Cette zone trop confortable

Toa Heftiba

Dans la vie, plus on vieillit, et plus on se connaît, on apprend à déceler ce qui nous convient et nous déplaît. Ça a beaucoup d’avantages car ça nous évite des erreurs, on dépense moins d‘énergie inutilement et on vit moins de frustration. Mais ça peut aussi avoir des effets pervers, particulièrement quand on reste dans notre petit confort, dans cette chère zone calme et paisible qui nous rassure et nous enrobe de sa couverture de bien-être.

Je le dis souvent, tout est une question d’équilibre dans la vie et je ne crois pas qu’on doive constamment se déstabiliser, se mettre à risque et encore moins mettre sa vie en danger. Mais, pour ma part, j’ai l’impression que l’innocence de ma jeunesse me procurait par moment l’audace et le culot nécessaire pour m’envoyer dans des zones plus inconnues. Découvrir de nouveaux horizons, ça ouvre notre esprit et ça fait vivre de nouvelles émotions. C’est comme débloquer un niveau dans un jeu vidéo : l’attrait de l’inexploré, c’est grisant.

Changer de café, d’épicerie, visiter une nouvelle ville, tenter d’aborder des gens que l’on ne connaît pas, explorer un nouveau style musical, attaquer une forme littéraire moins familière, c’est déjà sortir de sa zone de confort. Le fameux cours de photo qu’on veut prendre depuis 25 ans, la virée en voiture qu’on se promet entre amis depuis notre enfance, ce petit restaurant vanté par la critique qu’on n’a jamais le temps de découvrir… Pourquoi remet-on si facilement à plus tard ce qui titille notre intérêt? À cause de cette fameuse zone de confort.

Ça demande un certain effort pour s’extirper de notre cocon et il est facile de se trouver mille et une raisons pour ne pas bouger, pour choisir le statu quo. Être trop occupé est devenu la réponse facile pour refuser toute possibilité qui nous fait un peu peur. Mais on oublie bien souvent que c’est par des moments spontanés, des sorties impromptues qu’on vit nos plus belles histoires. On le sait, quand ce n’est pas prévu, on n’agit pas de la même façon.

Changer ses repères, ça peut être très effrayant et je pense qu’il faut trouver la dose d’adrénaline et de micro-anxiété qu’on est prêt à vivre pour se brasser la cage. On l’entend souvent, le stress, à la base, n’est pas quelque chose de malsain. C’est notre mode de vie constamment stressant qui l’est devenu. Mais un petit tract devant l’inconnu, c’est très bénéfique, ça ouvre nos sens au maximum, les antennes pointées vers le ciel et le cœur bien alerte à vivre de nouvelles émotions.

J’aime bien me sortir de la zone par moment et je sais que je pourrais le faire plus, le faire mieux, le faire autrement. Je n’aime pas me mettre des obligations avec des dates butoir, je préfère m’efforcer à demeurer constamment à l’affût des nouvelles opportunités que la vie sème sur ma route. Car, ça aussi, je le dis souvent : rien n’arrive pour rien et quand on s’ouvre les yeux et le cœur, on peut voir et sentir des choses nouvelles qu’on n’avait jamais perçues auparavant, même si ça gravitait autour de nous.

On peut choisir de s’ouvrir à la nouveauté, mais on doit être prêt à perdre l’équilibre, à ajuster notre regard sur la vie, à sentir au fond de soi ce chamboulement de croyances et de perceptions. Si on choisit de sauter dans l’action, on accepte de laisser notre confort, notre petit carré de sable bien connu et on doit être apte à se repositionner, se questionner sur notre nouvel environnement et ce qu’il nous procure.

Personnellement, ça me fait du bien de faire le saut dans de nouvelles pantoufles. Des fois, ça me fait réaliser que les anciennes étaient mieux, mais d’autres fois, je réalise que j’ai passé beaucoup trop de temps dans celles-ci et que je m’étais fermée à un monde de possibilités. Et même quand je me sens loin de mes pantoufles, je sais que je sortirai de cette expérience avec un nouveau bagage, de nouvelles connaissances et une nouvelle conviction sur mes goûts et mes préférences. Et ça, ça vaut toujours la peine d’être vécu.

 

Photo : Unsplash | Toa Heftiba

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