Quand le courant passe

Giovanni Calia

Cette semaine a débuté de façon chaotique. En effet, à 9 h lundi matin, ma semaine commençait avec un traitement de canal. Oui, il y a mieux comme activité de démarrage, je sais. Et si tu as trouvé ton lundi pénible, j’espère que ça te permet de relativiser. Alors c’est sous le verglas que je me suis rendue à la clinique dentaire pour y subir le forage de mes canaux dentaires. Je dis ça comme ça car c’est ainsi que ça m’est paru : ça et le forage pour trouver du gaz naturel = même combat.

Bref, ma dentiste au doigté exemplaire et à l’humour franchement mordant a pris soin de moi et tout s’est bien passé. C’est après que ça s’est gâté. Dans la nuit de lundi à mardi, je me suis réveillée à cause d’une douleur insoutenable. Je sais, ici, toute mère qui a accouché va me dire que je n’ai rien vu. Vous avez sans doute raison mais ça n’empêche pas que j’ai passé une des pires nuits de ma vie.

Je ne vais pas vous raconter en détails les minutes de ce calvaire qui a fini par se calmer grâce à une vieille prescription passée date d’antidouleurs trouvée au fond de ma pharmacie. En fait, la trouvaille de cette histoire, c’est que tout finit par passer. La douleur, la peine, la colère… Tout ce qu’on ressent finit toujours par s’estomper. Et ça, on l’oublie souvent. Et des fois, on est certain que ça sera jamais mieux, qu’on n’en survivra pas.

Je me souviens de mes premières peines d’amour où j’avais l’impression que mon cœur était en lambeau et que mon âme ne supporterait plus jamais d’être ainsi blessée. Ce n’était pas de mettre fin à mes jours qui m’habitait, c’était tout simplement de jeter la clé de mon cœur au fond d’un lac pour que personne ne puisse me faire subir cela à nouveau. Cette peur d’avoir mal m’a longtemps habitée.

Plus tard, la sagesse aidant, j’ai laissé d’autres gens m’approcher, me blesser à nouveau aussi. Mais j’ai appris à me connaître à travers ces expériences et surtout, à déceler le bon du mauvais, à comprendre les signes des gens qui sont là pour les mauvaises raisons. Et au lieu de fuir les possibilités de frissons, j’ai décidé de foncer et d’assumer. Bon, je ne suis pas celle qui ne jure que par l’astrologie mais je suis taureau et semble-t-il que c’est assez évident quand on me rencontre.

Vous savez, ces belles bêtes qui foncent sur le toréador alors qu’il les nargue avec son étoffe rouge? Je ne suis pas aussi naïve et j’ose croire que j’ai plus de flair mais j’ai cette passion, cette fougue en moi. Alors, si je me plante, si je trébuche, si je dévie de ma route, je me redresse et je repars. Je ne sais pas d’où ça vient. On m’a déjà demandé comment je faisais pour toujours avoir cet enthousiasme en moi. Et je n’ai jamais su quoi répondre. C’est là, tout simplement. Il suffit de le nourrir, de le garder en vie je présume.

Et ma façon à moi de maintenir cette audace et cet élan de vie, c’est de faire ce que j’aime et de fréquenter des gens qui m’inspirent. De mener à terme des projets, de défoncer des portes, de prendre la défense de ceux qui n’ont pas cette facilité à s’exprimer, de mettre en lumière le travail des gens, de collaborer à faire grandir une communauté, de confronter mes idées et mes perceptions à celles des autres, de pousser mes limites et de sortir de ma zone de confort. Voilà ce que je fais pour me garder allumée et vive.

Et ma dentiste, c’est ça que j’aime d’elle. Elle va au bout, elle s’acharne, elle persiste, elle travaille fort pour le bien de ses patients, même si ce n’est pas facile ni évident, même si elle pourrait juste faire sa petite besogne ben tranquille. On dit souvent que tout arrive pour une raison et je sais que cette femme ricaneuse et souriante, je l’ai rencontrée pour qu’elle m’inspire. Je n’aurais jamais pensé dire qu’un traitement de canal a été plaisant mais quand la personne qui est en charge, c’est elle, ça devient plus agréable. Merci aux gens qui transmettent leur passion et leur belle énergie!

P.S. Désolée pour le jeu de mots du titre avec les pannes d’électricité de cette semaine. Mais c’était ça qui me venait en tête…

Photo : Unsplash | Giovanni Calia

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