Écouter la voix du cœur

Mara Ket

Entendue ce matin dans le métro, une discussion entre deux amies :

« Je file pas, sérieux. Je ne sais pas ce que j’ai mais je me sens tout croche, pas d’énergie. Je ne peux pas en parler à mon chum parce qu’il me dit toujours que je me plains pour rien. »
« Attend là, on parle bien du gars qui se met à chialer contre ses collègues dès qu’il met le pied dans la maison? »
« Oui. »

Je me retenais de dire à cette chère dame qu’elle avait le droit de ne pas filer, surtout dans une relation où la compassion, l’empathie et l’écoute ne semblaient pas être au rendez-vous. Mais ça m’a fait réfléchir à cette tendance, ou fâcheuse habitude, de certaines personnes de ne pas vouloir déranger, de ne pas oser dire ce qu’elles pensent de peur d’être jugées. J’ai envie de vous dire, si c’est votre cas, que ce que vous ressentez est légitime pour la simple et unique raison que vous le ressentez. Personne ne peut dire à une autre ce qu’elle devrait ressentir ou comment elle devrait filer.

C’est personnel, c’est intime. Les autres peuvent penser ou se sentir comme bon leur semble, vous, c’est vous. Ne vous sentez jamais coupable de vos sentiments. Il faut bien sûr les relativiser parfois car une accumulation ou un amalgame peut les amplifier mais il demeure que c’est ce que votre cœur et votre corps vous dit. Il faut les écouter. Ce n’est pas toujours en lien direct avec ce que vous vivez à l’instant, ça fait remonter des trucs qui datent parfois de l’enfance ou d’une ancienne relation mais c’est là, bien présent au fond de vos tripes.

Nier ce qu’on ressent, c’est aussi grave que de dépenser plus qu’on gagne : ça finit toujours par nous rattraper. Mais on ne peut pas faire faillite de son âme et refaire son crédit mental. On accumule et un jour on explose, sans trop qu’on sache pourquoi, parce qu’on a tellement empilé d’émotions refoulées qu’elles se sont fusionnées pour former une boule d’angoisse et d’amertume.

S’écouter, c’est se respecter et s’aimer. Si vous fréquentez quelqu’un qui ne vous écoute pas, qui n’a aucune considération pour votre état, je ne vous dirai pas ce que vous avez à faire mais trouvez-vous une oreille bienveillante pour en discuter. Chaque humain mérite d’être considéré comme tel.

Long plaidoyer ce matin pour une banale discussion perçue dans le métro me direz-vous? Oui. Parce que donner une voix à ces silencieuses qui n’osent pas dire, nommer, s’insurger, quitter, prendre leur place, s’affirmer, c’est un peu aussi des trouvailles que j’ai envie de partager. Des trouvailles de vie, un cheminement que j’ai réussi à faire moi aussi. Parce que non, je n’ai pas toujours été la grande gueule, celle qui ose dire, celle qui défend, celle qui prononce tout haut. Je me suis écrasée parfois devant plus fort que moi, devant ceux qui tentaient de m’intimider.

Mais j’ai bâti, brique par brique, le mur de mon estime. J’ai construit mon moi, jour après jour, heure par heure. J’ai eu de l’aide, une thérapeute formidable qui m’a écoutée, soutenue, encouragée et qui a ouvert lentement chaque porte que je gardais fermée par peur de ce que j’allais trouver de l’autre côté.

On a tous le droit d’être heureux et de vivre sereinement. Ce n’est pas un privilège, c’est un droit qu’on doit s’accorder. Mais il faut d’abord accepter de voir la réalité en face, cesser de se voiler la face pour enfin sortir de sa coquille et montrer au monde à quel point on est beau et qu’on a beaucoup à apporter.

Chère dame du métro, je vous embrasse et vous dit ceci : écoutez-vous, entendez cette voix à l’intérieur et laissez-la vous guider. Elle vous mènera sur le bon chemin, celui du cœur.

Photo : Unsplash | Mara Ket

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