S’écouter vraiment

Clem Onojeghuo

Cette période difficile de confinement amène son lot de frustrations et un sentiment généralisé de privation. Privé de liberté, privé de sortie, privé de latitude… On s’enferme chez-soi avec nos mille et unes questions en tête, avec nos craintes, mais aussi avec nos petites bibittes mentales qui se baladaient avec nous bien avant que le méchant virus se pointe le bout du nez.

On lit partout que c’est une occasion de ralentir, de faire le point, de prendre le temps de faire des choses qu’on ne fait jamais (incluant les fameuses tartelettes portugaises). On peut aussi être un peu figé, bloqué par cette anxiété grandissante qui nous envahit. Et quand on continue de travailler, on ne peut pas passer ses journées à faire du pain et le ménage du printemps. À chacun sa situation…

Mais, inévitablement, le hamster se fait aller, hyperactif devant tant d’insécurité et d’inconnu. Et malgré toute cette incertitude, il faut tout de même prendre le temps de ressentir pour ne pas se laisser envahir. Prendre le temps d’entendre ce qui se passe en dedans, ce qui vibre, ce qui crie, ce qui bouge et ce qui s’éteint. Parce que nous ne sortirons pas de cette situation sans aucun impact, sans changement, sans cicatrice ni prise de conscience.

Grand bouleversement? Peut-être pas ou du moins pas pour tous. Mais des déclencheurs, des petites lumières qui s’illuminent ou une sensation de soulagement de réaliser que finalement, tout n’est pas si noir? Possiblement. Parce qu’avant tout cela, on avait déjà des soucis et ceux-ci peuvent nous sembler anodins tout à coup. Aussi, une tergiversation, un dilemme malsain qui persistait pré-crise peut tout à coup s’évaporer de lui-même dans un contexte plus restrictif, amenant un changement de cap, de point de vue, de perspective.

S’écouter vraiment, réellement, sincèrement. Être authentique avec soi-même, être en phase avec ses valeurs profondes, avec ses priorités. Sans tomber dans les grands débats philosophiques, on peut tenter de recentrer sa vie, retrouver un sens à nos actions et concentrer nos énergies sur ce qui nous nourrit.

On parle beaucoup, ces jours-ci, de consommation, d’achat local et d’entraide. Mais on parle peu des excès. Cette période de stress peut en être une de recherche de sens dans l’achat compulsif, dans la boisson, dans la consommation éphémère qui tait l’orage intérieur. Tenter de faire du « bruit » pour éviter d’entendre ce qui bouille en-dedans, c’est facile… Mais ça peut être dommageable car le réveil peut être brutal.

On voit peu le temps passer dans la vie, on se plaint que tout va toujours trop vite et en ce moment, le Québec est sur pause. C’est comme un congé forcé pour plusieurs. Et c’est une opportunité de se tourner vers l’intérieur, vers ce qu’on fuit parfois, vers ce qu’on craint de voir avec une loupe. Parce qu’on accumule autant en dedans que dans nos maisons, parce qu’on aimerait avoir des solutions faciles et rapides, qui demandent peu d’effort et surtout qui ne nous brassent pas trop.

Mais cette pensée magique n’existe pas ou du moins, ne fait pas le travail en profondeur. C’est comme un « Band-Aid », ça masque le bobo mais ça ne guérit pas la source du problème. Alors si on en profitait pour simplement être honnête avec soi-même? Tant qu’à être confiné et privé de liberté de déplacement, pourquoi ne pas exercer un vrai lâcher-prise et s’écouter, vraiment, sincèrement? Sans se mettre de pression de devoir changer à tout prix. Juste s’entendre soi-même. Me semble qu’on en sortirait grandi et plus apaisé…

Photo : Unsplash | Clem Onojeghuo

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