Posts by "trouv" — Page 155

Vive les moches!

Sonja Langford

Aujourd’hui, je travaille de la maison… Confortablement installée dans mon bureau, avec vue sur le parc. Les oiseaux chantent en fond sonore, la cloche de l’école primaire du coin retentira dans peu de temps. C’est ce que je considère comme un excellent début de journée. La grisaille ne m’atteint pas, la pluie qui s’amènera dans quelques heures viendra nettoyer, fera fondre la neige et, à mes yeux, est implicite au printemps, signe que la terre, après sa dormance, a besoin de se gorger d’eau pour faire face à la canicule qui, mine de rien, frappera à notre porte en juillet.

On peut décider de maugréer contre ce temps tristounet, de pester contre ces nuages épais et emplis d’eau qui feront danser la pluie toute la journée. Mais, pourquoi s’en faire avec la nature qui tente de s’équilibrer alors qu’on la maltraite toute l’année? Après un hiver en dents de scie qui nous met en plein visage l’impact de notre vie de surconsommation et de pollution, laissons donc mère nature reprendre son rythme.

De nos jours, la perfection semble être un but ultime. On voudrait que tout soit parfait, calculé et minutieusement placé dans le décor de nos vies. Un fil qui dépasse, des cheveux en bataille, un conducteur qui cherche son chemin devant nous et on s’emporte… Pour un rien qui sort du lot, on explose, on réagit, on bougonne… J’ai parfois l’impression que nous sommes un peuple à vif, réactif au quart de tour. Je ne sais pas si ce sont les manifestations des dernières années, les coupures à tout vent dans la santé et l’éducation ou le stress d’une vie qu’on peine à suivre mais je nous trouve intense.

À force de trop vouloir cadrer dans un moule sociétal né d’on ne sait trop où, on étouffe dans nos propres vies. On veut la ville et la campagne, l’argent et le temps, l’amour et l’autonomie… Des fois je me demande si on est pas juste trop gâté par la vie! Comment fait-on pour se plaindre autant alors qu’aucune bombe ne nous frôle, qu’aucune famine ne nous gagne et qu’aucun ouragan ne menace de détruire nos maisons?

Même nos légumes, on les voudrait parfaits! Quand je pense à cette entreprise qui a pris l’initiative de récupérer ceux qui avaient eu un voyage plus difficile pour en faire des sauces, des soupes et autres mélanges. Et ce site internet qui permet d’acheter des fruits et légumes aux défauts esthétiques afin d’économiser et d’éviter le gaspillage… Savez-vous qu’environ 20% des fruits et légumes cultivés ici sont jetés faute de pouvoir être mis en présentoir à l’épicerie? Heureusement, des organismes ont compris que la beauté du légume n’a aucun impact sur son goût. Et quand on pense que beaucoup de gens n’arrivent pas à se nourrir convenablement faute de budget adéquat, on se demande bien pourquoi on enverrait aux vidanges une carotte à 3 pattes ou une pomme faite sur le long!

Soyons conséquents, soyons ouverts et prenons un pas de recul. La recherche de la perfection ne fait qu’ajouter stress, anxiété et fatigue dans notre société, en plus de coûter très cher quand on parle d’alimentation. Pour notre assiette comme pour notre âme, abaissons les critères et nourrissons-nous de ce que la nature nous offre. Soyons créatifs, acceptons ce qui est, tout simplement. Parce que ça fait tellement du bien d’arrêter d’essayer d’être ceci ou cela et de plutôt être qui nous sommes. Soyons moches nous aussi!

 

Photo : Unsplash | Sonja Langford

Ici et maintenant…

Karsten Würth

Dans la vie, il arrive certains moments où l’on regarde en arrière, on observe le chemin parcouru, on constate notre évolution et les choix qu’on a fait. La personne qu’on est devenue s’est forgée à travers les multiples expériences que la vie a semées sur notre passage et sur le trajet qu’on a décidé d’emprunter. Les gens qu’on a côtoyés, les endroits qu’on a visités, les emplois qu’on a occupés, les relations qu’on a eues nous ont influencés.

