Foncer malgré les doutes

Annie Spratt

Qu’est-ce qui nous motive dans nos choix? Quels sont les facteurs qui influencent le plus nos décisions ou la direction que prend notre vie? Étrange question ce matin, alors que les vents fouettent les fenêtres et bardassent l’extérieur. En planifiant mon périple vénitien hier, je me questionnais sur ce qui teintait mes choix. Mes intérêts, bien entendu, mais aussi l’aspect pratique de chaque option. L’envie de pouvoir prendre mon temps refait surface à tout coup.

Hier, en saisissant l’âge que j’aurai lors d’une excursion, j’ai dû entrer le « 40 » pour une première fois. Ça m’a donné un petit frisson mais, du même coup, ça m’a rappelé tout ce que j’avais vécu, les épreuves traversées déjà, les fous rires et les moments de bonheur qui ont parsemé mon chemin. Il y a longtemps, cet âge signifiait la fin imminente alors qu’aujourd’hui, on peut espérer n’en être qu’à la moitié, et encore.

Mais il n’en demeure pas moins que c’est un cap, un passage de réflexion et de réalignement quasi inévitable. Car, quand on est jeune, on peut se permettre d’explorer et de changer d’idée souvent pour découvrir ce qui nous convient. Mais vient un moment où l’on a envie d’être plus efficace et ciblée dans ce qu’on entreprend, pour ne pas perdre de temps et pour savourer chaque minute de notre vie. Se concentrer sur l’essentiel tout en s’ouvrant au monde qui nous entoure : quel beau paradoxe!

Plus je réfléchis à ce que j’ai envie d’avoir dans ma vie, plus je réalise que ce ne sont ni les objets ni les nombreuses personnes qui m’importe. C’est l’adéquation entre ce que je ressens et ce que je suis qui compte. Et ce n’est pas toujours évident de se fier à son instinct et ses émotions car celles-ci varient. C’est surement pour cela qu’on dit toujours de ne pas prendre de décision sur un coup de tête. Prendre le temps de digérer et de s’imprégner avant d’agir, quelle sage façon de vivre.

Je me laisse donc bercer par les photos et les témoignages de voyageurs ayant fait un arrêt à Venise. Étrangement, beaucoup de gens y restent seulement quelques jours alors que cette ville m’inspire farniente et lâcher-prise. Me perdre dans ses dédales et en faire ma destination principale, voilà qui semble se dessiner comme mon objectif. L’accessibilité de nombreuses destinations périphériques en fait un lieu intéressant.

Si on m’avait dit que je serais, à l’approche de la quarantaine, dans la planification d’un voyage en solo dans cette ville romantique, je ne l’aurais surement pas cru. J’y croiserai assurément plusieurs couples, des amoureux déconnectés du reste du monde, des duos plus discrets, mais cela ne m’attristera pas. Car je préfère être seule que mal accompagnée et j’ai appris à apprécier cette solitude. Celle qui nous ouvre aux autres, celles qui nous permet de s’écouter et de naviguer à sa guise, celle qui nous force à sortir de notre cocon, celle qui nous apprend à se connaître profondément.

J’ai longtemps attendu ceci ou cela pour partir mais le temps est venu de penser à moi, d’agir pour moi et de mettre de côté la petite voix qui tente de me retenir : celle de la peur. Il y a mille et une raisons d’avoir des craintes et d’anticiper. Mais cette anticipation anxiogène ne fait que freiner l’élan du cœur alors je la fais taire, je ne la laisse pas me mener.

Je vivrai assurément des petits moments de doute, des instants de frousse, des inquiétudes et des sentiments mitigés. Cela fait partie de chaque expérience. Une fois qu’on comprend cela, on relaxe et on conçoit que c’est ce qui nous garde en vie, alerte et agile. Si tout était facile et simple, ça en serait plate et déprimant. Un peu de piquant, quelques petites touches d’imprévu et d’inconnu, ça nourrit et ça nous fait sentir vivante. Alors, je fonce et advienne que pourra!

Photo : Unsplash | Annie Spratt

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