La recette du bonheur

Charles Etoroma

Cinq heures… C’est le temps que j’ai dû passer dans ma voiture hier. Lorsque je suis arrivée chez-moi, vers l’heure du souper, une pluie fine débutait, ce qui m’a découragé d’aller marcher. Épuisée par tout ce transport et ce temps en position assise à ne pas pouvoir m’évader un peu, je me suis sentie dépassée et frustrée. Mais, comme à chaque moment où je ne me sens pas calme ni satisfaite, je pense à ceux qui vivent des situations beaucoup plus graves que moi, en l’occurrence les victimes des fortes inondations en Inde.

J’ai lu quelques articles sur le sujet et de saisir l’ampleur du problème m’a fait relativiser. Moi, je n’ai que perdu du temps. Eux, ils ont perdu tous leurs avoirs et n’ont même pas l’argent nécessaire pour retourner chez eux. Alors, comme on dit, quand on se compare, on se console. Malgré la fatigue accumulée et le besoin de bouger inassouvi, j’avais tout de même ma santé, mon toit, mon chez-moi bien chaleureux, un garde-manger qui déborde et un lit confortable pour me reposer.

Puis, en flânant sur Facebook, une amie a partagé une photo qui m’a frappé de plein fouet :

Je l’ai dit à quelques reprises, je suis originaire de Mont-Laurier et j’ai grandi près de la forêt et passé mes étés au chalet sur le bord du lac. Alors quiconque me répondrait que je n’ai qu’à habiter à Montréal si je ne veux pas avoir à prendre ma voiture comprendra que ce n’est pas pour moi. Mais ce qui m’étonne surtout, c’est à quel point on peut vivre loin de ce qui nous fait sentir bien pour avoir de meilleures conditions.

Je suis dans un domaine qui me contraint à demeurer près de Montréal. Bien entendu, je pourrais diminuer drastiquement mon salaire pour aller travailler dans une région plus éloignée mais suis-je prête à faire ce sacrifice? Pour le moment la réponse est non mais je sais qu’une profonde réflexion est en branle depuis un certain temps. Je le sens, ce malaise, au fond de moi. Je cherche le compromis acceptable, le moyen de transposer ma vie urbaine ailleurs pour trouver le point d’équilibre convenable.

Je crois sincèrement qu’il ne faut jamais cesser de s’écouter, de sentir en soi les diverses sensations qui agissent comme des signaux d’alarme, comme des capteurs nous amenant à vouloir être plus sereins et heureux. Je le dis souvent, on évolue et on doit rester à l’affût de ce que l’on devient, au fur et à mesure de nos expériences.

Je n’aurais jamais pu tenir un tel discours il y a dix ans pour la simple et unique raison que je n’avais pas assez vécu. Les épreuves et les rencontres n’avaient pas encore forgé mon esprit, je n’avais pas les mêmes réflexes et mes désirs n’étaient pas guidés par les mêmes intentions. Ça prend des années, voire toute une vie, à comprendre concrètement qui on est et cette définition de soi demeurera évolutive. Rien n’est figé, tout se transforme constamment, incluant nous-mêmes.

Chose certaine, je sais maintenant que j’ai besoin d’une part d’activité physique dans ma recette quotidienne du bonheur, autant qu’une portion de détente, un brin de musique et quelques soupçons de rire. Chacun aura sa propre formule et c’est ce qui fait de nous des êtres complémentaires. Cessons de tester la recette des autres et trouvons notre propre dosage, celui qui nous correspond. La seule manière de rendre les autres heureux, c’est de l’être soi-même, avant tout. Le reste, la vie s’en chargera…

 

Photo : Unsplash | Charles Etoroma

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