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Trouvons une vraie solution

Rhendi Rukmana

Hier, des tonnes de témoignages touchants ont déferlé sur les réseaux sociaux pour cette journée mettant en lumière les troubles de santé mentale. Au fond de moi, je suis convaincue que quiconque vit actuellement une mauvaise passe a pu être ému de constater à quel point il ou elle n’est pas seul dans cette galère. Ce qui ressort de cet élan collectif est que tout le monde peut, un jour ou l’autre, vivre un épisode de trouble de santé mentale.

Il demeure toutefois dommage qu’on ait à se fier sur une grande entreprise pour financer des organismes d’aide, entreprise qui en donnant autant récoltera des crédits d’impôts faramineux. Et surtout, la santé mentale, ça se vit au quotidien, trop souvent dans l’ombre, et c’est aussi valable un 12 juillet qu’un 25 janvier. Tout comme la grande guignolée est très noble en décembre, il faut toute l’année avoir accès à des ressources et trouver de l’aide pour se sortir de sa situation périlleuse.

Ensemble, nous devons s’imposer un exercice d’introspection sur notre perception des troubles mentaux car encore aujourd’hui, quand on croise quelqu’un qui parle tout seul dans la rue, on le juge. N’ayons pas peur des mots : ça nous effraie. C’est difficile à comprendre et c’est souvent confrontant alors trop souvent, on passe notre chemin, fuyant le regard de cette personne en souffrance.

Le système de santé a rejeté un trop grand nombre de citoyens en mal de vivre et bien souvent, la rue finit par être la conséquence de cette désinstitutionalisation. Qui dit rue dit bien souvent toxicomanie, santé chancelante et violence. Et en termes de droits humains, on peut difficilement faire pire.

J’ai lu et vu un nombre effarant d’histoires de gens qui ont tenté d’avoir de l’aide et qui ont été rejetés par le système, qui ont dû ravaler leur mal de vivre, prescription en main. Mais la pilule du bonheur, elle n’existe pas. On met un petit pansement sur un trou béant dans l’âme.

Oui, les patients doivent gagner en autonomie, retrouver leur repères et ne pas être infantilisés mais peut-on les accompagner dans leurs démarches et les guider vers de jours meilleurs? On a tellement sorti des hôpitaux ces gens souffrants que bien souvent ils ne peuvent même plus y entrer. Et pourtant, la maladie mentale est une maladie, comme les autres. Et c’est un droit d’avoir accès à des soins, sans devoir être catapulté d’un lieu à un autre. Quand on ne file pas, la dernière chose dont on a envie est de devoir faire 15 appels et 18 visites pour trouver de l’aide… Prendre un rendez-vous peut devenir une montagne pour une personne en dépression et ça, tout le monde le sait.

Le milieu communautaire est en crise actuellement et ne peut plus supporter le poids de la prise en charge de ces gens isolés. Je suis convaincue qu’avec un réel effort et une analyse approfondie et réaliste de la situation, de manière objective et sans égard aux intérêts de quiconque autre que des humains qui requiert ces services, nous pourrions trouver un plan qui fonctionne.

La journée organisée par Bell est louable mais aussi opportuniste. C’est du business, de la stratégie. Mais le problème, le vrai, il existe concrètement, 24 heures sur 24. Attaquons-nous à la source au lieu de cacher le bobo derrière un écran de fumée sous des airs de campagne de promotion. Oui donner via un hashtag est bien mais si c’est pour ignorer le réel problème, ce n’est pas la bonne solution.

J’espère sincèrement que Françoise David se remettra vite sur pied, car elle serait à mes yeux la personne idéale pour mener ce combat et rallier les troupes vers une solution globale et durable.

 

Photo : Unsplash | Rhendi Rukmana

Causer pour la cause, concrètement

Cristian Newman

Nous y sommes, en cette fameuse journée où Bell cause pour la cause. L’entreprise versera, à coup de 5 sous accumulés grâce à vous, de l’aide financière à des organismes qui luttent pour aider les gens atteints de maladie mentale et leurs proches. Et c’est très noble de vouloir aider ainsi, très important quand on sait que les coupures font mal depuis des années en santé.

Mais j’ai comme un petit bémol dans cette belle harmonie (je sais, je suis un peu grinch des fois…) On donne des fonds à des organismes qui compensent pour un manque flagrant de support dans notre système officiel de santé. Et en lisant la chronique de Patrick Lagacé ce matin, je n’ai pu que m’insurger de constater à quel point on est à des années lumières d’un contexte sain dans la majorité des entreprises.

On le sait, la dépression et le burn-out font des ravages depuis plusieurs années et on peine à comprendre pourquoi. Mais quand on prend du recul et que l’on observe les coupures de personnel dans à peu près toutes les industries, avec la même charge de travail globale au bout du compte, on n’a pas besoin d’avoir un doctorat en la matière pour comprendre que les travailleurs sont surchargés et à bout.

