Se garder en vie

Pioneer Gear

Quand on est sur le marché du travail depuis un certain nombre d’années, on en vient en quelque sorte à maîtriser notre art, à développer nos compétences et à sentir une maturité dans l’exécution de nos tâches. On contrôle bien notre environnement, on est plus sûr de nous et on est en mesure de prendre des décisions sans trop stresser, de relever des nouveaux défis en ayant des acquis dans notre baluchon. Mais, arrivé à un certain stade, on a envie de se faire déstabiliser un peu, de brasser la cabane pour voir de quoi on est encore capable.

C’est un peu ce qui m’a traversé l’esprit quand j’ai décidé de me remettre sérieusement à la course à pied. J’avais une belle carrière, une maison chaleureuse, je n’avais pas de grand stress ni de gros défis devant moi. Et j’avais un certain besoin de nouveauté, de challenge, de me tester moi-même. Et quand le hasard de la vie m’a fait tomber sur un article parlant de mon entraîneuse, je n’ai pas pu résister, je l’ai contactée.

Et donc depuis l’automne, je me dépasse, je pousse mon corps toujours plus loin, 5 fois par semaine. Pour garder la motivation cet hiver, j’ai décidé que j’allais faire le 10 km de Lorraine ce printemps, ma première course officielle. Plusieurs m’ont dit que je devrais commencer par la distance de 5 km, que ce serait plus sage. Mais au fond de moi je savais que ce n’est pas de sagesse dont j’avais besoin pour garder le cap et continuer malgré le froid, la neige et les fluctuations hivernales.

Et, malgré ce changement dans ma routine de vie, il me semblait qu’intellectuellement, il me manquait quelque chose. Je ne fais pas partie de ces éternels insatisfaits qui cherchent toujours ailleurs une quelconque source de bonheur. J’avais ce sentiment que, depuis des années, ce que j’avais construit arrivait à une certaine limite et qu’il me fallait trouver autre chose pour garder mon esprit vif et sain. C’est pourquoi je me suis lancée dans l’aventure d’un certificat universitaire. Je pouvais ainsi, avec la course et les études, garder mon corps et mon esprit en état d’apprentissage et de travail de fond.

Mais s’il y a une chose que je n’avais pas prévue, et je ne crois pas que j’aurais pu le planifier, c’est la crainte de ne pas atteindre mes objectifs. Depuis des années, je circule dans mon milieu à l’instinct, sans chemin défini, sans qu’on m’ait indiqué la route à prendre. Car voyez-vous, en 1999, il n’y avait pas vraiment d’autoroute de l’information malgré ce qu’on en disait. On était plutôt sur un chemin de terre… Alors j’ai fait mon propre tracé et pris les voies qui me tentaient, au gré de mes envies.

Mais maintenant que je me suis lancée terre première dans ces 2 défis en simultané, j’ai dû réapprendre à lâcher prise. Pas le lâcher prise ésotérique qui polluent les Internet à grand coup de pensées magiques. Le vrai… Celui qui m’oblige à cesser de regarder ma montre à chaque minute pour vérifier ma vitesse quand je cours. Celui qui m’indique que je dois cesser de réviser mon travail et l’envoyer à ma tutrice universitaire. Le lâcher prise du « advienne que pourra » et « j’ai fait de mon mieux ».

Et moi qui est gestionnaire dans l’âme et analyste de métier, j’ai l’habitude d’être en contrôle et de savoir ce qui s’en vient, de planifier et d’avoir une vue d’ensemble. Et pour la première fois depuis des années, je ne regarde pas trop loin en avant. Je suis le rythme, le plan que l’on m’a construit pour évoluer. Et malgré un léger vertige au début, j’y prends goût. Ça fait du bien de ne plus être celle qui tient les rênes.

Comme quoi, dans la vie, on continue toujours d’apprendre, sur soi et sur la vie. Et c’est ce qui nous garde, justement, en vie.

 

Photo : Unsplash | Pioneer Gear

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