Aller à la rencontre de l’autre

Charlein Gracia

Hier, journée étrange. Je ne sais pas si c’est l’annonce d’une tempête qui ne s’est finalement jamais pointée ou l’alignement des planètes (dont je ne connais absolument rien mis à part que la NASA veut réviser les signes astrologiques) mais ma journée a été teintée de plusieurs événements ou rencontres insolites.

D’abord un appel de l’entreprise Maison verte que j’avais contactée, d’instinct, il y a quelques temps, sachant que mon grenier ne respirait pas et ayant eu certains « symptômes » révélant que cet espace requérait une attention particulière. Miracle, une annulation dans la journée m’a donné un rendez-vous l’après-midi même. Quand on dit qu’il n’y a pas de hasard…

À l’heure du dit rendez-vous se pointe un homme fort sympathique qui, au lieu de faire comme tous les techniciens qui passent chez-moi d’habitude, c’est-à-dire me traiter comme une « tite madame qui ne connait rien », prend le temps de me poser des questions, creuse le sujet et m’explique en détails en quoi consiste son expertise et ce qui peut résulter de son analyse.

Au fur et à mesure de la rencontre, on s’intéresse l’un à l’autre au-delà du volet professionnel. Quand deux personnes du nord (lui du Saguenay) se rencontrent, les atomes crochus finissent toujours par surgir, c’est comme ça. Bref, il examine scrupuleusement mon grenier, photos à l’appui et m’invite à m’asseoir pour me montrer le fruit de son travail. Bon on s’entend que ce n’est pas le moment le plus appétissant de ma journée mais malgré la mauvaise nouvelle de décontamination nécessaire et isolation complète à refaire, je me suis sentie soulagée de régler ce problème et intriguée par cet homme sorti de nulle part. Bref, un début de journée inattendu.

Ensuite, j’ai reçu plusieurs alertes contradictoires de Lufa concernant ma commande qui, tantôt était en retard, tantôt venait d’arriver au point de chute. Je me suis finalement rendue au lieu de ramassage pour constater que nos paniers n’étaient pas du tout arrivés. Mais cela a provoqué un échange épique entre voisins qui ne se connaissaient pas. Car on a fini par être une dizaine à se retrouver les mains vides, ou plutôt le sac réutilisable vide. Alors on a échangé, on a partagé nos découvertes luforiennes et nos expériences de vie.

Tout cela m’a fait réaliser à quel point c’est important, les relations humaines, les échanges, les connexions avec les autres. Je m’enlignais pour une journée banale, sans réelles interactions, à travailler de la maison, en ligne mou. Et j’ai finalement rencontré de belles âmes, des gens de cœur avec qui j’ai en commun ce désir d’être heureuse. Car tous ces gens m’ont parlé avec authenticité et c’est ce qui m’a fait comprendre à nouveau qu’on peut bien échanger virtuellement avec les gens, ça ne vaudra jamais le quart d’un regard, d’un sourire et d’un bonjour en personne.

Bien sûr, ma journée va me coûter plusieurs milliers de dollars mais j’essaie de voir le côté positif des choses. Si j’avais attendu, ça aurait pu dégénérer vraiment plus que cela. Et je n’aurais peut-être pas rencontré ce gentil homme si sympathique qui m’a rassuré par son professionnalisme et sa sincérité. J’ai aussi mesuré ma chance d’avoir les moyens de réagir dans cette situation car pour plusieurs, une telle facture les mettrait dans le pétrin. Pour moi, certes, je devrai me priver d’un voyage et piger dans mes économies mais ce n’est pas la catastrophe.

L’importance de relativiser me saute encore aux yeux. Il y a quelques années de cela, j’aurais surement fait une grosse crise d’angoisse, paniquée à l’idée que la trajectoire dévie d’un millimètre. J’aurais vu cela comme une perte de contrôle et je me serais surement flagellée de ne pas avoir fait vérifier tout cela plus tôt. Aujourd’hui, je me dis que c’est la vie et que le pire a été évité. Les choses changent, on change. On évolue, on grandit, au fur et à mesure des expériences de vie. Et des fois, quand on s’assied pour y penser, avec un peu de recul, ça fait du bien de voir où on est rendu.

 

Photo : Unsplash | Charlein Gracia

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