La liberté de penser par soi-même

Marco Secchi

Combien de fois par jour pensez-vous? La question peut sembler absurde mais pourtant légitime… En fait, je devrais plutôt demander « combien de fois par jour êtes-vous conscients de vos pensées? » Car, il y sans doute mille idées par jour qui nous traversent l’esprit, des réflexions, des questionnements, des plus futiles aux plus cruciales. Et pourtant, on y accorde souvent très peu d’importance, on ne s’y attarde pas tant que cela, on passe par-dessus, on les évite même souvent.

Mais quand je regarde l’état du monde, quand je vois ce qui se passe autour de nous, je me demande si on n’est pas un peu victimes de notre déni collectif. À force d’octroyer trop d’importance aux vidéos cocasses, aux potins et aux idioties partagées à outrance, on ne voit plus la souffrance humaine à proximité, on ne ressent plus le mal-être d’autrui, on n’est plus alerte aux signes et aux actes manqués. L’effet de surprise est d’autant plus grand quand on n’a pas pris le temps d’observer ce qui se passait si près.

Avant, il y a de cela assez longtemps mais pas tant que ça, les gens se croisaient à l’église ou dans des soupers communautaires, des activités de village. Mais aujourd’hui, les gens ne se parlent plus, les voisins ne se connaissent pas et les regards ne se croisent plus. On s’est déshumanisé, subtilement. L’écran est devenu plus important que l’entourage, le nombre de likes plus significatif que les accolades réelles.

Ma cousine commentait mon billet d’hier par une citation d’Umberto Eco :

« Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. »

Et je ne peux qu’être d’accord avec cette affirmation. Les réseaux sociaux sont devenus un porte-voix destructeur pour des fous influents. Elles ont du bon mais aussi du très laid, c’est plateformes. Elles permettent de retrouver les amis d’enfance, partout dans le monde mais encouragent aussi le rassemblement de gens hargneux et méchants.

On perd de notre lucidité en s’abrutissant de la sorte et on fournit une quantité phénoménale d’information qui est, majoritairement, mal utilisée. Mais on s’expose surtout à une médiocrité fulgurante et il suffit qu’on sache nous prendre du bon angle, un jour de faiblesse, dans un moment d’égarement, puis le cercle vicieux s’enclenche.

Chaque jour, je tente d’utiliser ce canal de communication pour nous faire réfléchir, nous faire avancer. Toujours je le dis, avec beaucoup d’humilité : mes paroles ne sont que le reflet de mes propres valeurs, pensées et croyances. Personne n’a à penser comme moi et je suis toujours ouverte aux critiques constructives, aux échanges et débats respectueux et aux partages. Car c’est bien ça le fondement que devrait avoir ce type de lieux virtuels.

Partager, écouter et échanger, pas endoctriner, enrôler, dégrader et intimider. Il y a une nette différence entre les deux approches et pourtant, elles se confrontent continuellement sur les réseaux. J’éprouve un profond malaise devant les dérapages fréquents qu’on peut voir et lire sur Facebook mais je ne serais pas prête à m’en couper complètement. Beau paradoxe, n’est-ce pas? Je crois qu’il faut simplement être vigilant et surtout se rappeler que, la vraie vie, elle n’est pas là mais bien autour de soi, quand on prend la peine de lever les yeux.

 

Photo : Unsplash | Marco Secchi