Aller au bout de soi

Aliis Sinisalu

Dans la vie, on peut décider d’adopter un rythme modéré, de se laisser porter, de suivre le courant. Par moment, ça fait vachement du bien de ne pas trop se casser la tête et de voguer à la légère. Et à d’autres périodes de notre vie, on a envie de mener le bal, de se confronter, se dépasser, aller au-delà du commun et trouver, voire repousser, nos limites. Je crois que les deux états se valent et devraient se succéder, pour garder un certain équilibre.

Et contrairement à ce qu’on pense, pas besoin de mal aller ou de filer un mauvais coton pour prendre ça « cool » pendant un temps. Des fois, après une période plus intense, on a besoin de refaire nos forces et de se déposer, tout simplement. Ralentir pour se donner la chance de prendre un élan pour la prochaine montée, le prochain coup à donner.

Personnellement, j’aime prendre des pauses pour me ressourcer, m’accorder un temps de réflexion et d’intégration des derniers acquis, des dernières découvertes sur moi-même. Parce qu’à force de rouler à fond de train, je crois qu’on en perd des bouts et on n’a pas le temps de bien digérer ce qui nous arrive.

Ce week-end, je vivais le point culminant de plusieurs mois d’efforts et de persévérance. Quand j’ai pris la décision de participer à cette course, en plein mois de décembre, je n’étais pas pleinement consciente du travail que ça me demanderait ni réellement dans quoi je m’embarquais. Mais j’avais ce sentiment profond et bien ancré que je devais le faire, que je devais aller au bout de moi pour voir à quel point je serais en mesure de garder le cap.

J’avais fixé à l’origine un objectif irréaliste et j’ai particulièrement apprécié le fait que mon entraîneure ne m’a pas remis à ma place. Elle m’a laissé frapper ce mur, m’a laissé prendre conscience par moi-même que j’avais mis la barre trop haute. Ça fait partie de l’apprentissage et aussi, ça m’a permis de comprendre plus sur la course que si j’avais fixé un but facile à atteindre. Ça m’a réellement permis de tout tenter pour y arriver. Et à quelques semaines de l’événement, j’ai compris, non sans une grande déception, que c’était utopique.

Je me souviens du sourire de mon entraîneure qui semblait signifier « enfin, elle le réalise ». Et à partir de ce moment-là, à partir de la minute où j’ai abandonné ce résultat inatteignable, j’ai retrouvé le pur plaisir de courir. Courir pour moi, pour me sentir en vie, pour sentir tous les muscles de mon corps au diapason. Plus de douleur, plus d’inconfort, seulement un sentiment d’accomplissement grisant. Seulement savourer tout ce travail effectué et mon progrès.

Je suis du type à mettre toujours la barre plus haute, à toujours vouloir aller plus loin, et ça me propulse généralement au-delà de mes espérances mais ça peut aussi me nuire car l’insatisfaction est un ennemi grave dans une progression sportive, surtout quand on n’a pas été très active pendant les dernières années.

Alors en plus des bienfaits physiques indéniables de ce nouvel entraînement dans ma vie, je mesure énormément de bénéfices sur ma santé mentale. De me savoir capable d’avoir cette rigueur, cette discipline, ce sentiment de dépassement, en plus d’évacuer tout mon stress, c’est un sentiment de fierté immense. Et on n’a pas toujours l’occasion d’être fière de soi, entre le boulot, le transport et les obligations de la vie.

Il faut trouver sa source d’inspiration, de motivation et de gratification pour avancer le pas léger dans cette vie mouvementée. Se connecter à soi-même, sans artifice, sans compétition autre que son propre écho. Et ainsi, tous les petits soucis nous paraissent moins dérangeants… Car on sait que ce n’est pas ce qui fait de nous ce que nous sommes et qu’on pourra toujours, pour se détacher de tout cela, aller au bout de soi…

 

Photo : Unsplash | Aliis Sinisalu

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