi-même, c’est se donner la chance d’être heureux, serein et de trouver une certaine paix intérieure, malgré ce que les autres en pensent, malgré les doutes, malgré la peur, malgré les commentaires et les jugements. Parce que, quand on se couche le soir, c’est face à nous que nous sommes.

Photo : Unsplash | Matthew Fassnacht

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