Se sentir vivant, ailleurs

Thom Holmes

Petite nostalgie ce matin… Mon ami débute son voyage sur le chemin de Compostelle, départ de Puy-en-Velay. Un périple hivernal, en bivouac. L’autonomie, la pleine responsabilité de son bonheur et de son confort. Et ça me donne le goût de partir, de quitter ce rythme si effréné pour retrouver cette paix, ce silence, cette douceur. On lit souvent que Compostelle laisse une grande marque chez le pèlerin, et que pour certains, c’est le début d’une longue aventure.

On ne mesure pas toujours les impacts d’un voyage sur notre être, notre âme. Les découvertes que l’on fait sur soi réapparaissent sans crier gare, sans s’annoncer et remontent à la surface pour venir nous titiller et nous rappeler à quel point, quand on prend le temps, on peut s’ancrer, se connecter à soi. De voir mon ami avec son gros sac et son équipement, ça a fait remonter ce stress qui m’habitait avant de faire mon premier chemin (et non le dernier).

Il faut le vivre pour le comprendre diront certains et je suis assez d’accord. On a beau montrer des photos et expliquer notre expérience, il n’y a rien comme fouler ce sol mythique pour saisir l’ampleur de l’aventure. Je n’ose même pas imaginer le défi supplémentaire que représente le fait de le parcourir en hiver et avec une tente comme habitation au lieu des gîtes. Mais quelle belle histoire de vie cela fera!

À mes yeux, c’est si important de vivre des expériences, de s’accorder le temps de se déraciner pour se connaître et se découvrir dans d’autres eaux. Quand on reste dans notre petit confort, dans le connu, dans ce qu’on maîtrise, on s’engourdit et on finit par ne plus pousser les limites extérieures de son carcan. Nul besoin d’aller à l’autre bout du monde, on peut très bien trouver une nouvelle facette de soi dans une salle de concert à 10 km de la maison… C’est la nature de l’expérience qui compte, pas sa distance.

Cette année, j’aurai 40 ans. Je n’ai toujours pas décidé de la destination qui m’accueillera pour ce changement de cap. Je tergiverse, je change d’idée toutes les semaines. Mais je sais que j’ai envie de partir, c’est la base de ma réflexion. Étrangement, c’est fin seule que j’ai envie de partir, pour aller à la rencontre des autres et de moi-même, en profondeur. Me donner l’opportunité de m’ouvrir, me sortir de ma petite sécurité bien confortable.

Quelqu’un m’a dit dernièrement que c’était triste de fêter son anniversaire en solitaire. Mais pour moi, si je ne suis pas en mesure de faire cela, c’est qu’il me reste un grand chemin à faire. J’ai besoin de me tester. Oh oui, ça me stresse, j’ai plein d’inquiétudes et d’appréhensions, mais j’ai cette conviction que c’est ce que je dois faire. Je vais peut-être pleurer ma vie seule dans une chambre d’hôtel alors que je changerai de dizaine, mais j’aurai tenté le coup, j’aurai dépassé mes limites. Et je sais que j’en sortirai grandie.

L’âge, c’est si peu important au fond. C’est comment on se sent qui importe. Et je n’ai jamais autant ressenti, justement. Alors la prochaine étape, pour moi, c’est d’aller ressentir ce que je suis ailleurs, dans un environnement inconnu. J’ai toujours eu une bonne étoile, alors je ne m’inquiète pas. Appelez cela un ange-gardien, un protecteur ou peu importe… Je sais que je trouverai toujours une solution à tout.

Il y a vingt ans, je faisais un voyage marquant, avec mon père : le Maroc. J’avais été dépaysée et confrontée à une autre réalité de vie. Mais j’avais surtout reçu la piqûre du voyage et de l’ouverture au monde. Cette envie d’aller voir ailleurs, de se mesurer et de plonger dans le reste du monde. Quelle belle sensation que celle de sortir d’un avion et d’humer l’air à de milliers de kilomètres de chez soi, d’entendre les gens vivre et parler, cette frénésie autre que la sienne. C’est très peu écologique et je m’engage à acheter mes crédits carbones pour compenser mes trajets aériens. Mais j’ai besoin de ces moments déroutants qui me prouvent, chaque fois, que je suis bien en vie…

Photo : Unsplash | Thom Holmes

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