On siphonne l’énergie de ceux qui restent, les menaçant de subir le même sort que ceux qui ont été écartés, on les traite comme des robots, dans une ambiance nocive et angoissante, et après on se demande pourquoi ils vont s’échouer dans le bureau d’un médecin avec un formulaire d’assurance entre leurs mains tremblantes.

Je ne suis pas gênée de dire que je suis passée par là, que j’ai frappé le mur à plus d’une reprise et que je disais bien sûr que moi, ça ne pouvait pas m’arriver. Parce que dans notre société, on juge ceux qui s’effondrent tout d’un coup, ceux qui figent dans le mouvement perpétuel. Un arrêt de travail, à moins d’un fauteuil roulant à l’appui, c’est vu comme une faiblesse. Soyons honnête pour une fois.

Avant, le travail était majoritairement manuel alors quelqu’un qui ne pouvait plus travailler avait des marques physiques évidentes de la raison de cette pause. Et bien souvent, il tentait d’en faire un peu quand même. Car il n’était pas épuisé moralement, seulement incommodé dans sa motricité. Mais le mal de l’âme lui, est plus sournois, n’est pas palpable et difficile à imaginer si on n’est pas passé par là.

Quand on a toujours eu une énergie de fer et qu’on fait partie des chanceux qui ne sont pas tombés sur une entreprise qui presse le citron impunément, on peut avoir de la misère à comprendre ce que c’est que de ne même pas avoir envie de sortir de son lit, de ne pas vouloir bouger, manger ou se laver. Mais c’est malheureusement la réalité de beaucoup trop de gens de nos jours. Et ce n’est pas à grand coup d’anxiolytiques qu’on règlera ce mal du siècle.

L’accès à la psychothérapie dans le public n’a jamais été aussi mince et, à 80$ la séance, ce n’est pas tout le monde qui peut se payer le privé. On m’a longtemps demandé pourquoi je n’avais pas mis plus d’argent dans mes RÉER et j’ai souvent répondu que j’avais investi dans mon âme avant de mettre des sous de côté pour ma retraite. Je préfère vivre plus pauvre mes vieux jours en ayant la paix d’esprit que d’être plus fortunée mais tourmentée.

Alors, oui, aujourd’hui, textez, appelez, twittez, snapchattez et abusez du mot clic #BellCause. Mais attardez-vous aussi et surtout à vos proches, à vos collègues et prenez le temps de comprendre leur réalité. Le vrai visage de la santé mentale, il a l’air de monsieur et madame tout-le-monde. Et on doit s’en occuper, collectivement. Pas le fuir, pas le juger, pas le rejeter. On doit l’aimer, sincèrement.

 

Photo : Unsplash | Cristian Newman

Vivre modestement

Jeffrey Wegrzyn

J’écoutais hier, en balado, l’émission Médium large qui présentait un échange sur certaines personnes qui ont réussi à prendre très jeunes leur retraite, voire à 40 ans. Sur leur page Facebook, j’y lisais en même temps les commentaires en réaction à cette diffusion et j’ai trouvé assez particulier de voir des gens les traiter de radins.

On a tous notre vision de la vie, notre niveau de confort minimal et notre interprétation du bonheur mais s’il y a une chose que l’on sait tous, à mon avis, c’est que l’argent ne fait pas le dit bonheur. On peut être riche comme Crésus mais foncièrement malheureux à l’intérieur de soi. Tout comme on connaît des gens qui vivent avec peu de moyens mais sont particulièrement lumineux et souriants.

C’est un objectif très noble de vouloir économiser pour pouvoir prendre sa retraite à un très jeune âge mais je me questionne tout de même sur un fait. Aujourd’hui, l’espérance de vie est de plus en plus longue et un retrait de la vie active à 40 ans peut représenter un peu moins de la moitié d’une vie. Est-ce vraiment souhaitable pour notre société, sachant que les études sont en bonne partie payées par nos impôts et que la vie active permet justement un retour du balancier?

Et il est à parier que la majorité des citoyens qui peinent à boucler leurs fins de mois soit un peu insultée par une telle proposition, ne sachant même pas si leur budget est réaliste pour survivre dans les prochains jours. Mais je trouve tout de même intéressante la réflexion générée par cette émission puisque notre rapport à l’argent m’apparaît quelque peu malsain par moment.

