L’éducation n’est pas une dépense…

École

Quand j’étais plus jeune, et même à mon arrivée à Montréal, j’envisageais de devenir enseignante, comme mon père. Quand on me demandait vers quelle carrière je me dirigeais, je répondais systématiquement : prof de français… En lisant la chronique de Patrick Lagacé ce matin dans La Presse+, j’ai réalisé à quel point j’ai été chanceuse de dériver de mon chemin original pour finalement m’en aller en techno.

Si vous avez lu cette chronique, une suite de plusieurs sur l’enseignement, vous aurez peut-être comme moi senti un certain malaise face à la situation. Une enseignante y relate des faits troublants sur sa propre réalité de prof qui en arrache, qui doit faire des choix car il est impossible pour elle de donner à tous, de façon égale. Imaginez-vous un instant devoir choisir de laisser tomber un jeune élève car vous êtes à bout de ressources… Quel est l’impact psychologique sur votre état d’un tel choix?

Aujourd’hui, en 2015, j’ai une belle carrière mais elle est virtuelle. Je dis souvent que je ne réalise rien de concret, que tout ce que je fais est intangible. Mais quand je lis ce type de chronique, je réalise que mon insatisfaction face à l’immatériel n’est rien comparativement à être confronté à laisser tomber des petits humains tout simplement parce que l’état de permet pas de s’occuper de tous…

Quand on songe que ces enseignants sont souvent une source d’inspiration pour nos jeunes, une sorte de guide qui les aidera à garder le cap, qui les amènera à se connaître et à choisir leur voie pour l’avenir… je trouve cela extrêmement désolant de constater que plusieurs n’ont d’autres choix que d’abandonner et de changer de carrière après quelques années pour ne pas y laisser leur santé mentale et physique. Que ces personnes clés dans la vie des enfants déclarent forfait parce que le système ne les appuie pas.

Mon père se retourne surement dans sa tombe en ce moment de voir ce que l’on fait de nos écoles, lui qui a passé sa vie dans le milieu de l’enseignement. Est-ce que nos gouvernements et dirigeants réalisent qu’on ne parle pas ici seulement de budget et de colonne de chiffres? Alexandre Taillefer à la radio ce week-end a dit une phrase qui résume pleinement ma pensée : L’éducation n’est pas une dépense, c’est un investissement.

Si le gouvernement arrêtait de voir le tout comme une charge dans son budget et misait plutôt sur l’avenir, s’il était visionnaire et était en mesure de voir les effets positifs à moyen et long terme au lieu de seulement penser à ce que ça représente sur son budget annuel, on n’en serait pas là… Je suis dégoûtée et malheureusement je n’ai entendu personne dans l’appareil gouvernemental avoir une vision cohérente et pertinente de l’avenir de l’éducation. Quand j’entends dire qu’on a besoin d’une réforme, j’ai seulement envie de crier : on n’a pas besoin d’une réforme, on a besoin d’une vision claire!

Une vision de nos jeunes soutenus, accompagnés et priorisés, une vision d’un système épuré de sa lourdeur administrative qui s’embourbe dans tellement de bureaucratie qu’il est impossible d’y faire évoluer quoi que ce soit, une vision d’un environnement sain autant pour les enseignants que leurs élèves, un endroit où règne la soif de savoir et de découverte…

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