La barbarie a assommé l’insouciance…

Ian Schneider

Ce matin, dans le métro, un silence étrange se faisait sentir. Un calme sans joie, une tranquillité désarmante. J’ai été soulagée quand un passager m’a demandé l’heure, comme s’il venait de tuer le malaise, comme si tout à coup on se souvenait que nous sommes humains, fraternels, solidaires. Mais ce matin, dans le métro de Montréal, l’inquiétude était au rendez-vous, palpable, insistante…

En regardant les images de Bruxelles de la Presse+, un long frisson parcourait mon dos, ma respiration se faisait lente et longue. Et si ça nous arrivait? Je regardais, autour de moi, les gens, le regard baissé, lourd et ceux qui entraient à chaque station, hésitant et perplexe. Une question dans tous les regards : sommes-nous vraiment en sécurité?

Le métro de Montréal est vieux, désuet et les sorties de secours ne sont ni évidentes, ni nombreuses. Je ne veux vraiment pas tombée dans la paranoïa mais pour la première fois de ma vie, j’ai réalisé que le trajet que je fais tous les matins n’est pas optimal en termes de sécurité, que je ne suis pas à l’abri de ces horreurs que l’on voit défiler trop souvent. Je suis Bruxelles, je suis Paris… Y aura-t-il un jour un Je suis Montréal? Qui sait… Nous avons l’avantage de la distance, des océans qui nous entourent, mais malgré tout, l’inquiétude est présente.

En arrivant au bureau, du haut du 20e étage d’une tour du centre-ville, je regardais au loin me demandant si un jour quelqu’un défigurerait ce paysage… Puis, une alarme d’évacuation a sonné, surprenante, retentissante dans ce silence matinal. Les quelques collègues et moi sommes descendu, rapidement, en se soulageant qu’à cette heure, il y ait peu de monde encore arrivé. Le dernier exercice d’évacuation avait été disons désastreux, ayant été coincés beaucoup trop longtemps en haut de la tour avec tous ces gens des étages inférieurs qui au même moment tentait de sortir.

Ce matin, à trois dans l’escalier de secours, l’ambiance était étrange, mitigée. Rigoler qu’une personne ait accroché le bouton d’urgence ou s’inquiéter d’une réelle situation dangereuse. Heureusement, à mi-parcours, on nous annonce qu’il s’agit d’un test… La configuration de cet immeuble fait que nous devons descendre au rez-de-chaussée pour remonter, aucune sortie possible entre le 20e et le plancher des vaches… Ça fait réfléchir.

Rares sont mes matins où la crainte se pointe au déjeuner, où je me questionne sur la sûreté des lieux. En fait, c’est réellement la première fois que ça m’arrive. L’effet de surprise du 11 septembre avait probablement été trop grand pour provoquer ce sentiment. Maintenant, avec les nombreuses attaques un peu partout, j’y songe. Mais il ne faut pas se laisser submerger, laisser la peur nous gagner. C’est l’effet désiré, semer l’angoisse et la méfiance d’autrui.

Hier, la barbarie a fait mal à notre insouciance. Mais notre cœur doit garder son espoir, sa légèreté et sa vivacité. Ne tombons pas dans la morosité, battons-nous avec notre sourire, notre solidarité et notre joie. Ce sont les plus belles armes qui soient.

 

Photo : Unsplash | Ian Schneider

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