Les petits malheurs de la vie

Volkan Olmez

Ce matin, je suis triste. Je le dis d’emblée car ce ne sera pas mon billet le plus hop-la-vie… Et parce ça fait aussi partie de la vie. On a tous des bons jours et des moins bons. Et ceux qui sont plus malheureux nous servent à apprécier ceux qui nous réjouissent. C’est comme ça, tel un cycle, comme  les marées, les vagues qui échouent sur les berges. Parfois les tempêtes sont dévastatrices et d’autres fois c’est simplement une pluie constante et un temps gris.

La raison de ma tristesse, c’est mon chat, Boris. Il souffre, il vieillit et je suis impuissante face à son malaise, d’où mon trouble. Une journée ça va bien, je crois qu’il remonte la pente puis en quelques heures, son état se détériore et il frôle les murs, désorienté et faible. Après une série de tests, on élimine des possibilités mais on n’a toujours pas mis le doigt sur le bobo si je peux dire. Et quand je dis on, je parle bien sûr de la merveilleuse équipe vétérinaire qui m’accompagne dans cette situation. Je parle d’accompagnement car elle fait preuve d’un réel investissement, elle m’appelle pour prendre des nouvelles, communique avec des collègues pour obtenir des conseils… La vétérinaire et ses acolytes me font sentir  non pas comme une cliente mais comme une amie et j’apprécie réellement leur attitude empathique.

Mais là où je voulais en venir, outre les détails de santé animale, c’est sur le fait qu’on a beaucoup de difficulté à accepter que des gens vont mal. On pose la question des dizaines de fois par jour aux gens qu’on croise sans réellement se préoccuper de la réponse. Et quand on ne va pas bien, pour ne pas froisser ou déranger les autres, on dit que « oui, oui, ça va ». Alors qu’à l’intérieur, on a peut-être une boule dans le ventre.

On tolère mal les émotions dans notre société, ce qui dépasse, ce qui ne fait pas propre. On voit encore les pleurs comme de la faiblesse, le mal-être comme un dérangement. Qu’on pense aux ministres, aux athlètes ou à n’importe quelle personnalité publique qui ose montrer ses émotions réelles, ça ne plait pas aux citoyens. On voudrait voir des gens forts à tout prix. Au prix de leur santé mentale bien souvent.

Mais la vraie vie ce n’est pas ça, pas plus que les photos Instagram retouchées. La vraie vie ce sont des petits et grands malheurs aussi, des nuits blanches d’inquiétude, des levers difficiles, des rhumes, des crampes, des maux de tête… Des enfants malades, des animaux souffrants. Des séparations, des chicanes et des questionnements. Bien entendu, souvent, on s’inquiète pour rien, ou presque. Des dénouements heureux, il en pleut. Mais des moins joyeux aussi. Et on doit arrêter de faire semblant, de les cacher, de ne pas oser les affirmer.

On est humain, avec nos défauts et nos qualités, avec nos forces et nos faiblesses, nos malheurs et nos bonheurs. Et c’est comme ça, point barre.

Mon beau matou souffre et j’ai de la peine. Car je ne peux que rien faire d’autre que faire confiance à l’équipe vétérinaire qui tente de le soulager et de trouver la source de son état. J’ai confiance dans la vie et j’ai souvent dit que j’ai une bonne étoile. J’espère qu’elle ne me laissera pas tomber cette fois-ci car j’en ai grandement besoin.

Et ça aussi, à mes yeux, ça fait partie de la vie. Et on ne devrait pas être gêné d’en parler.

 

Photo : Unsplash | Volkan Olmez

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