Posts by "trouv" — Page 125

La grande mascarade

Aranxa Esteve

Ce matin, j’ai adoré l’intervention de Vincent Gratton à l’émission Gravel le matin. Période de montées de lait assez massive, il s’est prononcé sur son aversion pour les galas qui imposent à une majorité de gens de défoncer leur maigre budget en éléments superficiels pour aller parader devant leurs pairs.

Je ne veux pas m’étirer sur le sujet de l’intimidation vécue par l’artiste Safia Nolin, je me suis déjà prononcée sur le sujet. Mais dans notre société fière et belle, n’est-on pas capable de passer outre l’habillement d’une personne et l’image qu’elle projette pour s’intéresser à ce qu’elle a à nous offrir, au fond de sa pensée?

Si tout le monde doit toujours être beau, bien mis et propret, personne ne sort du lot et on a l’air d’une bande de moutons. J’aime ça moi ceux qui détonnent et affichent leurs couleurs, qui disent tout haut ce que les autres se chuchotent dans leur salon de peur d’être jugés, ceux qui prennent à gauche quand tout le monde va à droite en rang bien serré…

Dernièrement, je regardais un épisode de la touchante émission Mitsou et Léa qui portait en partie sur une dame qui a, à mon souvenir, 15 enfants. Certains biologiques, d’autres, adoptés. Pour beaucoup, ce sont des enfants ayant des handicaps ou certains retards, des autistes ou des enfants qui, dans leur pays d’origine, n’auraient pas survécu. Et cette dame généreuse et dévouée disait : encore aujourd’hui, beaucoup de gens considèrent les handicapés comme n’étant pas des humains à part entière. Comme s’ils ne valaient pas autant que les gens qualifiés de « normaux » (et voyez ici les guillemets immenses).

Le parallèle peut sembler boiteux mais j’en ai marre de cette norme imposée, de ce moule dans lequel on devrait cadrer de peur d’être critiqué, jugé, catalogué et rejeté. Avec la présence malsaine des réseaux sociaux aujourd’hui, les gens se permettent de vomir sur les autres comme jamais. Ce qui avant se déroulait dans une cour d’école est amplifié par la facilité de se cacher derrière son écran et un faux nom pour déverser son mal-être sur celui ou celle qui ose être authentique et différent.

Je crois qu’on a beaucoup de leçons à tirer de toutes ces situations délicates misent en lumière dernièrement. En tant que peuple, en tant que citoyen, dans quel monde désirons-nous vivre? Comment voulons-nous que nos enfants et nos proches soient reçus dans ce monde qui nous entoure? Voulons-nous que chacun puisse s’exprimer, par des mots autant que par son image, en fonction de ce qu’il est réellement et au plus profond de lui-même ou plutôt qu’il se fonde dans un gabarit préparé d’avance pour éviter toute possibilité de conflit?

Est-ce qu’on désire des petits soldats obéissants dans cette grande mascarade qu’est la vie en société, qui marchent au pas et qui se conforment sans broncher ou si nous ne préférons pas plutôt une sincérité exprimée, une authenticité et une créativité débordantes qui colorent nos vies et ajoutent de la fantaisie? Moi je sais ce que je veux et je suis totalement prête à l’assumer… Et vous?

 

Photo : Unsplash | Aranxa Esteve

Quand le jugement fait mal

Igor Ovsyannykov

Depuis dimanche soir, je me suis retenue d’écrire sur le traitement réservé à la chanteuse Safia Nolin sur les réseaux sociaux. Je tournais ma langue comme on dit, de peur d’exploser inutilement et férocement. Mais si on n’en parle pas et qu’on ne fait pas contrepoids aux vacheries qui déferlent sur Facebook et Twitter, les mauvaises langues auront plus de pouvoir. Le pouvoir sale des mots crus qui s’écrivent sans trop réfléchir derrière un écran et un surnom virtuel…

Mettons une chose au clair en partant : je ne suis pas la plus grande fan finie de Safia Nolin, j’aime sa musique quoique je la trouve un peu déprimante. Mais la qualité de ses textes est indéniable et ce n’est pas parce que ce n’est pas exactement le style de musique que j’écoute dans ma voiture actuellement que je vais dénigrer son travail.

