Le bonheur ne tombe pas du ciel

Miguel Bruna

Ces jours-ci, le froid nous mord les joues, les véhicules chignent au démarrage et on est un peu crispés lorsqu’on met le nez dehors. Mais quand je pense aux tempêtes tropicales et autres catastrophes naturelles que les gens habitant plus au sud subissent, je me dis que je préfère notre froidure. Ça ne m’empêchera pas de m’envoler pour la Guadeloupe sous peu pour faire le plein de vitamine D et m’évader de mon quotidien.

Je me souviens encore de cette époque où je prenais à peine deux semaines de vacances par année, congé pendant lequel je demeurais joignable par mon employeur et où je peinais à décrocher réellement. Il m’arrivait même de prendre ces vacances avec des collègues… Le boulot, c’était le centre de ma vie, mon ancre, mon pilier qui me gardait la tête hors de l’eau.

Quand je regarde dans mon passé, je vois plusieurs périodes sombres, des moments difficiles où l’anxiété me grugeait de l’intérieur et où je n’arrivais pas à me définir. C’est un des rares avantages de vieillir : acquérir une certaine connaissance de soi et une estime plus solide. Le simple fait de partir en voyage représente pour moi un avancement. J’ai longtemps eu peur de sortir de ma coquille, paralysée par cette angoisse permanente. Nul besoin de vous dire que mon périple sur le chemin français de Compostelle en 2018 constitue une étape cruciale de mon cheminement!

Je ne suis ni une nostalgique, ni une personne qui se berce de son passé. Je suis d’ailleurs plutôt du type à regarder en avant. Mais je réalise, avec les années qui passent, qu’il est important de constater et d’apprécier son parcours. Personne ne nous félicitera de notre chemin ni de notre avancement. C’est à nous de faire le bilan, d’observer ce qui a évolué, ce qui doit être encore revu et savourer les victoires.

Dans un autre ordre d’idée, je me souviens d’avoir lu souvent, sur des sites de rencontre, des descriptions qui indiquaient que le candidat avait « réglé son passé ». J’ai toujours trouvé étrange cette formule. Qu’est-ce que cela signifie au juste? On ne règle pas son passé, à moins d’avoir commis des actes criminels et d’avoir purgé sa peine… On l’accepte, on se pardonne, on le comprend, on l’analyse, on en tire des leçons. Mais le régler? Hummm, je suis sceptique.

Cette fin de semaine, j’écoutais l’émission « L’autre midi à la table d’à côté » sur la première chaîne et Louise Latraverse expliquait à Yann Perreau son aversion pour la place qu’on accorde au bonheur aujourd’hui. « Laissez-moi vivre » clamait-elle! Et cela m’a fait sourire car à force de glorifier le bonheur et le « Hygge » danois, on finit par se mettre une pression sur les épaules. Tu n’es pas heureux? C’est ta faute car il y a trois millions de livres qui peuvent t’aider à obtenir le niveau supérieur de bonheur… (ironie)

Cet échange entre les deux artistes m’a beaucoup plu. Ces deux explorateurs du monde, deux drôles d’oiseaux qui ont osé sortir des sentiers battus, décrivaient leurs découvertes et prises de conscience. C’est beau d’entendre des gens d’expérience réfléchir sur leur vie, leur parcours et leurs erreurs. Parce que non, la vie, même dans le glamour, ce n’est pas toujours parfait. Ça prend quelque débarques, quelques déroutes pour forger le caractère et enseigner les bases de la vie.

Tout cela pour dire que, ce matin, malgré le -18 au thermomètre, je suis contente d’être ici. Ma vie n’est pas parfaite, j’ai encore bien des choses à améliorer, à travailler pour corriger ma façon de vivre et me simplifier la vie, sortir de mes patterns, mais j’accepte ce qui est et je sais que j’aurai l’énergie pour poursuivre mon travail personnel. Je crois qu’on devrait passer plus de temps à s’observer et s’apprécier et s’éloigner un peu des comparaisons inadéquates. Apprenons à se contenter soi-même et gérons nos attentes envers la vie. Ça aide à justement être plus heureux et à ne pas attendre inlassablement que ça tombe du ciel…

Photo : Unsplash | Miguel Bruna

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