Ce matin, je me remémore certains moments de ma vie avec le sourire. Je ris de certains styles vestimentaires, de certaines réactions et de décisions complètement absurdes que j’ai pu prendre par moment. La jeunesse et l’inexpérience rend parfois les choses loufoques avec du recul. Et je réalise tout de même que mon caractère un peu frondeur m’a permis de vivre des choses merveilleuses, de risquer, de réussir et d’échouer afin d’apprendre. Car je crois réellement que c’est en essayant qu’on apprend à découvrir de que l’on aime et ce qui va à l’encontre de nos valeurs.

J’ai souvent dit que je n’aime pas le regret et que je préfère m’être trompée que de passer du temps à me dire « J’aurais dû… » Et je prends conscience aujourd’hui que j’ai toujours vécu selon cette philosophie J’ai quitté des gens ou des emplois qui ne me convenaient pas, qui brouillaient mon esprit ou qui me rendaient malheureuse. J’ai visité des endroits qui m’appelaient, qui m’attiraient et qui semblaient correspondre à mon style de vie. J’ai suivi des formations diverses par intérêt, sans nécessairement que ce soit pour un avancement dans mon travail.

Je réalise aussi à quel point je me suis laissé berner par des gens, manipulateurs, malsains ou menteurs qui n’avaient que pour but de me drainer mon énergie. Mais je suis fière d’avoir pu sortir de ces situations quand le moment était venu pour moi de passer à autre chose. J’y ai laissé quelques plumes mais j’ai aussi beaucoup appris, sur moi comme sur le monde, sur ce que je dois écouter à l’intérieur de moi quand tout mon corps me crie de partir.

On a tout en nous pour fonctionner, pour être heureux, pour s’épanouir et se respecter. Parfois, on est sourd aux divers signaux que notre propre personne nous envoie et c’est tout à fait normal. Personne n’est pas parfait et on doit accepter que ce soit ainsi. Comme dirait ma merveilleuse prof de yoga : tout est parfait tel qu’il est. Admettre ce qui est et l’accueillir ainsi me semble un des plus grands apprentissages de la vie. On veut souvent changer les choses pour les adapter à notre impression de ce qui serait bon alors que souvent, une simple ouverture d’esprit suffirait. On vit dans un monde très fermé, très aseptisé où presque tout est contrôlé, chronométré et calculé.

Avoir le temps de vivre, avoir le temps d’intégrer le changement, prendre une pause pour se repositionner face aux changements… ces concepts devraient faire partie intégrante de notre mode de fonctionnement. Malheureusement, on court après nos vies comme si au bout de la ligne, on allait gagner notre place. Mais notre place est ici, maintenant, comme on est, avec nos travers et notre cœur. Et c’est parfait ainsi…

 

Photo : Unsplash | Karsten Würth

Ces personnes qui influencent nos vies…

Kendall Lane

La vie met sur notre route toute sorte de personnes. Certaines sont faites pour rester, d’autres ne sont que de passage. Une partie laissera une trace indélébile dans nos vies alors que dans d’autres cas, la présence fut beaucoup plus subtile, plus timide. À certaines occasions, au premier regard, on sent que la personne sera là pour longtemps ou du moins aura une grande influence sur notre vie. Alors que pour d’autres rencontres, on sait que c’est du domaine de l’utilitaire, qu’il y a un intérêt précis derrière, que ce soit professionnel, financier ou autre.

Plusieurs personnes de mon entourage, des personnes que j’ai choisies et qui sont là depuis un bon moment, agissent comme des repères, comme des sources d’inspiration. Rien que de savoir qu’elles font partie de ma vie me rassure et me conforte. Je vois le même coiffeur depuis plus de 10 ans et j’ai une confiance absolue en lui. Mon ostéopathe fait des miracles depuis une douzaine d’années et je lui réfère mes amis sans aucune hésitation.

Il y a quelques années, j’ai décidé de me remettre au yoga. Pour la forme physique d’abord mais aussi pour aller chercher une sérénité, un apaisement. Pour nourrir mon esprit… Et j’ai eu la chance de faire la rencontre d’une professeure exceptionnelle, qui a littéralement changé ma vie. Cette femme, Lise Brousseau, une vraie yogi, a su toucher mon âme et y apporter du calme. J’ai appris à me connecter, à me déposer, à savourer le moment présent et à reconnaître mes limites, physiques et mentales grâce à ses enseignements.

