Voir toute la beauté du monde

Myles Tan

Il m’arrive parfois, un matin, de me réveiller et d’avoir une envie folle de grimper dans mon véhicule pour aller parcourir des routes inconnues. Pas que ma vie soit plate ou pénible, je crois que c’est simplement un besoin de liberté, un désir de m’évader et de m’éloigner du quotidien. Ça vous arrive, vous aussi? Je n’irais même pas à l’autre bout du monde sur une île déserte, simplement à quelques dizaines de kilomètres. Et ça pourrait aussi se faire en train, ou en bateau. Peu importe le moyen de locomotion et la destination, c’est la route, la nouveauté et le sentiment d’exaltation qui comptent.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été comme ça. Et plus jeune, j’avais la bougeotte assez pour changer de logement à chaque année. Mes amis me trouvaient un brin intense et j’avais développé un art très maîtrisé pour mettre mes précieux avoirs dans des cartons en moins de vingt-quatre heures. À cette époque, par contre, ça représentait plus une fuite qu’une activité. Quand mes angoisses se faisaient trop envahissantes, je remballais tout et allait voir ailleurs si j’y étais.

Mais j’ai compris dernièrement que cette envie folle d’explorer et de me sortir de ma zone faisait partie de moi, malgré ces années de thérapie et cette zénitude acquise. Ce n’est pas parce que je suis plus enracinée que je désire pour autant restée ancrée dans mon petit lopin de terre en permanence. C’est d’ailleurs ce qui fait de moi une bonne consultante, j’aime défricher, aborder de nouveaux mandats, relever de nouveaux défis. Dans ma vie personnelle, j’ai aussi besoin de ma dose de fraîcheur.

J’ai mes repères, mes personnes-clés, mes grands classiques, autant culinaires que musicaux. Mais par moment, je m’éloigne de tout cela pour mieux les apprécier. J’aime butiner dans d’autres talles, m’émerveiller d’un nouveau paysage, changer d’angle de vue. Et la seule différence, c’est qu’aujourd’hui je m’assume totalement. Tout comme sur ce blogue, je passe d’un sujet à l’autre sans grande ligne directrice, sans stratégie éditoriale. Cette liberté me convient pleinement.

Quand j’ai parlé de cela à quelqu’un dernièrement, j’ai senti en cette personne monter cette fameuse anxiété qui, moi aussi, me déroutait à une certaine époque. Cette peur du vide et du flou, ce rejet absolu du danger potentiel que peut apporter l’inconnu. Et, je m’entends encore lui dire : tu sais, moi aussi j’ai déjà ressenti cela. Ça m’a fait un bien fou de constater tout ce chemin parcouru et de me sentir enfin totalement libre de mes chaînes.

C’est au contact des autres qu’on constate et prend la mesure de qui on est devenu. Que ce soit des concitoyens bien de chez-nous ou des locaux dans une contrée lointaine avec qui on peinent à communiquer faute de langage commun, c’est dans cette relation humaine qu’on parvient à mieux définir qui l’on est. Et l’acceptation de soi est un passage obligé pour une plus grande plénitude.

Explorer, découvrir, se confronter pour voir ce qui résonne en nous, ce sont des passages révélateurs, des enseignements utiles et des leçons de vie franchement agréables. Des fois, on en ressort grandi, d’autres fois meurtri mais peu importe la conclusion, c’est ce que ça laisse en nous qu’on doit apprendre à aimer. Quand on frappe un mur, ça peut faire mal mais on sait maintenant qu’il y a un mur, à cette distance, de cette ampleur. Sans ce choc, on ne l’aurait jamais su et cet apprentissage serait survenu, tôt ou tard. C’est comme une étape franchie.

Quand on part explorer le monde, pour une heure, une semaine, un mois ou une année, on prend le risque de se perdre mais surtout de découvrir toute la beauté du monde qui nous était jusque-là inconnue. Comme l’expression le dit, le risque en vaut la chandelle car on sait qu’il y a beaucoup plus de beau que de laid dans le monde. Et j’ai tendance à penser que tout dépend aussi des yeux que l’on choisit de porter sur ce monde, ceux de la bienveillance ou de la méfiance, des yeux ouverts ou des yeux fermés… Mais je vous garantis que, quand on les ouvre bien grands, le plus grand risque c’est que sa beauté nous atteigne, jusqu’au cœur.

 

Photo : Unsplash | Myles Tan

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