Voir le monde pour mieux se voir

Marco Secchi

À entendre toutes les mesures d’évacuation et les avertissements ces derniers jours, je me sens privilégiée d’être dans une zone sèche. Certains diront que ceux qui se trouvent dans ces quartiers ont choisi de plein gré de s’y installer mais, on le sait, ce sont des situations exceptionnelles. Alors rien ne sert de se traiter d’imbécile et de critiquer les choix des autres. Je préfère l’empathie à l’attaque personnelle, particulièrement quand des gens vivent des moments difficiles.

Dame Nature se fâche, elle nous fait sentir toute la pression qu’on lui met sur le dos. C’est difficile de lui en vouloir, on n’a pas été particulièrement sympathique avec elle ces dernières années. Elle cherche à retrouver son équilibre et cela implique, parfois, des débordements comme on le vit ces temps-ci.

Drôle de timing, je pars à Venise dans quelques temps. Cette ville qui se fait « inonder » fréquemment, mais bâtie de façon à pouvoir accueillir cette crue aisément. J’aurais voulu le prévoir, je n’aurais jamais pu faire mieux. Mais j’ai si hâte d’aller m’y perdre, de sillonner les rues, d’admirer l’architecture italienne et, bien sûr, de savourer les délices gourmands. Se déconnecter de sa routine, il n’y a rien de mieux pour faire le plein d’énergie.

Ce samedi, j’ai eu le bonheur d’avoir un brunch avec de précieux amis et on a justement eu des échanges sur le fait de prendre soin de soi, sur le besoin de chaque personne de se ressourcer, pour être disponibles aux autres mais aussi pour rester soi-même. C’est facile de s’oublier dans une relation d’entraide, c’est un piège de tenter de remonter le moral des autres au point où on oublie le nôtre.

Mais, par expérience, on peut perdre pied et quand on est par terre, ceux qu’on a aidé ne sont souvent pas en mesure de nous rendre la pareille. Ce n’est pas pour rien que, dans les avions, on dit toujours aux parents de mettre leur masque avant de mettre celui de leurs enfants. Mais on a tous des réflexes et des mécanismes de défense incrustés qui nous empêchent parfois d’agir de manière logique. Les émotions, c’est très fort.

On a tous notre parcours, notre vécu et nos blessures. C’est facile de conseiller ou de juger mais défaire des mécanismes ancrés si profondément, ça demande du temps, de l’énergie, une dose massive de volonté et, parfois, de l’accompagnement. Pour changer ses lunettes, on va voir l’optométriste. Mais notre vision biaisée par notre chemin de vie nécessite parfois d’avoir recours à un guide, une personne qui nous exposera nos failles et nos besoins qu’on ne voit plus.

Je partirai sous peu fêter mon anniversaire au loin, pas parce que je fuis ma vie mais bien parce que j’ai envie de sentir que je suis capable de me trouver ailleurs, loin de mon confort, et d’être heureuse et sereine comme j’aspire à l’être. Il faut parfois se plonger dans un défi personnel pour grandir et c’est une première étape. Comme la vie nous donne toujours des petits challenges, je n’ai pas encore tout préparé, je vais courir un peu cette semaine pour finaliser mes valises et mes derniers achats. Mais ce petit marathon pré-départ, ça fait aussi partie de l’expérience, du lâcher-prise nécessaire.

Et comme me disait mon amie, je ne pars pas dans le fin fond de l’Afrique. À part quelques essentiels, le reste peut aisément se régler sur place. Mais, une habituée comme moi à tout planifier doit lâcher la bride un peu, penser aux bases et faire confiance à la vie. Je débarquerai en Italie le cœur léger, l’esprit ouvert et les jambes prêtes à marcher pour humer, voir, admirer et ressentir toute cette énergie enrichissante. La vie est courte, il faut en profiter. Et pour compenser les émissions du gros Boeing qui m’y amènera, j’achèterai mes crédits carbones sagement. Sur ce, Ciao!

Photo : Unsplash | Marco Secchi