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Prendre le risque

Clark Young

On parle beaucoup de dépasser ses limites, de sortir de sa zone de confort depuis quelques années. Les ascensions des grands monts de ce monde tout comme les triathlons font bonne figure dans les publications Facebook et la fierté est à son comble lorsque ces grands défis sont relevés. Mais on oublie parfois de parler de la réalité au quotidien, des petits risques qui n’engrangent pas de médaille ni de profit mais qui bonifient l’estime de soi et permettent un accomplissement très personnel.

Parler devant plusieurs personnes, oser franchir une limite qu’on s’était fixée, déménager, demander une promotion, exprimer ses émotions, oser dire tout haut ce qu’on pense depuis si longtemps, ce sont toutes des petites victoires qui ne se publient pas nécessairement mais qui génèrent autant de fierté qu’un défi prodigieux.

Parce que, non, ce n’est pas tout le monde qui rêve de gravir l’Everest ou qui veut faire le tour du monde en voilier. On admire beaucoup ceux qui osent le faire mais parfois, ce qui nous inspire le plus, ce sont plutôt des gestes posés près de nous. Les entrepreneurs qui s’unissent pour rebâtir la maison d’une famille détruite par un incendie, les rassemblements de gens qui collectent des fonds pour une personne atteinte d’un cancer ou simplement tous ces bénévoles qui, jour après jour, investissent temps et énergie dans l’amélioration du sort des autres.

On est tous un héros un jour ou l’autre, à la hauteur de notre exploit. Que ce soit d’avoir aidé une dame âgée à traverser la rue ou en ayant organisé une collecte de fonds, on réussit tous à marquer le monde à notre façon. Et il ne faut surtout pas minimiser les petits risques, les petits gestes, car cumulés, ils forment le tissu social dont on a tous besoin. Parce non, personne n’est à l’abri d’une épreuve qui requerra l’aide d’autrui. On est tous humains et personne n’est invincible.

Tout comme on a tous besoin de se brasser la cage un peu pour sortir de nos pantoufles et ainsi redécouvrir la palette de nos capacités oubliées. Quand on a une certaine routine depuis quelques années, quand on fonctionne un peu sur le pilote automatique depuis un certain temps, on ne réalise plus toujours ce qu’on n’ose pas, ce qui nous chicote, ce qui manque pour se sentir pleinement épanoui. Parfois, le statu quo nous semble plus confortable qu’un quelconque risque de recul.

Mais c’est justement quand on ose qu’on avance. Rarement ai-je entendu quelqu’un me dire qu’il regrettait de s’être aventuré un peu plus loin. Ça ne se passe pas toujours comme on l’a prévu (en fait rarement), on n’arrive pas toujours à la destination envisagée (souvent) mais ça nous fait sentir vivant comme jamais. Trop de sécurité, c’est comme pas assez et si on ne change rien à notre vie de peur de perdre cette sécurité acquise, notre plus grand risque est de passer à côté de notre vie.

Il ne faut jamais dire jamais dit-on? Alors ne fermons pas la porte à la nouveauté, aux petits et grands frissons, aux rencontres et aux événements qui viennent tout chambouler mais qui nous font vibrer en dedans. Car c’est ça vivre, c’est ça être un humain et c’est ça qui nous propulse vers le meilleur de nous-même.

Photo : Unsplash | Clark Young

Choisir ou subir

Jon Tyson

Dans la vie, on ne choisit pas toujours ce qui nous arrive. On peut influencer notre situation, bien entendu, mais des imprévus, ça arrive à tout le monde. Et à vouloir trop contrôler, on se crée du stress inutile. Par contre, ce sur quoi on a une certaine emprise, c’est notre façon de réagir aux événements, sur ce qu’on laisse nous atteindre. Ça, c’est selon moi la clé importante de notre bien-être.

Un peu comme on choisit nos vêtements, on peut décider de ce à quoi on sera perméable. Un jour de pluie comme aujourd’hui, si vous choisissez de sortir en sandales et camisole, il serait injustifié de vous plaindre d’arriver trempé au bureau! Pour vos émotions, votre cœur, votre âme, c’est la même chose. On peut décider de ce qu’on laisse entrer dans notre bulle, de ce à quoi on accorde notre énergie, notre esprit et notre temps.

Certains me diront que c’est plus facile à dire qu’à faire mais pour avoir longtemps été déconnecté de cela, je peux vous garantir qu’on peut changer, s’améliorer et changer notre point de vue, graduellement. Pendant longtemps, j’avais l’impression de subir les affres de la vie sans me demander ce qui clochait. C’est si facile d’accuser les autres et tout ce qui nous entoure qu’on peut facilement passer sa vie sans jamais se remettre en question.

