Oser redevenir débutant

Danica Tanjutco

Aujourd’hui, il faudrait être bon dans tout, être un pro dès les premiers essais, exceller dans toutes les matières et ne jamais montrer ses failles. C’est un peu ce que nous dicte la société et les standards toujours plus élevés. Heureusement, il se trouve de plus en plus de gens qui osent défoncer les barrières et aller à contre-courant, pour illustrer la réalité, démontrer la vraie vie. Risquer de se montrer plus faible, mais vrai, moins glorieux mais plus authentique.

Je trouve beaucoup plus inspirante une personne qui me parle de ses moins bons coups, ceux qui lui ont appris à persévérer et à revoir ses objectifs, que celle qui me relate son parcours facile, sans embûches ni remises en question. Pour avoir expérimenté suffisamment dans la vie, je sais que tout chemin devient par moment sinueux et que la longue route tranquille n’est pas celle qui me fera avancer.

Il faut accepter d’être débutant, de ne pas connaître et de demander de l’aide, des explications, des exemples plus nombreux. Il est utopique de croire qu’on va commencer dans un nouveau domaine et qu’on sera aussi à l’aise que dans le précédent, tout comme pour le sport ou les arts. C’est quand on ose aller vers l’autre pour s’améliorer qu’on s’ouvre, qu’on sort notre fameuse zone de confort et qu’on s’expose à du beau, du nouveau, de l’extraordinaire. Et je ne sais pas pour vous, mais moi, je préfère me déstabiliser pour éprouver de plus grandes émotions que de rester dans mon coin à attendre que quelque chose se passe.

Ça fait du bien de repartir au bas de l’échelle des fois, ça nous replace l’égo, ça nous remet les pendules à l’heure. Se sentir tout à coup « la petite nouvelle » dans un groupe, dans un milieu, ça nous permet de se demander ce qu’on veut projeter, ce qu’on désire que les gens retiennent de nous. On a tous une carapace bien bâtie, un certain cadre dans lequel on est si bien. Mais après quelques années, qui nous dit que celui-ci nous convient encore?

Dans les dernières années, j’ai tenté de me redéfinir, de trouver ce qui aujourd’hui, ici et maintenant, me convenait. Et ma seule réponse officielle à cela a été que chaque jour me permet de me découvrir à nouveau, de trouver de nouvelles facettes à ma personnalité et que chaque minute est une occasion de faire le bien, d’être fière de ce que je suis, d’écouter et d’apprendre.

J’aime plonger dans un nouveau mandat professionnel car je sais que je gagnerai de nouvelles connaissances, que je peaufinerai mes compétences. Mais pendant longtemps je n’osais pas transposer cela dans ma vie personnelle. Très à l’aise dans ma carrière, ma vie personnelle n’avait pas le même levier, le même rebond. Puis, lentement, j’ai ressenti ce besoin de me dépasser pour moi, pas pour mes clients. De trouver des sphères dans lesquelles je pourrais m’accomplir et m’autoriser des découvertes fructueuses.

J’ai commencé par le sport mais j’ai vite réalisé que, pour être comblée, je devais diversifier mes activités. Ce blogue fut un des éléments déclencheurs, comme si je réalisais que je n’avais pas à attendre après personne ni un événement majeur pour bouger. Ça m’a permis d’oser et ça m’a ouvert des portes tout comme l’esprit. S’en sont suivis des essais et quelques erreurs, des trouvailles intéressantes et quelques réflexions sur ce qui me plaisait.

Chose certaine, la leçon a bien été retenue : oser redevenir apprenti, transposer son bagage dans un nouveau milieu, ça transforme et ça enrichit beaucoup. Après tout, à quoi ça sert d’être bon en quelque chose si c’est pour rester dans sa petite cage dorée… Peut-être que certains s’y plaisent mais moi, je préfère sauter en bas du nid, au risque de me péter la gueule plutôt que de rester sur ma branche, à regarder le train passer…

 

Photo : Unsplash | Danica Tanjutco

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