Mais quand je lis Lise Ravary, qui a quand même été rédactrice en chef d’un magazine dit féministe, Châtelaine pour ne pas le nommer, écrit sur Facebook « Si Safia Nolin est une icône féministe, je rends ma carte de membre », désolée mais là, je ne peux plus me retenir. Pas que je considère Mme Ravary comme un référence mais elle a une certaine influence et je trouve son jugement faible et déplacé.

Cette jeune femme au parcours atypique en a bavé pendant longtemps et de tout son cœur nous offre son talent d’auteure et de chanteuse pour nous livrer du vrai, du vécu et de la pureté. Et parce qu’elle a refusé de se déguiser pour aller au Gala qui met en valeur le TALENT, on la juge? On peut peut-être se dire qu’un petit effort aurait été apprécié mais de là à écrire sur Twitter « Faque la découverte de l’année 2016 à l’ADISQ est un gros truc de vidange? », il y a des maudites limites.

Le respect est passé où, bordel? Désolée mes chers amis, mais si on est rendu à juger un artiste sur son linge, on s’en va nulle part! Et c’est drôle car combien d’hommes ont porté des jeans pour aller chercher leur prix depuis des années sans qu’on en fasse un cas? On n’a pas vu les yeux de Jean Leloup alors que les bonnes manières auraient indiqué de retirer son couvre-chef mais ça, ce n’est pas pareil, ein?

Non je n’ai pas trouvé particulièrement chic l’habillement de Safia mais je m’en contre-fiche de ce qu’elle décide de porter, le matin, le midi ou dans un gala! Et à voir les robes parfois outrageuses portées par des artistes, j’aime mieux le t-shirt de Gerry Boulet, grande vedette de notre culture, pour représenter l’industrie musicale en déclin.

Cette jeune artiste débute dans ce métier difficile et je ne suis pas certaine qu’elle ait les moyens de se payer une robe qu’elle ne reportera jamais et qui ne la représente pas du tout. Alors pourquoi aurait-elle fait ce sacrifice? Pour plaire? Ce n’est tout simplement pas dans son style et je la respecte énormément d’avoir eu le courage de s’affirmer, d’être elle-même et de faire fi des conventions guindées et superficielles de cette industrie.

Demandons-nous plutôt comment on peut agir pour sauvegarder notre belle chanson québécoise qui se meurt dans l’océan de streaming pervers au lieu de juger les gens sur un bout de tissu… C’était ma montée de lait de novembre. Je ne suis pas toujours aussi acerbe mais là, y faut ce qu’il faut. Chapeau Safia!

 

Photo : Unsplash | Igor Ovsyannykov

Simple, non, mais belle, oui!

Roman Kraft

Ce matin, je lisais la belle Geneviève Pettersen qui s’exprimait sur le site de Châtelaine concernant la perversité du discours de Gwyneth Paltrow et de tout ce que le nouveau livre de la reine du bio a de faux. Titré Tout est simple, cette nouvelle bible de la vie saine et branchée renvoie une image totalement surfaite de la vie supposément facile.

Comme le soulève l’auteure de l’article, il y a quelque chose de purement vicieux derrière ce titre et cette philosophie. On tente de nous convaincre que c’est nous qui n’avons pas adopté le bon mode de vie et qu’en entrant dans le rang de l’actrice, nous gagnerons du temps et atteindrons le bonheur à tout prix.

Je ne sais pas pour vous mais moi, quand je vois une actrice à l’image travaillée qui doit avoir une équipe de 12 personnes derrière pour trouver le bon angle, ça ne me convainc pas sur la simplicité de la vie. Quand tu as les moyens de recommencer 850 fois ta recette pour trouver le meilleur dosage, quand tu as assez d’argent pour acheter une terre complète pour faire pousser tes légumes et te payer les plus grands spécialistes qui surveilleront ta culture bio, quand tu projettes une image de perfection absolue… Bref, quand tu t’appelles Gwyneth, à mes yeux tu n’as pas vraiment de crédibilité pour changer la vie des gens normaux.

Certains diront que je suis jalouse de sa réussite mais ce n’est pas du tout le cas. Je n’envie pas sa vie de rêve car je n’y serais tout simplement pas heureuse. Par contre, ce qui me dérange et que Geneviève Pettersen soulevait aussi, c’est le jugement pernicieux derrière l’image parfaite.

