Se donner le droit de se tromper

Milan Popovic

Dans la vie, on fait des choix, on tente des choses, on fait des essais-erreurs. Parce que oui, parfois, il y a des erreurs, des mauvais choix, des élans d’enthousiasme qui s’avèrent erronés. Mais j’ai toujours eu pour mon dire que si on n’essaie pas, on ne sait pas et que c’est dans l’expérimentation qu’on apprend, à se connaître, à comprendre, à se forger.

Se tromper, ce n’est pas un échec. On l’entend souvent des entrepreneurs qui doivent mettre la clé dans la porte. Mais c’est aussi vrai pour plusieurs sphères de la vie. On peut essayer de se transposer dans une situation ou un contexte mais il n’y a rien comme le vrai test pour savoir. Et ces jours-ci, c’est ce que je vis. Une dure prise de conscience, un « reality check » comme on dit. J’ai fait un choix et je me suis trompée. Voilà, c’est nommé.

Est-ce que je vais m’apitoyer sur mon sort? Non. Parce que j’aurais pu rester dans les doutes et les incertitudes si je n’avais pas foncé. Et parce que c’est qui je suis, une fonceuse qui parfois oublie de lever les yeux pour voir où je m’en vais, qui perd parfois le nord mais qui retrouve toujours sa route, grandie malgré quelques éraflures. C’est ce qui me forge, c’est qui je suis et même si ça fait mal par moment, même si j’ai des vertiges devant l’inconnu, je m’accepte, comme je suis. C’est peut-être ça vieillir, continuer de se tromper mais se l’autoriser?

On nous montre que l’erreur ce n’est pas beau et pourtant, c’est dans cela qu’on creuse bien profond en soi pour trouver la force de faire face et de se relever les manches. Quand tout est simple et facile, on stagne, on n’avance pas, on prend pour acquis. Quand tout à coup quelque chose nous arrive, on est déstabilisé. Dans la situation actuelle, on est constamment en adaptation et on doit accepter de changer, de s’ajuster, de se conformer. Pas toujours facile mais nécessaire, inévitable même. Il en va de notre survie.

On parle plus et mieux de santé mentale dans ce contexte hautement anxiogène qu’est ce confinement. On aurait voulu que ça ne dure que quelques jours, que ça passe vite, sans trop de contraintes. Mais la vie avait cette petite surprise pour nous : on est bloqués, obligés de se ressaisir, de réfléchir collectivement. Tout est imparfait, rien n’était planifié, on improvise, on se remet en question, on réfléchit autrement. Il va ressortir du beau de tout cela, j’en suis certaine.

Est-ce qu’on aura des séquelles? Assurément. Mais on aura appris aussi. Le télétravail est tout à coup devenu très possible alors que quelques mois auparavant, nombre de gestionnaires n’y croyaient pas, de peur de perdre le contrôle, si cher à leurs yeux, de leurs ressources si rebelles. Eh bien non, les gens ne sont pas de grands abuseurs du temps et des ressources. Ils fonctionnent, performent même, dans cet écosystème virtuel, fort de la latitude et de la technologie mises à leur disposition.

Les modèles changent, évoluent mais nous aussi. Les petites bibittes que nous sommes dans ce grand système apprennent, ensemble, à mieux agir en société. Ça aussi c’est un gros « reality check » global. On en avait besoin. Les mauvaises habitudes sont scrutées, les soucis nous sautent au visage et on n’a tout à coup plus envie de se voiler la face. On a du temps, pour réfléchir, pour agir, pour se positionner, pour s’ancrer, plus profondément en soi.

Quand on pourra mettre le nez dehors sans stress, on appréciera cette liberté, cet air pur bonifié par des semaines sans pollution, on aimera nos quartiers, on retrouvera nos repères, on savourera les moments avec nos proches, on aimera notre monde intensément, on fera des étincelles. Et peut-être aussi qu’on s’aimera soi-même un peu plus, fier d’être passé au travers cette crise.

Photo : Unsplash | Milan Popovic

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