À chacun son rythme

Gaelle Marcel

Sage décision prise par les organisateurs du marathon de Montréal d’annuler la plus longue épreuve : le fameux 42.2 km. Je sais que beaucoup de coureurs vivent une grande déception et pour une portion de ceux-ci, c’est même une frustration. J’en connais qui avaient réservé une chambre d’hôtel pour l’événement et malgré que leur inscription au marathon puisse être transférée ou remboursée, la chambre ne l’est pas bien souvent.

Au-delà de l’aspect financier ou sportif, il y a un enjeu de santé. Pas seulement la santé du coureur aguerri qui se croit suffisamment fort pour traverser cette épreuve de chaleur. Mais, si on sollicite plus intensément le système de santé à cause d’un événement que l’on peut contrôler ou du moins prévoir, je ne trouve pas ça super brillant.

Le sport, c’est la santé alors de mettre en danger des gens pour une activité sportive, désolée, mais pour moi c’est non. Et pourtant, je suis de celles qui vont courir à 30 degrés malgré l’inconfort, parce mon programme prévoit une course ce jour-là. Mais il y a une différence entre un entraînement et une course officielle. Quand une foule t’encourage, quand tu es entouré et stimulé par une masse de gens au même intérêt, ça propulse mais ça fait aussi oublier son propre rythme.

Je trouve ça franchement génial de voir qu’un nombre record de gens se sont inscrits aux différentes distances du marathon de Montréal. Ça prouve que l’intérêt est grandissant et c’est une nouvelle rafraîchissante quand on sait que l’embonpoint et la sédentarité sont en croissance. Mais il ne faut pas non plus tomber dans les extrêmes et prendre des risques inutiles.

C’est drôle car j’écoutais une discussion à l’émission « plus on est de fous, plus on lit » à la première chaîne de Radio-Canada cette semaine qui parlait justement de ce désir de performance exponentiel qui fait rage dans notre société. Avant, faire un marathon, c’était un exploit. Aujourd’hui, il y a les ultra-marathons ainsi que les courses extrêmes avec des obstacles et des difficultés volontairement ajoutées. Un des invités ironisait en parlant de chocs électriques et de lacérations du corps en cours de course, pour ajouter un « challenge » supplémentaire.

Mais c’est vrai que c’est presque rendu là. Comme si le simple fait de pouvoir courir une longue distance n’était plus suffisant. Comme si on devait toujours prouver qu’on pouvait faire plus, faire mieux. Mais pourtant, j’ai l’impression que dans cette catégorie de gens qui poussent la machine toujours plus loin, il y a une souffrance profonde et peut-être un décalage avec leur propre personne. À trop vouloir pousser le physique, n’est-on pas rendu à en oublier le mental, l’âme?

Ça prend une sacrée force mentale pour affronter des défis surhumains mais qu’est-ce que ça apporte réellement à part une méga dose d’adrénaline? Plusieurs spécialistes se questionnent sur le stress que ça met sur le corps mais moi j’ai tendance à me demander ce que ça fait dans la tête. L’esprit qui dérape parce qu’il manque d’eau, de nutriments, de contact avec la réalité, qui est poussé au-delà de ses limites… Est-ce vraiment sain?

Qu’est-ce qui pousse des gens à vouloir aller si loin dans la performance, dans le dépassement de soi? Un besoin suprême de se prouver à eux-mêmes qu’ils sont capables? Y a-t-il là un léger problème avec l’égo? Je le dis sans gêne, je n’ai pas la réponse et surement que certaines personnes le font de façon saine et en étant bien enracinées et cohérentes avec leur nature profonde. Mais j’ai l’impression que ce n’est pas souvent le cas…

Vouloir être en santé, être bien dans son corps, se dépasser et tester ses limites c’est bien. Mais pas à n’importe quel prix, encore moins celui de la santé justement. Il faut connaître ses frontières et surtout savoir pourquoi on fait tout ça. Sinon, la chute peut être brutale et les conséquences, très fâcheuses. J’ai toujours encouragé les gens à faire du sport et à se tenir en forme mais dans la mesure où l’esprit demeure libre et léger. Si ça devient une contrainte, il faut s’arrêter et retrouver son rythme, un pas à la fois.

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