Ce que l’on qualifie de train de vie est bien souvent un gouffre qui gruge nos économies et ne nous procure qu’un plaisir éphémère. Mais si, de boire un bon café au restaurant chaque matin, de souper dans des lieux de haute gastronomie régulièrement, de rouler dans le véhicule de l’année et de porter des vêtements griffés représente votre conception de la vie dont vous rêvez, grand bien vous fasse. Il faut simplement être réaliste et ne pas s’attendre à prendre votre retraite sous peu selon moi…

Pendant des années, les vêtements symbolisaient pour moi une dépense justifiée étant donné mon travail de bureau, avec des clientèles diversifiées. Mais j’ai vite compris que l’habit ne fait pas le moine et surtout que VISA se régalait de mes envies impulsives de la mode de saison. Tout comme les sorties bien arrosées ou les activités mondaines ne m’ont pas apportées le bonheur attendu, les achats de guenille ne me procuraient aucun actif quantifiable.

Je crois qu’on doit évaluer notre relation à l’argent de manière objective et comprendre nos comportements pernicieux pour ensuite faire un plan de match réaliste en fonction de nos besoins. Je ne crois pas que de vivre dans la privation toute sa vie quand on aime se gâter un peu nous mènera à une retraite saine et paisible. Mais de prendre conscience de notre consommation et de ce qu’on tente de combler par le matériel est fort utile et bénéfique.

J’aime écouter de tels échanges qui provoquent une réflexion et des discussions. Avoir un coussin, ça procure une certaine paix d’esprit et je crois que c’est nécessaire pour pouvoir rêver et se sentir libre. Mais donner trop de place à l’argent et à l’épargne peut aussi devenir une obsession. Tout est une question d’équilibre, non?

« L’argent qu’on possède est l’instrument de la liberté; celui qu’on pourchasse est celui de la servitude. »

Jean-Jacques Rousseau

 

Photo : Unsplash | Jeffrey Wegrzyn

Expérimenter pour mieux comprendre

photo-nic.co.uk nic

Depuis le 1er janvier, je n’ai consommé aucun alcool, défi que j’ai décidé de me lancer un peu sur un coup de tête après 3 gros partys dans le temps des fêtes. Mais en fait, ça faisait un bout que j’y réfléchissais. En y pensant plus profondément, j’ai réalisé à quel point l’alcool joue un rôle pervers dans notre société. Je m’explique…

L’alcool se veut actuellement une drogue légale dont on peut abuser sans restriction, autre que la conduite en état d’ébriété. Il n’y a aucune limite à la quantité de bouteilles de vin que vous pouvez acheter à la SAQ, ni de bières au dépanneur. En fait, l’état vous encourage presque à le faire puisqu’au minimum il récolte les taxes et, dans le cas de la société d’état, vous engraisser les coffres collectifs. On peut en quelque sorte qualifier le vin et les spiritueux de taxe volontaire.

Dans nos vies, l’alcool est relativement bien perçu, annonciateur de fêtes, de célébrations ou de rendez-vous doux. On lui consacre une place de choix et on l’utilise pour décompresser après une journée difficile, lors d’un moment de déprime ou de remise en question. On excuse les abus de certains lors de réjouissances, on trouve même de nouveaux remèdes à la gueule de bois. Et pendant ce temps, Éduc’alcool tente de faire passer son message, péniblement.

Décider de ne pas consommer, c’est aussi confronter les autres à leur propre consommation. Lors d’un souper entre amis récemment, j’ai apprécié l’effort de mes hôtes de ne pas boire de vin en ma présence. Ils ont plutôt choisi des cocktails et m’ont servi des verres d’eau gazéifiée agrémentée de fruits pour leur donner un air plus festif et moins fade.

Quand je dis que je ne bois pas en ce moment, je vois les yeux de mes interlocuteurs s’écarquiller, comme si je venais de dire que je changeais d’orientation sexuelle… Et pourtant, je considère la consommation d’alcool comme un choix éminemment personnel. Il ne faut pas obligatoirement avoir un problème pour décider de faire une petite cure.

Depuis mon dernier verre, le soir du 31 décembre, en regardant le byebye, je me sens remplie d’une énergie nouvelle, je n’ai jamais mal à la tête ni de lever du corps difficile. Je savoure plus mes repas puisqu’ils ne sont pas pervertis par le goût du vin. Pas que j’en buvais à chaque repas, ne craignez rien, mais, particulièrement la fin de semaine, j’aimais bien prendre l’apéro. Et j’ai réalisé qu’on goûte moins bien quand on a pris de l’alcool. C’est peut-être psychologique mais en tout cas, je déguste mieux de ce que j’ingère en ce moment.

