Se laisser surprendre

Brooke Cagle

Dans moins d’un mois, je m’envolerai pour l’Italie. Ces derniers jours, c’est à peine si j’y ai pensé. La routine et le boulot intense m’occupent l’esprit. Mais hier, j’en parlais avec une connaissance et, en répondant à sa question concernant l’organisation très minimaliste de mon voyage, j’ai été étonnée d’entendre : c’est courageux. Courageux? De ne pas planifier au quart de tour mon voyage?

J’avoue que j’étais dubitative. Il justifiait son commentaire en disant que la majorité des gens qu’il connaît organise chaque journée à l’avance et réserve les activités et restaurants au préalable pour ne pas avoir à se casser la tête rendu sur place. J’ai tenté de lui expliquer que chaque personne a sa vision du voyage et que ce n’est pas une question de courage à mes yeux. Mais j’ai vite compris que ça pouvait être un débat sans fin.

Ça vous arrive de faire face à une perception différente d’une chose et d’avoir l’impression d’être étrange dans les yeux de quelqu’un? En me faisant bombarder de « oui mais si ceci arrive… », il a presque réussi à me transmettre ses peurs et appréhensions. Heureusement, en relaxant par la suite avec un bon thé, j’ai pris le temps de me départir de ce poids qu’il m’avait malencontreusement transféré.

On a chacun notre parcours et ainsi, nos craintes qui en découlent. Mais pourquoi projeter tout cela sur autrui et partager ses angoisses alors qu’on n’est pas impliqué dans une décision? Étrangement, hier, j’ai senti cette personne très loin de ma réalité et je dirais même, une certaine fermeture à voir les choses à ma manière. J’ai tenté de me mettre dans ses souliers mais, honnêtement, ça semblait étouffant…

J’essaie toujours de ne pas juger et d’avoir une certaine empathie mais j’avoue que, parfois, c’est ardu. Quand je me sens moi-même jugée dans mes choix et façons de faire, ce n’est pas évident de s’élever au-dessus de tout ça et de s’en détacher. J’imagine qu’il me reste encore du chemin à faire. Dans tous les cas, j’expérimenterai mon voyage en ayant en tête ces craintes, malgré moi.

À mes yeux, trop planifier, c’est se fermer à une certaine spontanéité, c’est raté des occasions uniques. J’ai envie de me laisser guider par mon instinct. Bien sûr, je sais où je logerai mais outre cela, c’est très free style. Et c’est moi, maintenant. Je n’aurais jamais été capable de le faire avant. Avant, je ne partais juste pas. Mais de vouloir tout organiser à l’heure près, j’aurais eu l’impression de reproduire mon horaire chargé dans un autre pays. Mais ça, c’est moi. Et c’était correct que je ne sois pas partie. Je n’étais pas là.

Mais aujourd’hui, j’ai besoin de liberté, d’indépendance, de me laisser imprégner de l’air du temps, de suivre mes envies et de voguer selon ce que mon cœur me dictera. Ce ne sera peut-être pas toujours comme ça, je n’ai aucune idée de ma prochaine destination. Et j’ai besoin de cette part d’inconnu dans ma vie très structurée. C’est mon espace de libération des contraintes, d’évasion en quelque sorte.

On change avec les années. Je le réalise de plus en plus. Cette personne m’a connue à une époque où j’étais plus rigide, plus anxieuse et je présume que je rencontrais des gens qui me ressemblaient. Mais je suis tellement ailleurs maintenant que d’être confrontée à cet ancien miroir me trouble. J’aspire à plus de légèreté et je souhaite à tous ces gens qui s’imposent un carcan faussement sécurisant de connaître cette paix et ce relâchement salvateur.

La vie est courte, il faut la savourer comme on mord dans un fruit juteux qui a mûri au soleil. On est souvent notre propre bourreau et il suffit de quelques étincelles pour allumer le feu de la passion qui nous libère et nous fait réaliser que, au bout du compte, on ne contrôle rien.

Photo : Unsplash | Brooke Cagle

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