La gentillesse a bien meilleur goût

Randalyn Hill

Ce matin, en entrant dans le métro en me croisant les doigts pour avoir une place assise malgré la panne annoncée, j’ai eu droit à un geste charmant et surprenant à la fois, de la part d’un jeune homme aux allures de petit bum. Voyant mes mains occupées par mon sac d’ordinateur et mon iPad, il a gentiment descendu le banc à côté de lui pour m’aider à y prendre place.

Un geste si simple me direz-vous mais que je constate que très, très, rarement de nos jours. Encore plus de la part des plus jeunes. Fond de culotte aux genoux, cellulaire bien vissé à la main, il aurait pu, comme ses compatriotes, ne jamais lever la tête de son écran et me laisser me débrouiller. Mais c’est plutôt d’une main avenante et d’un beau grand sourire sincère qu’il m’a gratifié. Et ce qui m’a le plus plu de cette histoire, c’est que ce fut contagieux.

Les autres, l’ayant vu agir et constatant le bonheur que cela m’a procuré, l’ont imité. Et quelques arrêts plus tard, on se regardait tous en souriant, comme si on venait de comprendre que ça ne prend pas grand-chose pour être heureux le matin dans le métro. L’altruisme a retrouvé son air de noblesse ce matin…

La gentillesse a bien meilleur goût que l’amertume, l’égocentrisme ou le je-m’en-foutisme. Et derrière les airs un peu sauvages des gens que l’on croise sur notre passage, il demeure de belles valeurs et une envie que tout se passe bien, pour tout le monde. C’est juste qu’on a tendance à l’oublier, à laisser le tourbillon de la vie nous emporter et nous submerger de ses mille préoccupations au lieu de s’attarder aux autres.

Ce petit moment de politesse m’a ramené à l’essentiel ce matin, m’a rappelé qu’on a beau courir en permanence, il faut prendre le temps de se connecter, à soi et aux autres, car la vie passe vite et ce n’est pas le boulot qui fera qu’on sera serein dans nos vieux jours. Ce sera cette connexion humaine, cette chaleur ressentie dans le cœur lors d’un regard ou d’un sourire échangé, ou par de nombreux fous rires captés au gré des échanges.

Faire le bien, ça reste une façon gratuite et facile de mettre un baume sur le cœur des gens. Ça exige peu mais ça procure beaucoup, autant au donneur qu’au receveur. Alors pourquoi peine-t-on à en parsemer un peu dans nos vies? Ça demande un si petit effort pour ce que ça génère. Certains en font presqu’une carrière, on n’a qu’à penser à la fameuse émission Donnez au suivant de Chantal Lacroix ou aux multiples implications de Jean-Marie Lapointe.

J’ai toujours l’impression qu’on se prive de bien-être intérieur en ne pensant qu’à soi, aussi paradoxal que cette affirmation puisse paraître. Mais l’être humain est, avant tout, un être de relation. Seul, il peut bien aller plus vite et se complaire dans l’illusion du bonheur mais c’est en relation qu’on arrive vraiment à devenir une meilleure personne, à se voir autrement, à évoluer, à grandir.

Que ce soit avec des inconnus pendant quelques secondes, avec notre famille, nos amis, notre conjoint, chaque moment passé en compagnie d’un autre être humain est une occasion de connecter avec une âme qui, elle aussi, chercher à s’améliorer. Et comme rien n’arrive pour rien dans la vie, ces rencontres, aussi furtives puissent-elles être, représentent des opportunités à saisir. Il suffit de s’ouvrir et d’accepter qu’on est ici simplement pour faire partie d’un tout, aussi mystérieux soit-il.

Photo : Unsplash | Randalyn Hill

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