Ça a aussi eu un bel effet sur mes performances en course à pied. Moins d’inflammation, moins de lourdeur, meilleure acquisition de masse musculaire. L’entraînement se fait moins péniblement et ma motivation se conserve mieux. Je pourrais continuer ainsi longtemps, je n’y vois que des avantages physiquement…

Et mentalement, j’ai vraiment réalisé à quel point l’alcool est une béquille pleinement tolérée dans notre monde stressé. On en voit partout, on ne compte plus les personnages à la télé qui terminent leur dure journée par un verre de rouge ou un scotch. C’est chic, ça donne du style et de l’assurance…

Bref, cette fin de semaine, j’ai réalisé l’impact de ce choix sur ma vie et je compte bien me servir de cette expérience pour mieux consommer à l’avenir. Je ne deviendrai pas abstinente, surtout pas après avoir découvert les vins natures et biologiques qui ont un effet beaucoup moins néfastes sur mon système. C’est aussi une certaine passion que j’ai développée et je n’ai pas envie de me priver de ce petit plaisir. Mais je compte bien appliquer le bon vieux dicton : la modération a bien meilleure goût.

 

Photo : Unsplash | photo-nic.co.uk nic

La richesse du coeur

Evan Kirby

En cette matinée aux airs de printemps, je lisais La Presse+ dans le confort de ma résidence de la rive-nord. Et j’ai été interpellée par le dossier sur l’endettement des Québécois. Je dis interpellée mais je devrais plutôt dire troublée. Comment en est-on arrivé là? Est-on à ce point naïf ou inconscient? Vivons-nous dans un monde de licorne, dans le déni le plus total de la réalité qui nous frappe?

Nous n’avons jamais été aussi endettés même si une bonne partie de ce fardeau est constituée par une hypothèque. Le marché immobilier stagne et si une hausse des taux hypothécaires survenait, je ne suis pas certaine que tous arriveraient à y faire face. On a aussi cette fâcheuse habitude de vouloir tout acheter, ici et maintenant. On est si peu dans le moment présent, mais quand il est question de sortir sa carte de crédit, on ne peut pas l’être plus. On ne pense pas à l’impact ni au futur, on pense à notre petit plaisir égoïste, right now!

C’est très paradoxal tout ça car on est assez brillant pour comprendre la situation, pour voir que quelque chose ne va pas. Et en lisant les récits de situations financières étouffantes qu’on nous présente dans le quotidien ce matin, il devient crucial de se sortir la tête du sable et de faire face à la musique. On ne connaît rien, ou si peu, en finances personnelles, pour la majorité des gens en tout cas.

J’ai dernièrement fait l’exercice de scruter à la loupe mes relevés de cartes de crédit. Et oui, j’ai des vacances de Noël vraiment divertissantes 😉 Mais c’est à cette période de l’année que j’aime procéder à ce type de revue de ma consommation, bien au chaud dans ma demeure. Et malheureusement, je n’ai pu que constater que je n’ai pas été sage. Le père Noël n’aurait pas dû me donner de cadeaux… puisque je me les suis payés moi-même tout au long de l’année!

La tendance du voisin gonflable ou du « c’est en spécial donc je peux l’acheter » nous incite à dépenser plus que nécessaire. On surcharge nos maisons comme nos cartes de plastique aveuglément mais si un incident survient et nous prive de revenus pendant une certaine période, on n’est pas outillé pour assumer. Mais pourquoi vit-on si dangereusement? C’est comme marcher sur un fil de fer au-dessus d’un précipice sans protection… Et je parle au « on » car je crois qu’on a tous une part de responsabilité dans ce constat collectif.

Quand je pense à Mme David qui, on le sait maintenant, quitte la vie politique pour des raisons de santé, je crois qu’on devrait tous prendre une leçon de la sagesse dont elle fait preuve. Savoir faire face, écouter son cœur, accepter la situation… Quand j’écoutais son discours de départ, je me disais qu’elle manifeste une maturité trop rare chez nos politiciens. Et en la voyant relater le climat d’agressivité et d’urgence constante qui plane à l’Assemblée nationale, je la comprends d’avoir choisi de partir.

Mais cette ambiance qu’elle décrit, elle est présente partout autour de nous. On n’a plus besoin d’allumer la télévision ou la radio pour être exposé, entre autres, à de la publicité. On a sous les yeux, rivés sur nos appareils mobiles, un flux permanent de sollicitation en tout genre, du plus subtil au plus frappant. Une promotion par-ci, un nouveau produit par-là, une nouvelle étude, un nouveau discours… Et en quelques clics, on peut commander ce nouveau gadget, cette nouvelle crème, ce nouveau livre… C’est virtuel mais pourtant si réel.

Je nous souhaite d’avoir la lucidité de Mme David, celle de se déconnecter de la frénésie pour retrouver la vraie vie, celle qui est palpable, celle qui nous touche au cœur, celle qui nous réconforte. Dans ces moments chaleureux, on a moins envie de consommer. On vit le moment présent, le vrai. On se sent plus libre. Et on se sent plus riche, intérieurement.

 

Références :

Endettement des québécois – Une bombe à retardement

Endettement des québécois – Des dettes comme mode de vie

 

Photo : Unsplash | Evan Kirby