Déjà qu’on se met une pression folle pour réussir dans la vie, qu’on essaie de faire les bons choix, de bien se nourrir, de faire du sport et de ne pas trop tomber dans l’excès quand la vie dérape un peu, d’avoir cette belle blonde qui nous dit que tout est simple, c’est chiant.

Je suis la première à prôner les bonnes habitudes de vie et à dire qu’on est maître de son destin, qu’on peut tous décider de changer et qu’il faut se prendre en main dans la vie mais avec une vision à la hauteur de nos moyens et en fonction de notre réalité. Notre réalité de gens ordinaires qui ont leurs difficultés et un compte de banque qui n’est pas dans les 6 chiffres, mettons…

J’ai beaucoup de misère avec ce discours moraliste venant de gens riches, vous l’aurez compris. Car si Gwyneth avait gagné 30 000 $ par année et travaillait comme adjointe administrative avec un patron vulgaire, elle ne publierait pas des livres de ce genre. Elle n’aurait ni le temps et ni l’énergie de le faire. Et possiblement que certains soirs, elle ferait du Kraft Dinner à ses enfants parce qu’elle n’aurait pas eu le temps de passer à l’épicerie après une journée éreintante au boulot.

Et vous savez quoi? Ça serait ben correct tout ça. Parce ça, c’est la vraie vie, la vraie réalité de beaucoup de gens. Tant mieux, Gwyneth, si tu peux te nourrir de bio seulement et t’offrir le luxe de publier des livres beaux et léchés. Mais ce n’est pas la vraie vie tout ça et non la vraie vie, elle n’est pas simple. Elle est belle, elle est dure parfois, elle est heureuse par moment et surtout, elle est la nôtre et on l’aime comme elle est.

 

Photo : Unsplash | Roman Kraft

Apprendre à danser sous la pluie

Jordan Whitt

On répète souvent qu’il n’y a rien de plus constant que le changement et j’ai tendance à être assez d’accord avec ce principe bouddhiste. Et j’ajouterais que je suis plutôt du type à croire qu’un changement de soi est plus nécessaire et pertinent qu’un changement de situation. Ce dernier vient en général tout seul quand on entame une transformation intérieure.

Au fond, vivre, n’est-ce pas justement accueillir le changement? J’ai l’impression que ce qui nous cause bien des maux c’est la fameuse résistance au changement. Quand on s’accroche trop longtemps au passé, aux acquis, qu’on stagne dans notre zone de confort apeuré par l’inconnu et les soubresauts que la vie peut nous réserver parfois.

Avec le temps, j’ai découvert que c’est justement quand les choses bougent que je me suis sentie la plus vivante, la plus alerte et engagée dans ma vie. Quand j’ai cessé de dire : quand j’aurai ceci je serai heureuse ou l’année prochaine je ferai telle chose. Je me souviens d’un enseignant au secondaire qui m’avait dit : ce n’est pas d’une nouvelle année dont tu as besoin. Tu as juste besoin d’un lundi.

En d’autres termes, arrête de procrastiner et fonce! 😉

C’est tellement facile de se trouver des raisons, des défaites, des justifications pour ne pas amorcer un changement dans sa vie. Qu’il s’agisse d’un emploi, d’une relation ou d’une activité, le premier pas est souvent le plus déterminant. Ce moment quand on décide que c’est maintenant que ça se passe, qu’on ne revient plus en arrière. C’est épeurant avant et euphorisant après. Juste ces quelques secondes qui précèdent un saut dans le vide, le moment où l’on cesse de résister et qu’on s’ouvre.

Gandhi disait :

Sois le changement que tu veux voir dans le monde.

Je crois qu’on a tous la clé du changement à l’intérieur de nous. Parfois, on n’est simplement pas rendu à cette étape, on a besoin d’apprendre encore un peu avant de se lancer. Mais, on doit cesser de se mettre la tête dans le sable et de penser que tout tombera du ciel. Mieux vaut appliquer la technique des petits pas que de ne pas avancer, ou même pire, de reculer.

En fait, je pense que de ne pas avancer équivaut à reculer car pendant qu’on reste statique, le monde, lui, avance. Et si on refuse de bouger, on stagne dans le passé, on perpétue la roue qui ne nous rend pas heureux. Car on va se le dire, personne ne nous force à faire ce que l’on fait, à être ce que l’on est. Donc si on continue à répéter notre vie telle qu’elle est, on obtiendra toujours les mêmes résultats. Logique, non?

