Embrasser le futur

Toa Heftiba

Dans la vie, on apprend à se connaître à travers les expériences que l’on vit, les épreuves que l’on traverse et les rencontres que l’on fait. C’est inévitable, on doit expérimenter pour avoir du bagage. Car non, ça ne s’achète pas chez Costco et malgré la richesse d’une famille, jamais ça ne remplacera l’expérience du terrain.

Mais certaines personnes choisissent, consciemment ou non, de fuir leurs problèmes ou leurs peurs. Chaque fois qu’une difficulté survient, ils se sauvent comme une bête sauvage, préférant recommencer à neuf ailleurs plutôt que d’affronter les petites bibittes qui remontent à la surface. Ça semble facile de vivre ainsi mais, croyez-moi, un moment donné, ça nous rattrape.

J’ai eu quelques années à vivre ce genre de fuite perpétuelle, n’étant pas prête à me déposer et à soulever le couvercle de mes émotions refoulées. Quand j’ai enfin eu le courage de le faire, ce fut ardu, parfois souffrant, souvent difficile émotivement mais Oh combien salvateur. Je ne saurais exprimer à quel point c’est nécessaire dans la vie de prendre soin de soi, de trouver l’aide nécessaire et de prendre le temps de faire le tour de tout ce qui nous tracasse pour se libérer de ce poids, de cette armure, de ce boulet que l’on traîne sans même s’en rendre compte.

Mise à part la fuite, il y a aussi le phénomène du vide à combler qui peut nous miner l’existence. Tenter de remplir les vides de sa vie par des gens, des substances, des passe-temps malsains ou peu importe quoi, c’est un mécanisme de survie qui peut, au bout du compte, mener à des problèmes graves. J’ai eu la chance de comprendre tôt ce principe et de m’en départir rapidement, sans grand dommage, mais quand je croise des gens pris dans ce type de dépendance, ça résonne très fort en moi.

Je crois que ce sont les deux mécanismes que j’ai pu voir le plus souvent chez les gens et c’est malheureusement plus facile de le constater de l’extérieur. Apprendre à s’aimer, à s’accepter, à trouver le bonheur en soi au lieu de le chercher en dehors de soi, c’est un travail exigeant et ça demande une grande prise de conscience ainsi qu’un lâcher-prise. L’égo ne veut pas changer, ne veut pas se mettre à nu et possiblement souffrir de ces confrontations… Mais pour vivre mieux, c’est nécessaire.

Je partage ce genre de messages sur mon blogue car on lit souvent des livres ou des articles qui le mentionnent et généralement, ça semble évident. Mais vous le savez, moi les recettes en 10 étapes faciles, je n’y ai jamais cru… Et pour cause : ça ne fonctionne jamais et il n’y a pas de recette universelle. En général, ça finit juste par nous culpabiliser.

Chaque personne trouvera son moyen ou sa méthode, puisque chaque personne est unique et traîne son propre baluchon de vie. Ce que je pourrais dire que nous avons tous en commun, c’est la capacité de changer ainsi que la faculté de prendre du recul et de poser sur soi un regard bienveillant au lieu de l’éternel jugement. La fameuse phrase « quand on veut, on peut » prend un sens différent ici mais demeure tout de même pertinente. La journée où l’on désire se prendre en main, qu’au fond de soi on ressent la nécessité, tout à coup, on trouve la force de le faire.

Peu importe où vous êtes rendus, peu importe à quelle étape vous en êtes sur votre route personnelle, rappelez-vous que c’est votre route à vous et que vous ne savez pas de quoi la route des autres est faite. On ne connait ni les épreuves, ni les blessures, ni le parcours que les gens que l’on croise ont vécu alors mieux vaut se concentrer sur son propre trajet, sur ses acquis, ses apprentissages et ses découvertes et simplement tolérer ses limites et ses peurs, pour continuer d’avancer, un pas à la fois. C’est ainsi que l’on cesse de fuir et de chercher à combler le vide. C’est ainsi qu’on apprend à s’aimer et à se respecter. C’est ainsi qu’on laisse le passé derrière et qu’on embrasse le futur.

 

Photo : Unsplash | Toa Heftiba