Mais quand on prend le temps de s’y arrêter, quand on regarde ce qu’il y a en commun dans toutes ces situations négatives, on finit par comprendre que la pierre angulaire c’est nous. Et loin de moi l’idée ou le désir de culpabiliser qui que ce soit. Des malchances, on en vit tous. Mais la manière dont on réagit et ce qu’on décide d’en faire, ça, ça nous appartient. On peut s’apitoyer et se dire « pauvre de moi »… Ou on peut tenter de voir ce qu’on a à apprendre de cela pour éviter de s’y retrouver à nouveau.

C’est comme les commentaires sur Facebook… On peut perdre son temps à lire ce que tout le monde publie et pense de tout, ou on peut passer du temps avec ses proches à échanger dans la vraie vie. Personnellement, je m’en fous éperdument de ce que pensent Roger et Ginette du dernier veston de Justin Trudeau, de même que l’opinion de tout un chacun sur le retour de Céline. Les réseaux sociaux ont apporté avec eux cette tendance à vouloir s’exprimer sur tout. Mais malheureusement ça fait aussi en sorte qu’on perd le contact avec les vrais gens, ceux qu’on aime et qui sont importants.

Et toute cette bouillie pour les chats qui pullule sur Internet, ça peut nous laisser amer et affecter notre moral. Et c’est dommage de voir des gens, des couples, des familles, se délaisser parce qu’ils ne s’accordent plus l’énergie nécessaire pour entretenir de saines relations. L’isolement créé par ces plateformes est réel et néfaste mais c’est si profond et pernicieux que personne ne s’en rend vraiment compte. Tout le monde joue la carte du « moi je ne suis pas si pire que ça » mais un délai d’attente de 5 minutes dans une file révèle la dépendance des gens envers leur téléphone et la sphère Facebook.

On choisit comme on réagit aux situations tout comme on a le contrôle sur ce à quoi on consacre notre temps et notre énergie. Mais il faut décoller de son écran pour cela et prendre le temps de ressentir au lieu de se gaver de futilités virtuelles. C’est pourquoi j’ai décidé de moins écrire ici, et c’est pourquoi je passe moins de temps sur Facebook en général. Le virtuel est mon travail, je n’ai pas besoin que mon temps libre et ma vie privée y soient aussi consacrés…

Photo : Unsplash | Jon Tyson

La gentillesse a bien meilleur goût

Randalyn Hill

Ce matin, en entrant dans le métro en me croisant les doigts pour avoir une place assise malgré la panne annoncée, j’ai eu droit à un geste charmant et surprenant à la fois, de la part d’un jeune homme aux allures de petit bum. Voyant mes mains occupées par mon sac d’ordinateur et mon iPad, il a gentiment descendu le banc à côté de lui pour m’aider à y prendre place.

Un geste si simple me direz-vous mais que je constate que très, très, rarement de nos jours. Encore plus de la part des plus jeunes. Fond de culotte aux genoux, cellulaire bien vissé à la main, il aurait pu, comme ses compatriotes, ne jamais lever la tête de son écran et me laisser me débrouiller. Mais c’est plutôt d’une main avenante et d’un beau grand sourire sincère qu’il m’a gratifié. Et ce qui m’a le plus plu de cette histoire, c’est que ce fut contagieux.

Les autres, l’ayant vu agir et constatant le bonheur que cela m’a procuré, l’ont imité. Et quelques arrêts plus tard, on se regardait tous en souriant, comme si on venait de comprendre que ça ne prend pas grand-chose pour être heureux le matin dans le métro. L’altruisme a retrouvé son air de noblesse ce matin…

La gentillesse a bien meilleur goût que l’amertume, l’égocentrisme ou le je-m’en-foutisme. Et derrière les airs un peu sauvages des gens que l’on croise sur notre passage, il demeure de belles valeurs et une envie que tout se passe bien, pour tout le monde. C’est juste qu’on a tendance à l’oublier, à laisser le tourbillon de la vie nous emporter et nous submerger de ses mille préoccupations au lieu de s’attarder aux autres.

Ce petit moment de politesse m’a ramené à l’essentiel ce matin, m’a rappelé qu’on a beau courir en permanence, il faut prendre le temps de se connecter, à soi et aux autres, car la vie passe vite et ce n’est pas le boulot qui fera qu’on sera serein dans nos vieux jours. Ce sera cette connexion humaine, cette chaleur ressentie dans le cœur lors d’un regard ou d’un sourire échangé, ou par de nombreux fous rires captés au gré des échanges.