Il faut arrêter de glorifier le succès et dénigrer l’échec. Recommencer quelque chose autrement car on n’a pas réussi le premier coup, pour moi, ce n’est pas un échec car dans une expérience on apprend et on découvre de nouveaux outils pour s’améliorer. Les opportunités apparaissent souvent quand on ne s’y attend pas. Ne dit-on pas que qui ne tente rien n’a rien?

On a deux options en fait : être le changement ou réagir au changement. C’est à nous de choisir dans quel groupe on veut être. Je préfère agir sur mon propre changement, c’est de toute façon le seul réel pouvoir que j’ai. Et vous?

 

Photo : Unsplash | Jordan Whitt

Vivre vrai

William Iven

Vous souvenez-vous de ce qui vous faisait rêver quand vous étiez enfant? Quelle vision de la vie d’adulte aviez-vous? Que pensiez-vous des grandes personnes? Vos parents, vos oncles et tantes, les grands cousins et cousines? Aviez-vous l’impression que c’était loin tout ça, que vous aviez la vie devant vous?

Quand on est jeune, on rêve beaucoup, on va à l’école, innocemment, on se fait des amis, on joue… On a une vie d’insouciance et de découverte sans avoir un passé qu’on traîne avec soi. En fait, on était comme ça, à l’époque.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, j’ai l’impression que les jeunes perdent rapidement leur insouciance et leur liberté. Tout peut être croqué sur le vif et diffusé à un tas d’amis. Pour le bien ou pour le mal de la personne. Et l’opinion des autres, ils l’ont en plein visage. Ils peuvent se faire ridiculiser, dénigrer et intimidé en un seul clic. Et leur estime de soi tient à un like.

Est-ce qu’il y  encore de la place pour la créativité, pour les rêves, pour une certaine désinvolture ou si maintenant tout est calculé pour être diffusé sur le Net et populaire auprès des autres? J’ai bien peur que beaucoup de jeunes ne se rendent pas compte à quel point ils ne sont que l’ombre de leur profil Facebook.

À l’âge où l’opinion des autres importe autant, où notre image se définit bien souvent dans le regard des autres, je crains qu’on soit en train de détruire une génération complète. L’aspect égoïste et narcissique des réseaux sociaux, dont on est conscient à l’âge adulte mais pas vraiment à l’adolescence créera quel genre de citoyen, de parent et de travailleur?

Je n’ai aucun conseil à donner ni de référence mais j’ai envie qu’on se pose la question sur l’impact de cette spirale virtuelle sur l’attitude des jeunes d’aujourd’hui. L’importance accordée au nombre de like sur une photo partagée est extrêmement destructrice et peut mener à des problèmes très sérieux. Soyons-en conscients.

Quand je repense à mon enfance et mon adolescence, je me sens privilégiée d’avoir connu les relations vraies sans artifice virtuel. Quand on voulait voir quelqu’un, on l’appelait et on se donnait rendez-vous. Oui, on pouvait passer des heures au téléphone mais ça demeurait un cercle fermé, sans exposition de notre vie et de notre visage à tous.

Je ne tiendrai pas le discours que « c’était tellement mieux dans mon temps » car je ne crois pas qu’on puisse comparer tant il y a un monde qui sépare les deux. Mais je crois qu’il faut garder l’esprit ouvert et se questionner, rester vigilants. On ne sait pas de quoi sera fait le futur mais je crois que nous avons un devoir d’instaurer des règles sociales et de donner l’exemple.

Avoir son cellulaire en main pendant le repas ne fait pas partie de ce que je considère comme un modèle positif. C’est mon opinion et vous pouvez ne pas être d’accord. Mais quand je regarde une famille souper au restaurant et que tout le monde a son appareil en main sans se parler, je trouve cela triste et déprimant. Est-ce cela que l’on veut montrer à cette génération éponge qui reproduit les comportements parentaux?

J’ose espérer que ces futurs citoyens prendront conscience que la vie, ça se déroule autour d’eux, dans la réalité et non pas dans l’écran de leur téléphone intelligent…

 

Photo : Unsplash | William Iven