Le célibat par choix

Kristopher Roller

Hier, la chroniqueuse Josée Blanchette a partagé un article que j’avais lu avec grand intérêt l’an dernier. Vous pouvez le trouver ici. La thématique est révélée de but en blanc dans le titre : ces célibataires qui dérangent. Une rencontre avec 7 femmes célibataires (et assumées) qui met en lumière les commentaires et réactions face à ce statut ainsi que les impacts d’une telle décision dans une vie.

La plupart de ces femmes ont vécu en couple, pendant plus ou moins longtemps. Mais sans grand succès. Toutefois, c’est surtout les rétroactions de leur entourage qui ressortent de ces témoignages. En fait, bien souvent, c’est la peur de la solitude de l’autre qui surgit. Et en tant que célibataire, je confirme tout à fait ce phénomène. Soit on veut nous présenter quelqu’un, soit on nous demande comment se fait-il qu’une femme comme nous soi seule. Comme si c’était impossible que ce soit un choix.

J’en ai déjà parlé ici et je constate que les choses ne changent pas. Le célibat d’une femme, ça dérange. Je précise « d’une femme » pour la simple raison que je ne peux pas me prononcer pour la gente masculine. Mais mon petit doigt me dit que, sans être aussi forte, la réaction doit être similaire. En cette ère d’accessibilité absolue, ça perturbe les gens en couple de constater qu’on peut souhaiter rester célibataire.

Il faut tout de même préciser une chose : ne pas être en couple ne signifie pas être triste, esseulée, isolée ou aigrie. C’est d’ailleurs de qui ressort de l’article de Châtelaine et que je corrobore. Personnellement, je n’ai jamais senti ma vie aussi équilibrée que maintenant alors que personne ne partage mon lit. Je ne vante pas le célibat, je constate seulement que, pour moi, en ce moment, ça me convient.

Une des participantes à l’enquête maison du magazine populaire révèle qu’en couple, elle s’oublie, s’efface et finit par devenir frustrée car elle se met de côté lorsqu’elle partage sa vie avec un homme. Il n’est pas question ici de reprocher quoi que ce soit à quiconque a partagé sa vie : elle se connaît, elle est comme ça et elle préfère être seule que d’ainsi s’éteindre. Ça demande quand même une certaine introspection pour comprendre et admettre cela.

Ces femmes parlent beaucoup de liberté et d’authenticité dans leurs propos et ça me rejoint beaucoup. Être soi, sans compromis, ça nous permet d’apprendre à se connaître sous toutes nos coutures. Quand on doit se débrouiller avec ses seules compétences, ça nous pousse hors de notre zone de confort. Et ça demande aussi une certaine autodérision. Car personne n’est là pour nous soutenir, pour prendre notre défense ou même pour nous permettre de voir plus clair quand on est dans le brouillard.

Il faut avoir un bon cercle d’amis et un entourage solide pour compenser cette « absence ». Car oui, la société est conçue pour cadrer sur le modèle de couple. Quand on va en solo quelque part, ça fait jaser. Comme le mentionne une femme de la troupe interrogée, c’est comme si on devait se justifier. Être en couple, c’est la norme. Être seule, ça détonne.

Depuis que les femmes sont arrivées sur le marché du travail, il n’y a jamais autant eu de femmes autonomes mais ça dérange encore beaucoup. On a l’impression de vivre à une époque où toutes les mœurs sont admises mais ce n’est pas le cas. Il n’y a pas un mois qui passe sans que quelqu’un, quelque part, me demande pourquoi je vis en solo. Souvent, je balaie ça sous le tapis mais il suffit que je sois plus fatiguée ou émotive une journée pour que ça vienne me chicoter. Ben oui, pourquoi, hein?

J’ai compris que je n’acceptais plus de me plier à ce qu’on veut que je sois, que je n’ai pas envie de défaire l’harmonie que j’ai atteinte et qu’au bout du compte, je suis heureuse comme je ne l’ai jamais été. J’ai plus à perdre qu’avant et, bien que je sois ouverte à rencontrer quelqu’un, ce n’est pas à n’importe quel prix. Et ça, plusieurs personnes ne peuvent pas le concevoir. Heureusement, elles ne sont pas dans mes souliers. Vivre et laisser vivre, c’est aussi ça, non?

Photo : Unsplash | Kristopher Roller

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