La route vers soi

Allef Vinicius

Pendant longtemps, j’ai pris soin des autres. Pendant longtemps, je me suis mise de côté, en arrière-plan, en second plan. Pendant longtemps, je vivais pour aider, pour donner, pour rendre les autres heureux. Mais pendant longtemps, je ne m’écoutais pas, je ne prenais pas le temps de ressentir, de me donner, à moi, le temps, l’énergie et l’amour nécessaires à mon bien-être. En pendant longtemps, mon corps me lançait des messages de détresse que je n’écoutais pas parce que j’étais trop occupée à donner aux autres ce que je n’étais pas capable de me donner à moi-même.

Heureusement, un jour, mon corps a crié très fort, a expulsé tout son stress sous la forme d’une crise d’urticaire géant. Il n’en pouvait plus d’être ignoré alors il a hurlé par tous mes pores de peau qu’il avait besoin d’attention, lui aussi. Que c’était bien beau le bonheur des autres mais qu’il fallait que je sois d’abord en mesure de me rendre heureuse moi-même pour espérer partager et diffuser cette joie de vivre. Car derrière le masque et le sourire se cachait un mal-être profond.

Je raconte cela ce matin, d’abord, parce que je suis rendue totalement ailleurs. Et je crois que c’est nécessaire pour être capable d’en parler. À l’époque, je survivais avec ma grosse carapace et mes plaques rouges sur tout le corps. J’avançais péniblement, me demandant comment je ferais pour me sortir de ce sable mouvant d’émotions et d’angoisse. Mais après des années d’accompagnement, un matin, j’ai compris que la grosse montagne insurmontable était finalement derrière moi.

Et j’ai tiré beaucoup de leçons de ce parcours difficile. Premièrement, personne n’est à l’abri et encore moins moi qui a fait tout ce chemin. La vie peut nous ramener au bas de l’échelle en un coup de cuillère à pot : rien n’est acquis. Aussi, il faut avoir de l’humilité dans la vie et savoir reconnaître ses forces mais surtout ses faiblesses. Malgré ce qu’on pense, elles sont nos alliées, elles nous servent de rempart et évite à notre égo de prendre trop de place. De plus, comprendre qu’on doit prendre soin de soi avant tout demeure un défi de tous les jours. J’ai encore de vieux réflexes, j’ai encore tendance à vouloir dorloter les autres, à donner plus qu’on ne m’en demande. Mais aujourd’hui, je le fais avec bienveillance et en sachant que ça me comble moi aussi.

Et quand je me vois aller, je m’oblige à me donner autant d’amour et d’attention que j’en ai distribué. Cela me permet de revenir à l’équilibre et d’éviter de me perdre de vue, encore une fois. Je sais pertinemment que, si je perds le contact avec mon corps, avec mon instinct, avec mon cœur, je ne pourrai plus donner car je serai épuisée. C’est comme une balance qui doit demeurer bien dosée des deux côtés.

Avant, je ne savais pas comment m’aimer, je ne comprenais pas comment me donner autant qu’aux autres, je n’étais pas en mesure de m’accorder cette importance dans ma propre vie. Aujourd’hui, parfois, j’ai encore l’impression d’être égoïste quand je choisis de m’octroyer du temps plutôt que de voir des gens. Mais, au fond de moi, je sais que c’est primordial et que sans cela, je peux facilement retomber dans un cercle vicieux et destructeur.

Parce que j’ai décidé de me choisir, parce que j’ai décidé de m’aimer, parce que j’ai décidé de m’accorder ce privilège de m’écouter, ma vie a pris un tournant beaucoup plus positif. À l’époque, je lisais des blogues qui parlaient du sujet et je n’arrivais pas à comprendre comment y arriver. Aujourd’hui, j’ai compris : il suffit d’emprunter la voie du cœur, elle seule peut nous mener à soi.

 

Photo : Unsplash | Allef Vinicius

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