Reprendre contact avec le réel

Luke Chesser

Ce matin, encore un peu endormie à cause des décongestionnants que je prends pour mieux dormir, j’observais les gens autour de moi, à moitié dans la lune. En sortant du métro à ma station du centre-ville, mon regard s’est fixé sur un homme devant moi qui marchait, téléphone en main, sans regarder devant. Arrivée à sa hauteur, j’ai constaté qu’il faisant défiler sur l’écran les profils des femmes qu’il avait croisé. J’ai reconnu l’application Happn, l’ayant moi-même utilisé, facilement identifiable grâce à sa couleur et à la disposition de l’interface. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir cette réflexion : si cet homme levait les yeux de son écran, aurait-il plus ou moins de chance de rencontrer quelqu’un?

Pour ceux qui ne sont pas familier, cette application de rencontre fonctionne avec la géolocalisation de votre appareil. Lors de son démarrage, elle met à jour la liste et affiche ainsi les gens que vous avez croisés et qui correspondent aux critères que vous avez fixés à l’origine. Ça vous donne une approximation de la distance de cette personne au moment actuel ainsi qu’une idée d’où vous l’avez croisé. En consultant la fiche d’un « candidat », vous pourrez lire sa courte description (très limitée) ainsi que voir ses goûts musicaux et si vous avez des amis en commun sur Facebook. Certains accepteront d’afficher leur emploi ou l’endroit où ils ont étudié. En résumé, on pourrait dire que c’est une version un peu plus sérieuse de Tinder.

Je ne sais pas si c’est parce que je manque beaucoup d’assiduité dans la consultation de ce type d’applications mais je n’ai jamais eu l’impression que cela allait vraiment changer ma vie. Et en même temps, je constate que beaucoup de gens dans un moment un peu « perdu » consulte frénétiquement leur application rencontre, quand ce n’est pas LES applications installées sur leur appareil.

Qu’est-ce qui en dit le plus d’une personne? Les 4 lignes qui la décrivent et l’endroit où vous l’avez croisé ou son regard et son sourire? Ma naïveté me fait pencher pour la deuxième option mais peut-être suis-je simplement une éternelle romantique? Je demeure assez perplexe même si je connais des couples qui ont été formés et qui filent le parfait bonheur après avoir choisi leur prospect sur un écran tactile.

Bref, je regardais cet homme le dos courbé et les yeux rivés sur son appareil et je trouvais cela triste. Car une telle position ne vous met pas en valeur et vous enferme dans une bulle virtuelle. C’est pourtant dans le monde réel autour de soi que la vie se joue, que les regards se croisent, que la magie opère… Le problème est que si 80% de la population ne regarde plus avant, la chance que cupidon sévisse dans le métro est mince. C’est pourtant si beau de voir deux personnes échanger un petit sourire, timidement et sentir qu’il se passe quelque chose, là, sous nos yeux.

Les plus jeunes me traiteront peut être de « matante » mais que voulez-vous je trouve ça touchant moi de voir éclore une passion, le balbutiement d’une histoire d’amour et de savoir que j’ai assisté au début de quelque chose. Ça m’est arrivé à quelques reprises et chaque fois, j’en ai eu pour plusieurs jours à y repenser, constatant la beauté du monde et le pouvoir du hasard.

Je souhaite ardemment que l’on décroche un peu du virtuel pour reprendre contact avec le réel, le vrai, le tangible, que ce soit pour apprécier ce qui nous entoure, pour trouver notre âme sœur ou simplement pour savourer le moment présent. Qui sait, votre voisin de table est peut-être très intéressant! Qu’avez-vous à perdre, réellement?

 

Photo : Unsplash | Luke Chesser

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