Faire le bien, ça reste une façon gratuite et facile de mettre un baume sur le cœur des gens. Ça exige peu mais ça procure beaucoup, autant au donneur qu’au receveur. Alors pourquoi peine-t-on à en parsemer un peu dans nos vies? Ça demande un si petit effort pour ce que ça génère. Certains en font presqu’une carrière, on n’a qu’à penser à la fameuse émission Donnez au suivant de Chantal Lacroix ou aux multiples implications de Jean-Marie Lapointe.

J’ai toujours l’impression qu’on se prive de bien-être intérieur en ne pensant qu’à soi, aussi paradoxal que cette affirmation puisse paraître. Mais l’être humain est, avant tout, un être de relation. Seul, il peut bien aller plus vite et se complaire dans l’illusion du bonheur mais c’est en relation qu’on arrive vraiment à devenir une meilleure personne, à se voir autrement, à évoluer, à grandir.

Que ce soit avec des inconnus pendant quelques secondes, avec notre famille, nos amis, notre conjoint, chaque moment passé en compagnie d’un autre être humain est une occasion de connecter avec une âme qui, elle aussi, chercher à s’améliorer. Et comme rien n’arrive pour rien dans la vie, ces rencontres, aussi furtives puissent-elles être, représentent des opportunités à saisir. Il suffit de s’ouvrir et d’accepter qu’on est ici simplement pour faire partie d’un tout, aussi mystérieux soit-il.

Photo : Unsplash | Randalyn Hill

Les petites roches

Nathan Dumlao

Il arrive dans la vie qu’on vive des épreuves, petites ou grandes. Les grandes peuvent être vécues comme des tremblements de terre, des ouragans majeurs qui bouleversent notre vie, notre routine, qui changent notre perception des choses. Les petites, quant à elles, sont comme des roches dans nos souliers, des éléments perturbateurs qu’on ne sent pas toujours sur le coup mais qui, à la longue, finissent par nous irriter, par laisser leur marque.

Chaque journée, des discussions, des interactions ou des événements viennent jouer sur notre humeur, sur notre équilibre. Et on n’a pas tous la même tolérance, la même capacité à faire face. En fait, selon notre état, la même situation peut nous affecter différemment, à quelques jours d’intervalle.

Alors, comment fait-on pour ne pas se laisser submerger par tous ces irritants? Eh oui, le fameux lâcher-prise. Ce terme sur-utilisé qui est associé à toutes les causes a, dans son fondement, un sens primordial. Celui de laisser aller, celui de ne pas s’accrocher. On l’oublie parfois car la psycho-pop en a fait une vedette internationale mais, à la base, ça demeure un concept indispensable dans nos vies.

Lâcher-prise, ça veut dire laisser une situation, une relation ou un événement en dehors de son esprit, ne pas lui donner une emprise sur notre état, le garder en dehors de notre bulle. Car en réalité, l’enjeu est là. Sur ce qu’on laisse nous atteindre. On a souvent critiqué la fameuse carapace qui peut devenir un mur qui empêche d’entrer en relation. Mais, parfois, il faut mettre une distance entre soi et l’extérieur. Comme on dit, trop c’est comme pas assez.

Et trop s’ouvrir et se rendre accessible, ça peut devenir dangereux. Que ce soient les critiques, les commentaires, l’humeur ou les réactions des autres, tout cela ne nous appartient pas. Il faut cesser de se sentir visé par tout, de s’inclure dans chaque situation, d’avoir cette impression que tout nous concerne. Je sais, à prime abord, on se dit qu’on n’agit pas ainsi… Mais finalement, quand on prend un pas de recul, on se rend compte qu’il nous arrive d’être perméable à tout cela…

L’important dans la vie, ce n’est pas d’être parfait tout le temps. C’est de tenter d’être soi, d’être conscient et d’être à l’écoute, autant de soi que des autres. On peut vouloir donner beaucoup mais il faut aussi accepter de recevoir, tout comme on doit prendre du temps pour soi afin d’être apte à en donner aux autres. C’est une question d’équilibre.

Alors quand une petite roche apparaît dans notre soulier, au lieu de pester et de tenter de juste la tasser, il faut s’arrêter et se demander pourquoi on l’a laissé entrer et ce qu’elle signifie. Sinon, à la longue, une blessure se créera et on sera encore plus atteint. Concrètement, cela signifie que chaque petit souci mérite d’être observé et traité, peu importe son ampleur, peu importe sa source. Car c’est une occasion de grandir et d’apprendre.

On dit souvent que c’est notre façon de réagir aux épreuves qui en dit long sur nous. Il ne s’agit ni de courage ni de performance, cette fameuse maladie du siècle qui voudrait qu’on soit toujours au top, adéquat et inébranlable. Il s’agit d’avoir la souplesse d’esprit et la capacité à faire face aux changements, aux transformations que génèrent ces changements.