J’ai su dernièrement que mon rendez-vous du mercredi avec elle ne sera plus. Les choses évoluent, les horaires changent et c’est ce qui arrive présentement. Elle m’a appris à accepter le changement mais j’avoue qu’actuellement, ce bouleversement me dérange. Hier soir, ce fut notre dernière séance sous cette forme et je suis partie le cœur gros. Je savais que c’était la fin de quelque chose. Certains diront qu’il s’agit peut-être du début d’une autre aventure mais pour le moment, je suis dans le deuil d’un privilège qui m’a été donné de bénéficier de son savoir et son senti.

Alors ce matin, j’ai eu envie de lui témoigner  ce respect car elle m’a permis de grandir et de traverser plusieurs épreuves en m’accueillant comme j’étais et en m’apprenant, avec sa philosophie, son inspiration et ses cours minutieusement préparé, que tout est bien tel qu’il est et que nous avons tout en nous pour être heureux. Sa voix douce qui a apaisé le flot mental qui sévissait dans ma tête résonnera longtemps. En période de stress, je pourrai toujours me rappeler ses phrases pleines de sens qu’elle nous a semé en début et fin de cours.

Merci Lise de ce chemin que tu m’as fait parcourir, de cet accompagnement riche et unique et surtout de ta présence entière et sincère à chaque moment. Je trouverai le moyen d’assister à nouveau à te leçons de yoga (et de vie) et je suis convaincue que, peu importe la nature du cours que tu donneras, chaque minute sera bénéfique et salvatrice.

À vous qui me lisez, je vous dis merci. C’est un privilège de pouvoir s’exprimer et de savoir que des gens apprécient la lecture. Je vous souhaite de trouver comme moi des gens qui apportent la paix et la plénitude en ces temps durs et éprouvants.

Namasté!

 

Photo : Unsplash | Kendall Lane

La barbarie a assommé l’insouciance…

Ian Schneider

Ce matin, dans le métro, un silence étrange se faisait sentir. Un calme sans joie, une tranquillité désarmante. J’ai été soulagée quand un passager m’a demandé l’heure, comme s’il venait de tuer le malaise, comme si tout à coup on se souvenait que nous sommes humains, fraternels, solidaires. Mais ce matin, dans le métro de Montréal, l’inquiétude était au rendez-vous, palpable, insistante…

En regardant les images de Bruxelles de la Presse+, un long frisson parcourait mon dos, ma respiration se faisait lente et longue. Et si ça nous arrivait? Je regardais, autour de moi, les gens, le regard baissé, lourd et ceux qui entraient à chaque station, hésitant et perplexe. Une question dans tous les regards : sommes-nous vraiment en sécurité?

Le métro de Montréal est vieux, désuet et les sorties de secours ne sont ni évidentes, ni nombreuses. Je ne veux vraiment pas tombée dans la paranoïa mais pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé que le trajet que je fais tous les matins n’est pas optimal en termes de sécurité, que je ne suis pas à l’abri de ces horreurs que l’on voit défiler trop souvent. Je suis Bruxelles, je suis Paris… Y aura-t-il un jour un Je suis Montréal? Qui sait… Nous avons l’avantage de la distance, des océans qui nous entourent, mais malgré tout, l’inquiétude est présente.

En arrivant au bureau, du haut du 20e étage d’une tour du centre-ville, je regardais au loin me demandant si un jour quelqu’un défigurerait ce paysage… Puis, une alarme d’évacuation a sonné, surprenante, retentissante dans ce silence matinal. Les quelques collègues et moi sommes descendu, rapidement, en se soulageant qu’à cette heure, il y ait peu de monde encore arrivé. Le dernier exercice d’évacuation avait été disons désastreux, ayant été coincés beaucoup trop longtemps en haut de la tour avec tous ces gens des étages inférieurs qui au même moment tentait de sortir.

Ce matin, à trois dans l’escalier de secours, l’ambiance était étrange, mitigée. Rigoler qu’une personne ait accroché le bouton d’urgence ou s’inquiéter d’une réelle situation dangereuse. Heureusement, à mi-parcours, on nous annonce qu’il s’agit d’un test… La configuration de cet immeuble fait que nous devons descendre au rez-de-chaussée pour remonter, aucune sortie possible entre le 20e et le plancher des vaches… Ça fait réfléchir.

