Une magnifique deuxième vie

Riki Ramdani

Faites-vous des plans? Je veux dire, est-ce que vous êtes du genre à prévoir ou du moins à rêver d’où vous voulez être dans cinq ans? Avez-vous un plan de match détaillé pour vous y rendre, des étapes claires, des jalons, comme en gestion de projets?

Moi, je le dis d’emblée, je n’ai rien de tout cela. Et plus je vieillis, moins je sais où je m’en vais. Mais tout cela est très positif, ne soyez pas inquiets. C’est seulement que j’ai une personnalité disons plus instinctive et que je suis un peu allergique aux plans ultra-précis. On dirait que je préfère ne pas savoir ce qui m’attend. Comme si c’était une surprise, comme si, au fond, je me gardais le droit de changer de cap, de prendre une nouvelle direction si le cœur m’en dit.

Je me souviens qu’au secondaire, j’avais de la difficulté à choisir un métier, une branche comme on disait. Je changeais d’idée souvent, comme incapable de me camper dans un seul domaine. Je passais de l’enseignement aux arts, en passant par l’informatique et la psychologie. Je n’étais pas très attirée par les sciences, c’était pas mal la seule certitude. Et encore… Si on m’avait montré un documentaire d’une femme scientifique cool, j’aurais peut-être eu un attrait.

Pendant longtemps, j’ai regretté ne pas être plus apte à me projeter dans le futur. Puis, avec les années et à force de côtoyer des gens, j’ai réalisé que ça pouvait être un atout. À une certaine époque, j’ai rencontré une collègue qui est tombée de haut quand elle a perdu l’emploi de ses rêves, ce poste dont elle rêvait depuis si longtemps. À ce moment, j’ai compris que le fait de ne pas m’être fait un scénario aussi précis m’évitait ce genre de déception. Je suis plutôt du type à me laisser guider, au gré du vent, des opportunités et des ouvertures. J’aime explorer et essayer de nouvelles choses. Cette femme m’avait avoué n’avoir jamais essayé quelque chose d’inconnu, qu’elle s’était confiné à ce boulot et ne connaissait rien d’autre. Et privée de cela, elle s’est sentie déboussolée, elle manquait d’air. Et ça lui a pris du temps à retomber sur ses pieds.

Je l’ai croisé cette année et elle avait l’air bien, plus zen et plus solide. Et ce qu’elle m’a dit m’a beaucoup marquée : tu es chanceuse d’être si détachée d’un plan. Elle m’a raconté que, très jeune, ses parents la poussaient à trouver sa voie, à décider d’une carrière, à un tel point qu’elle les a laissé choisir pour elle. Et finalement, après ce coup dur, elle a réalisé que cette carrière, elle ne l’aimait pas. Elle s’était seulement laissée entraîner dans ce bateau pour avoir la paix, pour cesser cette pression constante de devoir choisir à tout prix.

Aujourd’hui, j’avais un courriel d’elle qui me disait qu’elle partait en voyage pour deux mois, sans itinéraire défini et seule. Stressée mais fébrile, elle se jetait dans le vide, sans filet mais avec le sourire. Et, c’est très émue que j’ai lu ce message car je l’ai sentie enfin libre, enfin en pleine possession de ses moyens. Son message se terminait ainsi : merci d’avoir croisé ma route et de m’avoir écoutée, inspirée et soutenue. Tu n’as pas idée à quel point tu m’as aidée.

En direction vers le travail, c’est resté gravé dans ma tête. J’ai réalisé à quel point on n’est pas toujours conscient de notre impact, de notre apport et de notre influence. Le simple fait d’exister parfois a une incidence sur la vie des autres, même si on se parle à peine, même si se connait peu. Et je pense que c’est un peu pour ça que j’ai commencé ce blogue, pour partager aussi ces petites parcelles de vie inspirantes et laisser, à ma façon, une petite trace dans l’univers. Ce matin, ce qui me reste en tête, c’est le titre de son courriel : demain, c’est le début de ma nouvelle vie.

Et tu auras une magnifique deuxième vie, mon amie.

 

Photo : Unsplash | Riki Ramdani

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