Être fort, ce n’est pas être insensible. C’est être capable d’accepter l’aide, de demander du soutien et de se rapprocher des autres pour y puiser l’énergie de se relever. Car, pour émerger d’une épreuve, on a besoin de la main tendue et du regard empathique de ses proches, pas de bomber le torse.

Photo : Unsplash | Nathan Dumlao

Un devoir d’automne

Daiga Ellaby

Les petits matins frisquets nous rappellent que l’été tire à sa fin et que, si on n’en a pas profité pour faire le plein de chaleur et de vitamine D, on devra attendre un peu avant de pouvoir se reprendre. Personnellement, j’adore cette saison de transition qui nous offre un paysage coloré, des odeurs terreuses réconfortantes et la possibilité de s’emmitoufler avec grâce et confort. Vive les doudous!

Mais, outre ces petits plaisirs, j’aime la lenteur de l’automne. Je sais, les parents me diront qu’il n’y a rien de lent dans la routine de retour à l’école mais il y a tout de même un élan de ralentissement qui s’installe. Comment? Parce qu’on court moins pour profiter de chaque minute de soleil, on stresse moins de ne pas profiter de chaque journée au maximum. On a envie de se prélasser, d’étirer les matins au lit, de s’enrouler dans un grand châle pour regarder dans le vide, un thé bien chaud à la main.

À chaque changement de saison, on a l’impression que celle qui se termine n’a pas duré assez longtemps, qu’on aurait pu en faire plus, participer à plus d’événements ou organiser plus d’activités ou de sorties. Mais il faut cesser de se taper sur la tête et se dire que ce qui est arrivé devait l’être et que tout est parfait. On a la faculté de faire ce qu’on veut de chaque journée mais notre instinct est très fort pour nous faire ralentir quand c’est le temps… Alors arrêtons de se sentir coupable de ne pas avoir TOUT réalisé.

On lit beaucoup de textes sur le pouvoir qu’on a sur notre vie, sur la satisfaction de rayer un item sur la liste interminable de choses à faire ainsi que sur l’importance de se réaliser. Mais, tristement, ça met une pression indue sur quiconque a besoin de prendre une pause, de modérer, de se questionner, de changer d’idée, d’explorer et de se redéfinir.

L’automne, pour moi, c’est justement ce moment idéal pour apaiser mon hamster, comme pour me préparer à la saison froide qui sera rude sur mon humeur. Le soleil est encore assez haut pour qu’on profite de ses rayons mais le vent frais nous vivifie. N’est-ce pas le meilleur des deux mondes? La lumière est magnifique, la forêt s’endort tranquillement en laissant tomber ses feuilles et en diffusant le parfum humide qui me rappelle mon enfance. Vous me trouvez peut-être intense mais je m’assume 😉

Alors, si vous avez un petit sentiment de culpabilité face à votre été, je vous invite à lâcher prise. Ça ne sert à rien de s’autoflageller et de dépenser de l’énergie pour quelque chose qui est passé. Regardez en avant, savourez chaque journée, rêvassez et souriez. C’est beaucoup plus bénéfique que de pester contre la todo list qui s’éternise.

Être aussi compréhensif avec soi qu’on l’est avec les autres, ce n’est pas si difficile. C’est comme un muscle, ça s’entraîne, ça se travaille. Ça prend de la volonté et un peu de persévérance mais je vous promets que ça se fait. J’ai déjà été terriblement exigeante, voir intransigeante envers moi-même. Je le suis encore un peu parfois, mais j’ai appris à défaire ce mécanisme négatif pour plutôt voir des opportunités d’amélioration et d’analyse.

Quand vous regrettez un geste ou une parole, quand vous avez l’impression d’être passé à côté de votre objectif ou que vous avez ce sentiment qu’une situation vous a glissé entre les mains, prenez un pas de recul et demandez-vous si, à la base, vos attentes étaient réalistes. Est-ce que c’était réellement ce que vous vouliez ou est-ce que vous avez simplement suivi le troupeau? Ce qui est survenu est-il vraiment dérangeant ou si c’est simplement différent que ce que vous aviez anticipé? La différence est très formatrice parfois…

Cette saison mitoyenne est l’occasion idéale pour prendre du temps pour soi, pour se recentrer, pour réaligner nos buts et nos plans de match. Tout comme les élèves vont élaborer le programme de leur année scolaire, on peut, nous aussi, définir ce sur quoi on veut travailler personnellement, ce à quoi on veut accorder notre temps et notre énergie. Si on ne se le demande pas, personne ne va nous inviter à revoir nos rêves et nos envies. N’est-ce pas là un beau devoir à faire à la maison? Et l’avantage, c’est que personne ne va nous noter à la fin!

Photo : Unsplash | Daiga Ellaby