Rares sont mes matins où la crainte se pointe au déjeuner, où je me questionne sur la sûreté des lieux. En fait, c’est réellement la première fois que ça m’arrive. L’effet de surprise du 11 septembre avait probablement été trop grand pour provoquer ce sentiment. Maintenant, avec les nombreuses attaques un peu partout, j’y songe. Mais il ne faut pas se laisser submerger, laisser la peur nous gagner. C’est l’effet désiré, semer l’angoisse et la méfiance d’autrui.

Hier, la barbarie a fait mal à notre insouciance. Mais notre cœur doit garder son espoir, sa légèreté et sa vivacité. Ne tombons pas dans la morosité, battons-nous avec notre sourire, notre solidarité et notre joie. Ce sont les plus belles armes qui soient.

 

Photo : Unsplash | Ian Schneider

Les vieux savent plus que nous comment vivre heureux…

Gerard Moonen

Rencontrer des gens, c’est accepter de s’ouvrir, de se laisser toucher le cœur, d’ouvrir son esprit. On ne sait jamais à l’avance l’effet qu’une personne aura sur nous, à quel point on sera charmé, déçu ou perplexe. Pour certains, ça peut être stressant ou déstabilisant. Et il y a quelques années, j’étais dans ce camp, où le moindre inconnu générait de l’anxiété chez-moi.

Aujourd’hui, avec les années et du travail sur moi, je réalise que j’aime aller à la rencontre des autres, découvrir de nouvelles personnalités, écouter les expériences et discuter, échanger, partager. Connaître le vécu des autres permet de confronter ses idées, de se projeter et de voir les choses autrement. Chaque personne a sa propre vision du monde et de la vie et à force de rester dans nos petites bulles, on finit par prendre des mauvais plis. C’est pourquoi j’aime ce saut vers l’inconnu : ça brasse les certitudes.

Rencontrer une personne, avoir une « date », comporte toujours son lot de risques. Bien sûr, il  a les papillons, le petit stress de se présenter tel qu’on est et de ne pas être apprécié mais je crois qu’il faut vraiment voir cela comme une possibilité, une tentative et surtout, un peu comme un jeu, c’est à la base pour le plaisir. J’ai fait quelques rencontres dans les derniers mois qui m’ont permis de comprendre ce que je n’aimais pas, ce qui pour moi était impossible à accepter, les caractères incompatibles avec le mien et les valeurs qui me rejoignent. Avant tout, pour pouvoir rencontrer quelqu’un, on doit se connaître, savoir ce qui nous anime et nous éteint, savoir nos limites et être en mesure de garder la tête froide et ne pas se laisser emporter par le flot d’émotions. Car, par expérience, souvent quand on est submergé d’émotions, on ne prend pas les bonnes décisions.

J’ai rencontré quelques charmeurs dans ma vie, qui m’ont jeté de la poudre aux yeux, qui m’ont fait miroiter un monde de rêve. Mais sous la couche d’artifice, j’ai découvert qu’il n’y avait rien de concret, rien de tangible et surtout beaucoup de souffrance. Vouloir à tout prix être admiré révèle bien souvent une grande solitude et une faible estime de soi. Je préfère maintenant les gens plus discret mais plus profond, les personnes qui se connaissent et qui n’ont pas besoin de flamboyer pour être respectées.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, beaucoup de gens sont dans le paraître, dans l’image parfaitement retravaillée, dans la réputation virtuelle. Mais derrière cette façade lustrée, j’aime bien connaître la vraie nature des gens, voir leur vrai visage et savoir que finalement, leur vie est plus riche qu’ils ne le croient, plus authentique et plus près de la réalité du commun des mortels. Sincèrement, une photo de grimace un dimanche matin avec de la farine sur le nez me fera beaucoup plus plaisir que la photo classique en voyage avec le bronzage parfait.

Je suis un peu blasée de la couche de peinture améliorante, des filtres, des publications pour se valoriser et du côté un peu surfait des réseaux sociaux. Je veux du vrai, de concret, de l’existant et surtout, des fous rires et des anecdotes du quotidien sans appui virtuel. J’admire ces couples de vieux qui savourent le moment présent, qui n’ont aucune idée de la vie numérique qui bourdonne et qui avance, main dans la main, au gré du temps qui passe.

P.S. Cette vraie vie qui se déroule autour de nous comporte son lot d’épreuves et j’offre mon soutien et ma compassion aux Belges qui ce matin trouve la réalité un peu trop dure à accepter.

 

Photo : Unsplash | Gerard Moonen